PLATON ET ARISTOTE
avec son idée. Le monde estl 'imitation ou la représentation des idées; elles en forment la stabilité, l'harmonie. Elles apparaissent aussi dans la raison humaine qui les recèle et les réfléchit. Les principales sont les idées du vrai, du beau et du bien. L’idée par excellence est l’idée du bien. Les idées ont leur source et leur premier principe daus Dieu, l’idée des idées, le bien absolu. Là seulement elles existent d’une façon substantielle. De celle source découlent la lumière, la fécondité et la vie. Tel est en abrégé le système de Platon ; sa méthode est la dialectique que nous avons décrite ailleurs. (V. l'rècis, p. 4û9.)
Abjstote (le Lycée). A ce système s oppose celui d’Aristote. Il peut se définir un empirisme rationaliste. Aristote s’attache au côté particulier, individuel des existences. Il en dégage par l'analyse la forme ou l'essence qui pour lui est individuelle ou inséparable de l’individu.
Il trouve cette essence dans l'acte ou la force qui imprime à chaque èlre sa forme individuelle et par là le constitue. Il combat donc les idées. Son procédé est l’analyse et l'abstraction empirique opposée à la dialectique. Tout son système repose sur une théorie des principes qu'il ramène à quatre : matière, [orme, cause efficiente et cause finale. Cette théorie se retrouve partout dans l'ensemble et les parties ae son système ; elle y joue le même rôle que la théorie des idées dans celui de Platon.
Question VIII. — PARALLELE D'ARISTOTE ET OE PLATON.
Esquisse. — Toute distinction, dans l'histoire, apparatt sous la forme d'une opposition. C’est la loi des systèmes, comme celle de tous les développements de la peusée humaine. Aussi les deux points de vue qui, dans Aristote et dans Platon, devraient se concilier, s'opposent et sc combattent; les tendances diverses, qui sont celles de l'esprit humain, se reproduisent partout en contraste dans les deux systèmes comme le génie différent de leurs auteurs. Le parallèle a donc ici un haut intérêt ; nous ne ferons qu'indiquer les traits principaux.
Platon est le génie même de l’idéal cl il est surtout grand moraliste. Aristote, esprit plus sévère et plus positif, observateur attentif et soigneux du réel, est un plus rigoureux logicien, il a foudé la logique et les sciences naturelles. Platon est plus mathématicien. Sa physique, toute mathématique, est empruntée à Pythagore. Celle d’Aristote, toute mécanique, est une théorie du mouvement. — Dans sa psychologie, toute liée à sa physique, il distingue à peine l'àme du corps dout el’e est la forme; elle n’en est séparab'e que par sa partie rationnelle. Platon, au contraire, définit l’homme : une àme qui se sert d’un corps, et il démontre son immortalité. — La morale de Platon est celle de la vertu pure et désintéressée, ou du bien. L'amour pur en est le ressort. Celle d’Aristote, qui est une théorie du bonheur (eudémonisme), a un caractère plus intéressé. L’un excelle à démontrer les grands principes de la moralité ; l’aulre, à décrire les vertus et les vices. — La République de Platon est un idéal abstrait, le rêve d’une république parfaite ou tout est sacrifié à l’uuité. Aristote, qui fonde la sienne sur l’expérience et La comparaison des diverses constitutions, aboutit à une forme de gouvernement mixte ou tempérée. - L’uu banuit les poètes de sa République, l’autre fait de l’art et de la poésie un moyen d'éducatioo, dont te but est d’épurer les passions et d’adoucir les mœurs. — La différence des deux génies est marquée dans le style
el la forme de leurs ouvrages. L’un compose des dialogues, l’autre écrit des traités. Le style de Platon, simple, mais ample, harmonieux, coloré de grandes images, est tout pénétré du souffle de l'inspiration ; il tient encore le milieu entre la poésie et la prose. Celui d’Aristote, sobre de figures, précis, nerveux, concis jusqu’à l’obscurité, habituellement froid et toujours sévère, est le premier modèle du langage que doit parler la science.
L’influence de ces deux grands maîtres, leur destinée n’est pas moins diverse, dans l’histoire. Platon a inspiré les Alexandrins; sa pensée s’est alliée à celle des Pères de l'Église et s’est combinée avec le dogme chrétien. Il revit en entier dans saint Augustin. Aristote a régné au moyen ;ige. La scolastique lui emprunte sa méthode (l’Organum). C’est celle de la Somme de saint Thomas, le plus grand monument de la scolastique. Si le fond n’est fourni par lui qu'en partie, la forme lui appartient tout entière. — Chaque fois qu’une nouvelle direction est imprimée à l'esprit humain, ces deux génies reparaissent. La philosophie moderne les retrouve mêlés à toutes ses productions les plus originales qui leur semblent les plus étrangères et les plus hostiles. C’est qu’ils sont plus que deux hommes et deux génies; ce sont les deux grandes faces de la pensée humaine qui en eux se personnifient. Là où l'idéalisme triomphe ou domine, Platon est invoqué. Là où c’est l’empirisme, Aristote est remis en honneur. Ce sont, dans le monde philosophique, comme les deux pèles de l’intelligence.
Question IX. — tTGïciSMB et ÉPicunéiSME. — Caractériser ces deux doctrines dans leurs principes et en indiquer les conséquences.
Programme. — Les écoles qui succédèrent au platonisme et au péripatétisme n’offrent ni la même portée spéculative, ni la même profondeur originale dans la théorie. Celle-ci y est faible et empruntée ; la morale seule y offre un haut intérêt. Les deux principales sont l’école stoïcienne ou le Portique el l’école d’Épicure. Elles représentent en morale les deux côtés opposés de la nature humaine : la raison et les sens. L’une est le rationalisa c pur, exagéré, exclusif; l’autre est le sensualisme avec toutes ses conséquences. Le stoïcisme voit dans la raison seule l’essence de l’homme. L’homme y est défini un aDimal raisonnable ( ralionale animal est homo). Toute la morale du Portique dérive de ce principe. — Pour Épicure el ses disciples, l’homme est tout entier un être sensible. La sensation est le principe de tous ses actes comme de toutes ses idées. Le plaisir est le but et la règle de sa conduite. De ià deux doctrines diamétralement opposées; l’une qui se formule ainsi : Vis conformément à la raison; l’autre: Cherche le plaisir, évite la douleur. L’une fait consister le souverain bien dans la vertu seule; l’autre le place dans la jouissance ou dans la volupté.
Ces deux principes admis, les deux écoles en tirent les conséquences. On explique ainsi les points principaux de la doctrine stoïcienne et de la doctrine épicurienne telle qu elle est exposée dans les écrits de Cicéron (De Finibus; De O [ finis, 1) et de Sénèque (De Vita leata et Lettres h Lucilius). (V. Précis, p. 68 û.)
Remarquer ce qui fait la force, la grandeur de l’une de ces deux doctrines, la faiblesse et les vices de l’autre malgré ses inconséquences. Après avoir reconnu ce qu’il y a de vrai el de sublime dans la vertu stoïcienne, on doit en signaler les côtés faibles, ce qu’elle a d’é-