IMMORTALITÉ DE L AME
servation de nos facultés, s’enrichit tous les jours de faits nouveaux que reconnaît la science la plus positive. Ces faits attestent que l’homme a dans le fond de son être, dans son esprit, dans sa volonté, dans ses tendances et ses instincts, des côtés qui débordent de toutes parts la vie présente. Pour satisfaire à de tels besoins d’un ordre élevé que propose-t-on î rien de mieux jusqu'ici qu’une sorte de mysticisme vague ou de panthéisme qui noie l’individu dans la famille, la famille dans l’État, celuici dans l’humanité, et qui proclame celle-ci seule immortelle. L’individu se nie comme individu, il s’affirme ou se retrouve dans son espèce ou dans une fraction de son espèce, son àme est absorbée dans l’âme universelle. — La science peut-elle s’arrêter à ce résultat ? Le rationalisme le plus exact n’a-t-il pas beau jeu contre ces rêves et ces chimères? Prêcher à l'homme une pareille survivance de lui-même est-ce bien sérieux? La réflexion, la froide réflexion ne détruit-elle pas immédiatement l'illusion, si elle existe ; et ne suffirait-elle pas pour glacer tous les sentiments généreux en ramenant l’homme à la réalité du néant de son être ? Que sont alors ces grands noms de famille, de patrie, d’humanité, sinon de plus en plus des mots, à mesure qu’on s’éloigne de soi ? Le problème n'est donc pas résolu si l’on ne parvient pas à concilier l’individualité avec la généralité ; c’est en effaçant l’un des deux termes qu’on y parvient. Aussi mettez l’homme en face de cette pensée dans un des moments solennels de sa vie, vous verrez ce qu’elle produira sur celui qui a coutume de raisonner sa conduite (1), pour pou qu’il soit conséquent.
il) J'emprunte ce qui suit à un auteur allemand imbu de cette doctrine. c Nous devons continuer & vivre dans la famille, dans le peuple, dans le souvenir de l'humanité. Il s'agit des hommes idéalisés, des idéaux spirituels, des idées devenues hommes, des personnalités dont toute la corporalité se réduit à leurs noms comme à la forme spirituelle pour leur contenu spirituel. Voilà ce qu'on appelle de purs esprits. Une telle personnalité spiritualisée en idées vit conservée comme essence spirituelle de l'espèce, où toute détermination humaine est parfaitement clfacce. » — On avouera qu’il est difficile de faire de cela la base d’une religion nouvelle.
« On ne donne pas le change à l'âme de l’homme sur ses vrais besoins par des mots et des images sans réalité, pas plus qu’à son corps par des aliments sans vertu nutritive. Qu’ont à attendre les hommes de ce
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3° La troisième preuve, lit preuve morale, à son tour, a-t-elle été renversée? Voici ce qu’on répète. La justice, dit-on, est un pur idéal. Le progrès de l'humanité réalise de plus en plus cet idéal, qui est celui de l’accord de la vertu et du bonheur, et que réclame si impérieusement la conscience humaine. Ur, quand l’injustice sera chassée de ce monde et que la justice aura pris sa place, cette preuve aujourd'hui bienfaisante et nécessaire perdra toute sa valeur. — Doit-on se payer d’une telle réponse ? Quand l’avenir verrait descendre le ciel sur la terre, il faudra toujours attendre des siècles pour que ce prodige s'accomplisse. Mais n’est-ce pas traiter un peu sans façon des générations innombrables vouées à l’injustice et à l'oppression, qui auront travaillé à une pareille tâche sans en recevoir le prix ? C'est méconnaître tout à fait la raison et ses exigences et créer une injustice de plus, la plus révol<tante. Il sera toujours vrai que le règne de la loi morale, si lent et si difficile à établir, n’aura pas existé pour ceuxr là mêmes qui en ont été les artisans, les martyrs ou les héros. Y travailler a été pour eux le devoir sans doute ; mais ajouter qu’à eux est échu l’effort, le sacrifice en partage et à d’autres la récompense, est une idée qu'i| est mal aisé d’installer dans la conscience humaine. L’explication n’est donc pas heureuse. Mieux vaudrait revenir à la
Dieu qui n'est que le monstrueux accouplement du néant et de la vie? Ktquo vaut pour toute créature humaine cette perspective d’une immortalité qui n'est que l'absorption de l'âme dans ce néant universel qu’on appelle Dieu, ou la trace momentanée que laisse notre vie dans la mémoire fugitive de générations éphémères? Essayez de déterminer les honnies à élever les veux, à plier le genou, à prier, h espérer, à s'appuyer et k se confier dans ce faux nom de Dieu que vous donnez à In nature universelle; vous verrez le peu de cas qu'ils feront de votre offre, et dans quel isolement ils vous laisseront. Exhortez les pères, les frères, les sœurs, les époux, les amis à se contenter, en mourant, de vivre encore quelques jours dans la mémoire de ceux qui les ont connus et aimés un moment, ou de se plonger à jamais dans le souvenir du Dieu-néant qui les attend; ils vous répondront que sur la terre l'oubli vient vite, et qu'au délit peu leur importe ce que vous appelez le souvenir de ce Dieu dont le sein n’est que le tombeau universel. Il n'y a rien ]k qu’illusion et vanité savante, rien qu'un mirage trompeur, offert à l'Amo humaine en attendant le mécompte de 1a mort. » (Guizot, Mél. biog ., Préf.)
« La philosophie (des athées) manque k la fois de tendresse avec l'infortuné et de magnificence avec le pauvre. Chez elle les misères de la vio ne sont que des maux sans remède, et la mort est le néant; mais la religion échange oes misères contre des félicités sans fin, et, avec elle, le soir de la vie touche à l'aurore d'un jour éternel. » (Rivarol.)