‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 17 sur 192 · DE LA DISPOSITION · texte numérisé non relu

DE LA DISPOSITION

quoi ? C'estque la première nous fait assister à la marche de l’esprit, au travail de la pensée ; elle nous initie à la recherche qui conduit à la vérité. Elle nous satisfait et en même temps nous rassure. C’est le procédé naturel de la méditation philosophique. Mais comme ce procédé est long et

3u’il pourrait fatiguer l’attention et la patience du lecteur, ès que vous vous êtes ainsi mis en possession d’un principe bien établi, employez la synthèse, comme procédé plus rapide et plus direct, qui nous épargne les lenteurs et les tâtonnements. Pour cela, il faut que l’on voie clairement le but, que la route qui y conduit soit nettement tracée. L’esprit alors aime à suivre cette marche qui est celle de la liaison logique des idées, du rapport d’antériorité des principes sur les conséquences ; mais c’est seulement quand les principes sont bien établis et accordés que les faits ont été scrupuleusement constatés et décrits. Autrement, vous affectez une marche dogmatique qui le blesse ou l’inquiète. Vous le tenez en suspens ; on ne voit pas bien où vous allez; vous-même vous n’êtes pas bien sûr de votre marche, vous pouvez vous écarter de la route. Les deux méthodes ont donc leurs avantages et leurs inconvénients. L’une nous conduit au but par la grande voie de la démonstration ; mais elle est trop dogmatique, elle tâtonne quand la route n’est pas bien certaine et bien connue. L’autre a l’avantage de nous enfermer sur-le-champ dans la question et de n’enpas sortir.

Il faut, je le répète, faire attention surtout à la nature du sujet. Il y a des questions de pure analyse, comme sont celles de la Psychologie, où la synthèse, avec ses allures logiques et dogmatiques, ne convient pas plus à l’exposé qu'à la recherche, et serait un contre-sens. Les questions de Logique, les applications surtout, se prêtent assez bien à la synthèse, parce que les principes sont très-simples et généralement admis, et qu’on entrevoit assez facilement la liaison du principe avec les vérités qui s’y rattachent. Dans les questions de Morale, il y a à distinguer celles qui roulent sur les principes et qui exigent, avec la discussion, l’analyse, et celles qui sont des applications, où l’on peut invoquer tout d’abord quelque grand principe de la conscience, en tirer les conséquences qui montrent l’identité ou l’opposition avec le cas particulier. En Théodicée, les preuves de l’existence de Dieu s'établissent, ou plutôt s’exposent trèsbien par la synthèse; mais dès qu’on en vient à l’examen et

XXVI DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

à la discussion de ees preuves, il faut recourir à l’analyse, seule méthode capable de nous initier à l'opération de l’intelligence qui fait la force et la légitimité de ces preuves. Ici c’est la dialectique et non la démonstration proprement dite qui est le procédé efficace et naturel. Mais l’emploi de la synthèse réparait dans les questions relatives aux attributs de Dieu, à la Providence, à la vie future, excepté toutefois quand il s’agit de résoudre les objections , ou de réfuter les systèmes, comme le déisme ou le panthéisme.

En résumé, s’il s’agit d’une doctrine à examiner, d’un fait à décrire ou à expliquer, d’une maxime à interpréter ou à développer, d’un problème à résoudre, suivez, en général, le même ordre dans l’exposition que dans la recherche. De préférence employez l’analyse, sauf à abréger par la synthèse dans le cours de votre exposition. Le plus souvent l’analyse est bien placée au commencement, la synthèse à la fin, pour résumer et récapituler les preuves. Si le sujet est paifaitement connu, et que ce soit une démonstration à donner, établissez d’abord votre principe, et procédez par voie de synthèse. S’il s’agit de principes à discuter, à démêler, à défendre, vous n’avez pas d’autre méthode à suivre que l’analyse, à moins que ces principes ne se déduisent enx-mômes d’autres principes, et alors ce ne sont plus de vrais principes. Employez toujours la synthèse pour résumer, récapituler, conclure; car alors le chemin ayant été parcouru, la carrière pouvant être embrassée d’un simple coup d’œil, vous n’avez qu’à rétablir tout l’ensemble du raisonnement dans l’ordre que veut la raison, qui est l’ordre synthétique, celui de l'antériorité des causes sur les effets, du principe sur les conséquences.

Mais ces préceptes sont trop généraux pour pouvoir être toujours applicables. Ici, comme pour l’art oratoire, « il faut savoir, en beaucoup de choses, prendre conseil desoi-même et du sujet que l'on traite. » Quare plurimapetomm anobis et cumcausis deliberemus. (Quintilien, VU, x, 10.) « 11 y a des choses qu’on ne peut dire qu’en ayant la matière sous les yeux, y Est el hoc quod scriptor demonsirare non possit, nisi ter la de fini toque mater ia. (Ibid.) (1).

Page 1