PERSONNALITÉ DIVINE
néaut? Mais un pareil être échappe à la pensée, c’est une abstraction. L’être réel, fini ou infini, parfait ou imparfait, est déterminé; il n’est rien sans ses attributs. La pensée est un de ces attributs et est inséparable de la conscience. On parle d’une pensée, d’une activité infinie, qui est toute conscience, intelligence pure, etc. Ces mots ont-ils un sens? Peuton concevoir la pensée autrement qu’individuelleou résidant dans un sujet? Dieu, alors, n’est pas incompréhensible, mais inintelligible. La raison, aussi bien que l'imagination, ne saurait s’en faire aucune idée.
2°Quant à \& personnalité, ilse peut que dans l’homme, être fini, elle ait besoin d’être éveillée et provoquée par un terme opposé. Le non-moi ici s’oppose au moi et le limite; mais cette condition est si loin d’exister pour l’être infini, que la notion même delà vraie personnalité l’exclut. Quelle contradiction y a-t-il à concevoir l’intelligence infinie comme se pensant elle-même et embrassant l’univers par un acte unique? Ce qu’il est impossible de comprendre, c’est cetacte pur, indéterminé, supérieur à la pensée, absolu parce qu’il n’est ni infini ni fini, etc., mais l’un et l’autre, dont on ne peut rien dire, ni rien affirmer. C’est là une pure fiction de la dialectique, analogue à la conception alexandrine d’un premier être au-dessus de l’intelligence et de la puissance. La parfaite personnalité, telle que l’esprit la conçoit, n’existe que dans Dieu. Tous les êtres finis n’en offrent qu’une faible imitation. La rencontre ou l’opposition du fini n’est donc pas une condition qui engendre ou crée la personnalité. Loin de là, c’est une limite imposée à son développement. Notre personnalité suppose une personnalité plus haute dont elle est le reflet, et qui est sa source, l’idéal, et le type de la personnalité véritable (1).
attribuant la conscience, nous lo concevrions comrao fini. En soi la divinité est toute conscience, intelligence pure, vie et activité spirituelle; mais il est impossible de dire en quoi consiste cette intelligence. Dieu est incompréhensible parce qu'il est infini, foute notion précise fait de Dieu une idole. Dire qu’il ne faut pas renfermer Dieu dans une notion, c'est tout simplement reproduire la défense du Décalogue : « Tu ne feras point d’image de D'Eternel. » (Eiehte, V. Wilm, t. H, p. 330).
(1) Cette idée est développée dans un ouvrage justement célèbre, le Microcosme du Df H. I.otze.
« Loin d’ébranler en moi la croyance It la personnalité de l étre infini,
THÉODICÉK
QUESTION IX
Lfi liberté humaine est-elle explloable par une combinaison quelconque 4es forces naturelles, sans l’Intervention d'une première oause libre elle-même et supérieure & la nature?
PROGRAMME
Toute saine métaphysique a pour condition une psychologie vraie et complète. Or, la conscience nous révèle une force ou une oause libre, maîtresse de ses actes et qui ellemême se gouverne. Après avoir admis ce principe qui en psychologie est un fait évident, sur lequel repose tout
la considération de l'ordre universel du monde doit plutôt la raffermir. L'ensemble naturel des existonces doit prouver au contraire que la parfaite personnalité n'est possible que chez l'âtre infini, et que seulement un faible reflet nous en est donné dans l'être fini. En effet, dans celui-ci les conditions qui déterminent la conscience de soi, loin de l’engendrer, sont plutôt des obstacles à son développement absolu... L'être fini agit partout avec des forces qu'il ne s’est pas données et d’après des lois qu’il ni pas établies, avec des moyens d’une organisation spirituelle qui n'est pas réalisée en lui seul, mais dans un nombre infini de ses semblables. Aussi quand il se contemple lui-même, il lui devient manifeste qu’il existe en lui-même une substance obscure, inconnue, quelque eboso qui est lui et n’est pourtant pas lui-même, qui est comme son support, à laquelle est attaché son développement personnel. De là ces questions mystérieuses : Que sommes-nous nous-mêmes ? Qu’est-ce que notre Ame? Quel est ce fond obscur, incompréhensible à nous-mêmes de nos sentiments, de nos passions, de tout ce qui s’agite en noua et dont nous n’avons pas une parfaite conscience?... Cela prouve combien peu en nous la personnalité est développée dans la mesure que demande et permet son idée. Elle ne peut l'être parfaitement que dans l’étre infini, qui, dans la contemplation de tous ses états et de tous ses actes, ne trouve rien dont le sens et l'origine ne lui soient parfaitement explicables par sa propre nature. La position de l'esprit fini est tout autre; attaché qu'il est comme membre du tout à un point particulier de l’ordre universel, il est nécessaire que sa vie intérieure soit éveillée par une action sans cesse venant du dehors ; elle ne se continue qu’en vertu des lois d’un mécanisme psychique qui le détermine et lui fournit sans cesse ses idées, ses, sentiments, scs tendances. Il n’existe donc pas une conception simultanée et totale de notre moi tout entier. Jamais notre conscience ne nous en offre une image parfaite égale dans le même temps, encore bien moins de tout son développement. Toujours nous no nous apparaissons à nous-mêmes que par un cêté étroit... Nous ne saisissons qu’une petite fraction de notre être... Nous ne pouvons dire que dans une mesure limitée que nous agissons. Le plus souvent il est agi en nous... Encore moins sommes-nous entièrement pour nous. Beaucoup de choses disparaissent de notre mémoire. Des dispositions individuelles s’effacent. Plusieurs cercles de pensées avec lesquelles s’était familiarisée notre jeunesse, nous apparaissent plus tard comme des conceptions étrangères. Nous ne comprenons plus l'enthousiasme qu’elles ont excité en nous, etc. En réalité, nous avons peu de raisons de parler de la personnalité des êtres finis. La personnalité; est un idéal, qui, comme tout idéal, n’appartient absolument parlant qu’à l’être infini, mais qui chez noua, comme tout autre bien, n’est que conditionné et par là imparfait. » (H. Lotze, Affcrocotmoj, t. III, p. 544.)