‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 181 sur 192 · LE PYRRHONISME ET LE PROBABILISME · texte numérisé non relu

LE PYRRHONISME ET LE PROBABILISME

troit, de faux, de contraire & la vraie nature humaine. Reieverl’orgueil, la dureté de cet égoïsme sublime qui concentre l’homme en lui-même et l’isole de la société. Le portrait du sage que se plaisent A tracer les stoïciens (V. Sénèque) n’est-il pas celui d’un être chimérique? Montrer comment les disciples de Zénon sont arrivés à des conséquences qui noos paraissent absurdes et le sont en effet : l'égalité des vertus et des vices (V. Sénèque et les paradoxes rapportés par Cicéron, Paradoxes,, l’insensibilité, Vataraxie. On connaît la maxime célèbre Abstine et sustine, dont il est facile de marquer le côté vrai et 1’insufflsance.

Quant à l épicuréisme, sa réfutation est plus facile ; il suffit de déduire quelques-unes de ses conséquences et d’appeler l’attention su r les contradictions de la doctrine du maître, qu'il faut distinguer d e celle des disciples, plus odieuse, mais plus logique. (V. Précis, p. 503.) Ces deux doctrines eurent leur développement a Home où se produisirent toutes ces conséquences. L’une y enfanta des caractères qui , malgré leurs défauts, sont restés des types admirés de la postérité. L’autre y a servi A excuser ou justifier les mœurs corrompues d’une société en dissolution. Rappeler le jugement de Montesquieu sur le stoïcisme. (Esprit des lois, xxiv.)

Question x. — le pyrfi monisme et le probabilisme. — En quoi le scepticisme do Pyrrbon diffère-t-il de celui des sophistes ? Du probabilisme.

Esquisse. — Pyrrhon a donné son nom au scepticisme. Les sophistes l’avaient, il est vrai, précédé; mais leur scepticisme est frivole et léger; le sien est sérieux et vrai. Eux niaient la vérité, et leur négation hardie était encore une affirmation. Le doute n’existe pas chez les sophistes. Pyrrhon, lui, n’aftirme ni ne nie, il s’abstient ae juger, Imx*1, ce qui est le vrai scepticisme («4i m/toa, je cousidère). — Celui des sophistes n'exclut pas l’action. Loin de là, il y mene et la provoque. Le but est peu élevé ou mauvais : l’intérêt, le gain, le plaisir. Ils croient à la toute-puissance de la parole. le pyrrhonisme, c’est l’indifférence absolue qui conseille de ne pas agir, comme il consiste à ne rien croire. Né du spectacle de la diversité et de l’opposition des opinions, il professe avec une complète incertitude une parfaite indifférence. Pas plus ceci que cela, voilé sa devise. Sou résultat est l'apathie, ou cette imperturbabilité du sage (ataraxie), dernier terme de cette sagesse. Venu après les grands systèmes et de solennelles discussions, il n’a pas derrière lui, comme la sophistique, seulement de vaines hypothèses. Aussi esl-ii beaucoup plus profond, et il a une toute autre portée que la sophistique. Après les conquêtes d’Alexandre, toutes les opinions, toutes les croyances, comme les mœurs des divers peuples, apparaissent dans leur opposition et leur diversité. Le pyrrhonisme est le fruit d’une civilisation usée qui penche vers sa ruine. L’un atteste ta jeunesse de l’esprit, sa conuance exagérée; l'autre, sa lassitude, sinon sa vieillesse. — Ainsi s'expliquent les caractères opposés de ces deux manifestations de I esprit grec à deux époques différentes de son histoire. On peut les comparer à d autres formes du scepticisme que nous offre la pensée moderne, dans Montaigne, CharroD, Pascal, Bayle, Hume.

Quant au Probabilisme qui est la doctrine de la Nouvelle Academie, il a été apprécié ailleurs et nous y renvoyons (p. 207).

Question XI. — la philosophie romaine. — Cnractèrc de la philosophie

à Rome. Pourquoi la philosophie y fit-elle peu de progrès? Doctrines philosophiques le plus en faveur cnez les Romains.

Comme les arts et les sciences, la philosophie à nome fut une importation de la Grèce : Gronda raptu (crum valorem ce pii et aria iutulil ayresti Latio. <Hor.) llue philosophie vraiment romaine pouvait-elle exister? Illusion de Cicéron à ce sujet. (Tusc., II. 11; DeDiv., U; Acad. , I, iii.) Génie tout pratique des Romains. La politique et la guerre absorbent toute la vie du peuple romain. Peu d'aptitude des Romains aux arts de la paix. Vers de Virgile : Excudenl alii tpirantia molhus tira. (En., VL) — Le droit et l’éloquence doivent être exceptés. Pourquoi? On passera en revue les principales doctrines philosophiques de la Grèce : le pythagoiisme, le platonisme, le péripatétisme, le stoïcisme et l'épicuréisme; celles qui avaient le plus de chances d'être accueillies et on eu dira les raisons. Quelle partie devait en être surtout cultivée; quelle influence devait-elle exercer? — (V. Ritler, Jlist. de la phi!., t. IV.)

Question XII. — Cicéron. — Quels sont les caractères et les points principaux de sa philosophie?

Esquisse. — Cicéron est le principal représentant de la philosophie romaine. Ce n’est ni un penseur original ni même à proprement parler un philosophe ; mais il a été l'interprète éloquent des grandes doctrines de l’antiquité, surtout dans la partie morale de ses écrits où il reproduil, avec son abondant et beau langage, ce que ces systèmes, le platonisme, le péripatétisme et surtout le stoïcisme, offrent de plus excellent et de plus applicable ti la vie humaine. Sous ce rapporl, ses traités philosophiques offrent uu haut iulérêt et les services qu'il a rendus soûl inappréciables. Nul n'a plus contribué, par ses oeuvres, â la cullure morale de la partie éclairée du genre humain qui reçoit l'éducation classique ou libérale.

Le caractère général de la philosophie de Cicéron est Y éclectisme. Eu spéculation, il adopte le probabilisme de la Nouvelle Académie. (V. Quesl., Acad.) Eu morale, il déclare suivie surtout les stoïciens ( sequemur potissimum sloico$).(De 0/JI.,I.)II le fait non servilement, mais avec une certaine indépendance, non ut interprétés, sedjudicio et arbitrio nosira. Souvent la pensée de Platon, ou d'Aristote se mêle à la doctrine stoïcienne, la tempère, l’élargit et la rectifie.

Ses traités, sauf le De of/iciis, offreul la forme du dialogue comme ceux de Platon, qu’il a voulu imiter. On n y trouve pas Ta grâce et l'abandon, ui l’ordonnance savante du dialogue platonicien. Ce sont plutôt des plaidoyers où le pour et le contre sont débattus et où l’on finit par adopter l'opinion la plus prob ible. — Les Académiques en fournissent un premier exemple. Le dogmatisme et le scepticisme y sont ainsi mis aux prises ; leurs arguments sont reproduits et l'auteur se décide pour le moyen terme, le probabilisme. — De même, dans le De Natura deorum, les arguments pour et contre de l’athéisme (Epicure) et du déisme (stoïcisme) sont exposés successivement ; l’existence de Dieu et la Providence sont établies plutôt par des preuves exlérieures du consentement général et des raisons sociales. — Dans le De Finibus est débattue la question du principe de la morale. Cicéron combat ta doctrine d’Épicure sur le souverain bien ; avec Socrate,

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