LE PANTHÉISME PRATIQUE ET NATURALISTE
est commandé par ie principe qui sert de base à la doctrine, inconnu ou inconséquent dans l’autre système.
Lisez les écrits des penseurs et des moralistes de cette école, une page de Marc-Aurèle ou d'Epictète après une page d’ Epieu re, et comparez. A côté de beaucoup d’erreurs, d’excès ou de chimères, que de belles et sublimes pensées, d’admirables préceptes ! Dans l’autre école, une morale terre à terre, le plaisir des sens donné comme but suprême des actions humaines; on ne parvient à sauver le faible et l'odieux des principes qu’à force d’inconséquences et de contradictions.
En tout cas, rien de noble et d’élevé. On a beau soutenir qu’on ne veut rien retrancher de ce qui est libéral et fait la dignité de l’homme, les grands mots n'y font rien, et cela ne peut tromper personne. (V. Buchner, ibid.)
Vous ne pouvez nier que l’une de ces doctrines ne soit fort supérieure à l’autre. Le vice radical sans doute est toujours le fatalisme qui vient tout gâter et corrompre; mais la différence est réelle; elle forme une opposition. L’une élève, l’autre rabaisse, l'une élargit, l’autre rétrécit, l’une détache l'homme de la terre, l’autre l’y retient et le courbe vers elle, d’un côté l’infini, de l’autre le fini.
Mais il est des réserves sur lesquelles il convient d’insister. Elles justifieront les reproches sévères que nous avons plus haut adressés à la morale du panthéisme (p. 442), et que nous sommes loin de rétracter. Nous devons nous garder d’un parallèle qui serait une apologie.
QUESTION XI
Comment le panthéisme spéculatif peut s’allier au matérialisme pratique. — Du panthéisme naturaliste.
Quand on compare ces deux doctrines, le panthéisme et le matérialisme, on 11e peut méconnaître entre elles cette autre notable différence, c’est que la dernière seule est accessible à tous les esprits, tandis que l’autre reste à peu près incompréhensible au commun des hommes. Seul, le maté-
rialisnie a prise sur le grand nombre, il s’adresse à la foulecommii à ceux qui cultivent les sciences et qui ont développé leur intelligence. Il faut sans doute tenir compte du caractère et du génie différents des peuples; mais il est certain que le panthéisme philosophique n'est admis et professé que par des esprits d’une tournure particulière et habitués aux spéculations' abstraites. C’est comme une aristocratie opposée à la démocratie.
L’avantage est encore ici de son côté. Il semble aussi que le danger est moins grand pour la société si ce système venait à prévaloir.
Qu’importe que quelques savants, esprits méditatifs et contemplatifs, accueillent ces rêves si la masse du peuple y reste étrangère? — Cela peut être vrai, mais comporteplus d'une réserve. D'abord, raisonner ainsi, c’est oublier ce qui a été dit plus haut (p. 449), et nous ne voulons pas y revenir.
Notre but ici est de faire voir comment le panthéisme spéculatif peut s’allier au matérialisme pratique. Plus loin on montrera quelle inlluence il est capable d’exercer par l’éducation sur l’esprit public, quand non-seulement la pensée qui en fait le fond a pénétré partout, mais que les intelligences ont été façonnées par ses procédés et se sont familiarisées avec sa méthode.
ltf Pour ceux-là mômes qui sont livrés à ces spéculations n’est-il pas à craindre qu’ils ne puissent se tenir longtemps sur ces hauteurs? Et alors redescendus dans la plaine.il est probable qu’ils agiront tout à fait comme le vulgaire ou d'une façon analogue. Peut-être même sont-ils exposés à tomber plus bas. Si on les prend non plus dans leurs paroles ou leurs écrits, mais dans leurs actes, ils seront souvent inférieurs à ceux qui , ayant peu réfléchi et se tenant loin de ces rêves, ont conservé un jugement plus sain et entretenu la droiture de leur caractère dans l’accomplissement des devoirs de la vie commune.
Souvent il se produit chez ces hommes une réaction et une espèce de choc en retour. Qui veut faire l’ange fait la bête, a dit Bossuet. 11 est à craindre que la chair ne se venge de l’esprit. Précipitée du ciel surla terre, l'àme se re-