‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 16 sur 192 · DE LA. DISPOSITION · texte numérisé non relu

DE LA. DISPOSITION

de disposition, l’une que l’art peut enseigner, l’autre qui est accommodée aux circonstances : unwnabinstitulwne artis profectum, altenim ad ca.ium lemporis acommodatnm. (Cic., ibid., III, ix.) La disposition des preuves ou des arguments n’en est pas moins pour l’orateur un art véritable, une tactique qui a ses régies, bien quelle varie avec les besoins.de la cause, l’imprévu des circonstances, la situation d'esprit des auditeurs. C’est l’habileté d’un général qui dispose ses troupes selon les hasards de la bataille (1). L’art môme est quelquefois de renonoer aux régies de l’aTt(2).

La dissertation philosophique offre des régies à la fois plus fixes et plus précises. Le logicien ne peut user des artifices de l’orateur, qui dissimule la faiblesse de ses preuves en plaçant les plus solides au commencement et à la fin , au milieu les plus faibles, comme dans un corps de bataille. Le seul ordre qui lui soit permis est celui qui met le mieux la vérité en évidence. Cot ordre est l’ordre logique, celui de la liaison des idées, de l’enchatnement naturel des vérités, du rapport naturel des faits ou des principes et des conséquences ; c’est l’ordre que veut une discussion calme, régulière, instituée dans le but unique d’éclaireï le lecteur, non de capter des suffrages.

Cela admis, il définit, divise ou distinguo, il pose ses principes, en déduitses conséquences ; il examine chaque point, le discute, et, après l’avoir épuisé, passe à un autre ; il soulève lui-mèmo ou prévoit les objections, les réfute, et arrive ainsi lentement et successivement à une conclusion, qu’il étend ou resserre selon qu’il est nécessaire de la développer pour la fixer dans l’esprit du lecteur, ou qu’elle s’y place d’elle-môme. Telle est la marche et l’allure propre de la dissertation philosophique.

Cet ordre néanmoins n’est pas tellement invariable qu’il ne comporte des différences et une certaine variété. Il change avec la natnre des questions. L’ordre de la discussion n’est pas celui de la démonstration ; il n’est pas le môme qnand on a un fait à décrire, nne maxime à interpréter, une opinion à juger. Dansla suite (3f partie), ces différences seront marquées quand il s’agira des diverses espèces de dissertations.

(1) Hæc est velut imperatoria virtus copias suas {mrtientis ad casua prœliorum. (Quintii., VII, x, 13.)

(2) îp.sa res artificiofam dispositionem artificiose commutare cogit. (ClO., Ji/iet. ad Hcr., III, X.)

XXIV DE Là DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

Mais il y a deux modes généraux d’exposition qui répondent aux deux procédés de toute méthode, l'analyse et la synthèse.

• Leur emploi n’est pas arbitraire. C’est là-dessus que doivent porter ici nos préceptes et nos conseils.

On sait en quoi consistent les deux méthodes. La première, l'analyse, part de l’énoncé même de la question; elle en décompose les termes, recherche les idées qui y sont contenues, et par cet examen remonte à quelque principe ou vérité générale qui sert à résoudre la question ou à démontrer la vérité que l'on veut mettre en lumière. C’est la méthode que nous avons décrite plus haut comme particulièrement propre à l'invention. La synthèse, au contraire, part immédiatement d’un principe connu ou admis; plie en tire les conséquences, et, par voie de déduction directe, aboutit à une conclusion qui est la solution ou la démonstration. Celle-ci est, dit-on, plutôt une méthode d'exposition ; mais ni l'une ni l'autre n’est exclusivement affectée soit à l’invention , soit à l’exposition des vérités de la science. Dans une dissertation, on peut les employer l’une et l’autre; seulement il importe de savoir laquelle il convient d’adopter de préférence. Il n’y a point ici de règle absolue. Cela dépend de la nature des questions. Si vous avez un problème à résoudre , l’ordre d’exposition, comme de recherche, sera plutôt l’analyse. Est-ce un théorème, une vérité à démontrer, à mettre en rapport avec une vérité parfaitement connue et dont le rapport avec cette vérité est lui-mêine très-connu ? vous ferez mieux de procéder par la synthèse; il serait inutile de nous faire assister à une recherche qui n’en est pas une et dont tout le monde a le secret. Le grand point ici est de consolider et de lier fortement les preuves, de bien asseoir le principe, d’en déduire rigoureusement les conséquences et de mettre ainsi le principe en rapport avec la conclusion. Vous pouvez procéder ainsi démonstrativement, à moins que vous n’ayez à établir votre principe lui-mème ou que vous ne rencontriez sur votre chemin quelque difficulté dont la solution exige un examen particulier, auquel cas il vous faudra recourir à l’analyse. Quand vous avez un fait à décrire, une maxime à interpréter, une doctrine à juger, l’analyse est ici à sa place. Si c’est une question mixte où il y ait à la fois à démontrer et à discuter, mêlez les deux méthodes. Habituellement commencez par l’analyse, continuez par la synthèse. Pour-

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