‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 15 sur 192 · DE L’INVENTION · texte numérisé non relu

DE L’INVENTION

Or, dans chaque science, à mesure qu’elle fait des progrès, ces lieux se multiplient, l’art d’inventer grandissant et croissant avec les inventions mômes. On peut se faire ainsi un certain nombre de préceptes d’invention très-utiles..

Précisons davantage en donnant des exemples.

Chaque question, outre les côtés particuliers qui lui sont propres, offre des aspects généraux sous lesquels elle peut et doit être envisagée. Ce sont là autant de sources d'invention. S’agit-il d’une recherche sur les causes, on doit se rappeler les divers points de vue de la cause. Selon Aristote, elle peut êtreenvisagéecomme matérielle , formelle (loi), efficiente et finale. Est-ce une définition à donner, les règles de la définition doivent vous être présentes. lien est de même de ladtvision, etc. Dans une recherche sur la morale, il y a des notions générales ou des catégories familières à cette science, dans le cercle desquelles le moraliste raisonne. Toute discussion où intervient la loi morale doit en évoquer les caractères : universalité , autorité, etc. Vous avez à faire une recherche psychologique sur une des facultés de l'âme, rappelez-vous de quoi se compose l’étude d’une faculté. C’est de déterminer sa nature et ses caractères propres, sa loi ou ses conditions d’exercice, sa fonction , son mode de développement et ses rapports avec les autres facultés.

On peut dire que cela se confond avec le plan et avec la manière de concevoir le sujet; mais l’invention aussi en dépend. Ces choses, quoique distinctes, sont solidaires.

Il en est ainsi de chaque question spéciale que vous aurez à traiter. Voyez à quel ordre de questions elle appartient, et rappelez-vous les aspects généraux sous lesquels il est ordinaire de les envisager, mêlant habilement ainsi la logique générale avec la matière propre que vous avez à traiter, et dont l’examen reste toujours la chose essentielle et principale. Certes, on ne peut nier que cela ne soit une méthode utile et féconde pour diriger Wesprit dans ses recherches, et pour mettre sur la voie des raisons ou des arguments à trouver même pour le sujet le plus spécial.

Je prendrai un ou deux exemples.

« Marquer les différences qui séparent la charité et \a. justice et les rapports qui les unissent. » — Pour procéder dans cette recherche, je remarquerai que la charité et la justice sont des vertus, et que c’est comme telles que je dois les comparer. Mais pour établir ce parallèle, n'est-il pas bon de savoir d’avance sous quels points de vue je dois considé-

XXII DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

rer les vertus en général et chaque vertu en particulier T J’essayerai donc de me rappeler les principaux aspects sous lesquels la science morale envisage la vertu et les vertus. Les caractères de la vertu sont d'être universelle , obligatoire, méritoire et désintéressée, revêtue d'une sanction, d’engendrer des devoirs et des droits. N’est-il pas clair que ce sont là des sources fécondes d’invention et autant de lieux communs qui fourniront des raisons directes pour résoudre le problème proposé ? Sur tous ces points établissez la comparaison; les différences des deux vertus, comme leur rapport, apparaîtront plus facilement dans ce cadre tracé par la science.

- Voici un autre exemple pris dans un ordre d’idées différent: En quoi l'art de persuader, qui est l’objet de la rhétorique, di/fère de la démonstration (1854). Quels sont ici les principaux points de vue à examiner. Un art peut être considéré dans sa nature, ses procédés ou ses règles, dans les objets auxquels il s’applique, dans les circonstances qui influent sur son développement. Comparez iart de persuader et celui de démontrer sous ces divers aspects, vous aurez à la fois un pian naturel et des sources d’invention où vous puiserez vos raisons.

On pourrait donner bien d’autres exemples de ces lieux ou sources d’invention dans chaque ordre d’idées et de sujets. Il est clair, comme dit Bacon, que plus une science est avancée et plus on est soi-méme avancé dans cette science, plus on est en état de faire usage de ces points de vue généraux, si utiles pour s’orienter dans un sujet particulier. Il îaut déjà connaître au moins la carte du pays et y avoir voyagé. L’élève intelligent et bien préparé recueille ici le fruit de la réflexion et d’une solide instruction.

IV. De la disposition. — Il ne suffit pas de s’être tracé un plan général et d’avoir trouvé les idées qui doivent le remplir, il faut savoir les ranger dans l’ordre convenable. C’est aussi la méthode, que les logiciens définissent «l’ordre dans la suite de nos pensées. » Cette manière d'exposer les idées est un mérite principal qui caractérise une bonne dissertation comme un bon discours. On sait quelle importance les rhéteurs attachent à cette partie de l’art oratoire. (V, Cicér., Rhet. /> d Her., III. — Quintil., Proam., lib. VIII.) Sur ce point , ils ont donné des préceptes très-utiles, tout en reconnaissant qu’ils sont insuffisant; ; car il y a, disent-ils, deux sortes

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