‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 156 sur 192 · LE PANTHÉISME ET LE MATÉRIALISME · texte numérisé non relu

LE PANTHÉISME ET LE MATÉRIALISME

pour lui n’a pas de sens et la liberté qu’il promet est illusoire. On n’y échappe à l’anarchie que par le despotisme et la tyrannie. (Voy. p. 95, 98.)

Le panthéisme admet- il ou est-il forcé d’admettre toutes ces conséquences?

Quant au fatalisme, il est certain qu’il ne peut légitimement s’y soustraire. On ne saurait rendre compte de la personnalité humaine dans ce système. L’individu, l’être humain ou le moi n’est qu'une forme ou un accident de la substance universelle; l’homme ne peut être la vraie cause de ses actes, sa liberté disparaît et la morale ne peut s'élever sur cette base. (Voy. p. 439.) Des lois immuables auxquelles Dieu lui-même est soumis règlent la marche des événements et la destinée des individus. Les actes de la vie humaine sont fatalement entraînés dans leurs cours : irreoocabilis humana pariler ac divina cursus vehil. (Senec., de Prov. , V.)

Ainsi le fatalisme est commun aux deux doctrines ; sur ce terrain Hobbes et Spinosa se rencontrent. Voici en quoi elles diffèrent et où elles se séparent :

- Aux yeux du matérialisme, lame par elle-même n’est rien; elle n'est qu’un résultat de la combinaison des atomes. Ceux-ci seuls existent. Quand les molécules dont les organes sont formés se désagrègent, la matière quitte cet état pour en prendre un autre. Non-seulement l’àme n’a aucune valeur par elle-même, mais la substance d'où elle est tirée n’en a pas davantage. Il n’y a rien en celle-ci qui la rende respectable. Que la matière existe sous une forme ou sous une autre, on ne voit pas ce qui peut la rendre digne d’hommages ou lui attirer le blâme et le mépris. Le phénomène qui dans l’individu s’appelle la vie ayant cessé, cet individu n'est plus rien. Lui-même dans sa courte apparition ne fut qu’un pùr accident. Le substratum de cet accident, sa matière est égale à toute autre portion do la même substance. Il n’y a de changé que sa forme et sa destination. Ce qui fut le corps de César ou d’Alexandre ira boucher un trou ou calfeutrer une porte. Quant à ce qui a pu un moment faire sa gloire et lui attirer l’admiration des hommes, c'est un phénomène à jamais disparu, qui n’a laissé de trace après lui que le souvenir conservé dans la mémoire ou le cerveau d’autres hommes, êtres éphé-

mères comme lui et de nulle valeur quant à leur substance. Lors donc qu’on vient à parler de la dignité de la matière et qu’on vante son immortalité, on prononce des mots vides de sens (1). Prenez tous les corps organisés ou non organisés, au fond tous ces êtres se valent, il n’y a de différence entre eux que le plus ou moins de complication de leurs éléments : ici l’oxygène seul ou mêlé avec le carbone, etc., là le carbone joint à l’oxygène et à l’azote; ailleurs s’ajoute le phosphore. Le tout est combiné dans des proportions diverses. En quoi cela importe-t-il à la dignité d’un être ? Ace titre, la plante n’est pas plus que le minéral, ni l’animal que la plante ; l’homme n’est pas plus que les autres animaux les plus inférieurs. L’échelle se mesure par les degrés de composition ou d’organisation, mais rien, absolument rien ne confère à ces êtres un degré de prééminence ou d’excellence véritable. Tous sont égaux comme sortis de la même masse et destinés à y rentrer. Par elle-même cette masse est informe, indéterminée, ni noble ni vile ou méprisable; elle est ce qu’elle est, on n'en peut rien dire de plus. On ne voit pas ce qu'elle gagne à quitter une forme pour en prendre une autre ; simple ou composée, plus ou moins composée, voilà toute la différence. Si telle forme vaut mieux que telle autre, tout est dans cette forme ; elle n’est plus rien dès qu’elle la perd. Une autre forme la remplace à laquelle une autre succède, ainsi de suite indéfiniment.

Tout autre est la conception de l’homme et de la nature humaine dans le panthéisme.

Ici l’âme, il est vrai, n’a pas d’existence propre, séparée, indépendante. En tant qu’individuelle elle n’a ni durée ni permanence véritable. Et pourtant elle est quelque chose. Quoi? un mode passager mais réel d’une substance éternelle. Elle fait partie d’un être réel qui dure et qui vit éternellement, qui subsiste toujours et se développe incessamment, qui contient en soi, au moins en puissance, tous les nobles attributs de l’esprit, la pensée, la sagesse, la volonté, etc. Si par elle-même cette âme n’a pas d’existence absolue, au moins dans sa durée éphémère, elle participe de la réalité

fl) M. Buchner a tout un chapitre intitulé : De la dignité de la matière, et un autre sur l 'Immortalité de ses lois (Force et Matière),

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