‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 165 sur 192 · DU PESSIMISME · texte numérisé non relu

DU PESSIMISME

vrais disciples, c'est là le comble de la sagesse, le plus haut degré de la perfection (1).

D'autres y ajoutent l’opium, le haschish, ou le gin et l'absinthe. En poésie cela vous donnera les Fleurs du mal et autres productions semblables.

Est-ce là que conduit le progrès dans la science, dans l'art, la morale et la philosophie ?Nous laissons au lecteur à faire lui-même la réponse, en le renvoyant à ce qui a été dit plus haut de la réfutation indirecte (p. 104).

Et la régénération sociale I Se fera-t-elle sous de pareils auspices? Avant d'en juger, il est bon de faire un peu connaissance avec les doctrines qui prétendent avoir trouvé la solution du problème social : le communisme elle socialisme, et qui sont d'autres enfants légitimes des deux systèmes.

(I) Le Dr Hartmann , dans un livre savant et ingénieux intitulé Philosophie de V inconscient (Berlin, 1869), a développé et complété le pessimisme de Schopenhauer. Qtie le monde soit lo pire des mondes possibles, il veut bien convenir que c'est un sophisme (p. 540); mais, dit-il, ce qu’on a voulu seulement prouver, c’est qu'il vaudrait mieux qu’il ne fût pas : r le monde est plus mauvais que sa non-existence. *» La création doit son origine à un acte dépourvu de raison. L’irrationnalité du monde et le malheur de son existence, telle est la thèse que l’auteur entreprend de prouver par une démonstration en règle de plus de 150 pages. En voici un aperçu :

La croyance an bonheur est une illusion. Celle-ci a pris plusieurs formes qui répondent aux diverses phases de rhistoire. Ce Boni les stade* de Villusion. — Au l*r stade (l'Antiquité , la Grèce), l’homme s’imagine atteindre le bonheur dans la vie présente ; mais la santé, la jeunesset la liberté, etc., sont des biens trompeurs ; les peines y sont môlées aux jouissances et l’emportent de beaucoup. — Au stade (le moyen âge), l'homme place sa félicité dans une autre vie ; mais l'immortalité n’est qu’un rêve, une illusion nouvelle. — Au 3* stade (le monde actuel), c’est l'avenir de l'humanité qui pour nous recèle le bonheur, résultat du progrès. Mais ce bonheur promis h nos neveux et refusé à ceux qui y travaillent n’est pas moins illusoire que les autres. La somme des maux y sera toujours plus grande que celle des biens. — Conclusion : le néant est préférable à l'existence.

Quelle morale sort de cette théorie? la morale du Bouddhisme : la froide résignation sans espoir, le désir de l'anéantissement, le suicide moral, le renoncement à la volonté. Pas plus que son mettre, l’auteur ne renie cette doctrine. Seulement, par un tour de force de subtilité métaphysique, il cherche à échapper au sombre quiétisme qu’engendre ce pessimisme. Mais il a beau affirmer que la vertu est dans le parfait consentement à la vie et à ses souffrances, non dans un lâche renoncement, que c’est, non dans l'opp««itigrn, mais dans la réconciliation avec la vie que consiste la vraie sagesse, les prémisses parlent trop haut. L'abandon de la personnalité est au bout de tous ces systèmes : c'est l’alpha et l’oméga du panthéisme.

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