CICÉRON, SÉNÈQUE
Platon et Zénon, il reconnaît l'honnête comme senle vraie source du devoir. — Le DeOfficiis, traité de morale pratique, le chef-d’œuvre de Cicéron, est un vrai code de la morale sociale où sont exposés les devoirs de la vie humaine d’après les quatre sources de l'honnête qui sont aussi les vertus principales : la prudence, la justice, le courage et la tempérance. — Les Tuscutanes sont un autre ouvrage capital qui pourrait avoir pour titre le bonheur. Conformément à la thèse stoïcienne. l'auteur y soutient que le bonheur résidé dans la vertu seule qui suffit à rendre l'homme heureux. — Dans la République est cherché l’idéal du gouvernement ; celui-ci est donné comme une forme mixte, monarchique, aristocratique et démocratique dont le modèle est la constitution romaine. — Dans les Lois, le principe rie la justice absolue, supérieure aux lois humaines, est exposé dans son caractère d’universalité et d’immutabilité. — Ses traités sur l’art oratoire : le De Oratore, V Oral or. le lirutus, etc., offrent, avec ce que les anciens rhéteurs avaient découvert de vrai et d’utile sur l’art oratoire, les grands principes empruntés à Platon et à Aristote. Cicéron y ajoute ce que sou génie et la pratique de son art lui avaient appris, dans sa longue et glorieuse carrière d’orateur et d’homme d'Eiat ; le tout est revêtu de la forme impérissable de son style.
Cet exposé rapide suffit pour justifier le caractère de la philosophie de CicéroB qui est un éclectisme où la partie morale extraite des grands systèmes de la Grèce occupe le premier plan ; elle y reçoit avec les développements que comporte le génie pratique et social de Rome la forme oratoire et populaire que pouvait lui donner son grand orateur.
Question XIII. — stskpvR. — Scs mérites et ses défauts. Quels sont les traits principaux de la morale de Sénèque?
Esquisse. — Sénèque n’est pas non plus, à proprement parler, un philosophe. Mais il occupe une place éminente parmi les moralistes. Ses qualités rares et brillantes, ses défauts même qui tiennent à ses qualités, lui ont valu des admirateurs enthousiastes (Diderot) et des critiques peut-être trop sévères (Malebranche). l’eu original dans la partie de ses œuvres qui concerne la théorie (la physique, la logique, la morale générale), son talent se déploie dans les détails de l’analysé du cœur humain; là il est supérieur. Il excelle à décrire les passions et les maux de lame. dont il indique les remèdes en y joignant des conseils, des exhortations, des consmations. Il est vif, éloquent, profond ; son style à la fois riche et condensé se colore des plus fortes images. Nul ne sait mieux que lui aiguiser le trait qui grave la pensée dans l’esprit. Il a semé ses écrits de sentences et de maximes qui font de lui le plus cité^ des moralistes. — .«es défauts, qui ne sont que ses qualités portées à l'excès, tiennent surtout à son imagination qu’il ne sait pas dominer. Aux exagérations propres à i’école stoïcienne, il joint les siennes. On trouve chez lui de la recherche, de la subldité, des détails minutieux, quelquefois de l'emphase et de la déclamation. Sa manière d écrire est tendue, saccadée; sa concision dégénère en obscurité. Rarement il est dans U mesure, et quand sa pensee s'égare, il ne sait éviter le paradoxe.
Le fond de sa morale est le stoïcisme, mais un stoïcisme tempéré, plus doux, plus humain que celui de Zenon et de ses disciples. Il y mêle les idées de Socrate, de l'iaton, d’Aristote et même des maximes
empruntées à Epicure. D'autres sont de lui et de son temps. Plusieurs rappellent la pensée et les sentiments chrétiens t ce qu'il dit de la fraternité universelle, des esclaves, de la bienfaisance, de la résignation, des moyens de réprimer la colère, etc. — Sur les principes de la morale générale, il est faible et n’évite pas les contradictions. L’idée dominante de sa morale individuelle (qu’il a surtout développée) est celle de l’indépendance de l’âme cherchée au-dedans de soi-même, de l’affranchissement de toutes les causes externes et internes qui peuvent la troubler et lui ravir sa iiberté. C’est le sujet de la plupart de ses traités : de Kifa beata, de Otio, de Constantia sapienlis, de ses Consolations et de ses Lettres à Lucilius , le plusgoùlé de ses écrits. Il y montre comment on arrive à se détacher de toutes les choses qui ne sont pas en notre pouvoir et qui ne tiennent pas à la nature humaine, celle-ci étant toute dans la raison et dans la volonté identique à la raison. On parvient ainsi à maintenir la paix de Pâme, à défier le sort et à braver tous les accidents de la vie. Là aussi il fait le portrait du sage à la manière stoïcienne. Cet être parfait, composé de tontes les vertus, qu’il égale à Jupiter, est un idéal chimérique, il est vrai, mais l’homme doit s’en rapprocher. — Le défaut de cette doctrine semée de traits sublimes est de concentrer l’homme en lui-même, de lui tracer un idéal en dehors des conditions de sa vraie nature, de l’isoler de ses semblables, de le former â une perfection non exempte d'orgueil et de vanité. La morale sociale de Sénèque, moins développée, offre des côtés remarquables. Ce sont les idées de justice, de confraternité et d’égalité de tous les hommes et de bienveillance universelle. Elle est entremêlée de vives sorties contre le luxe, la corruption, la cruauté des mœurs romaines. Malgré tout, on voit que Sénèque désespère de la société ; il prêche la retraite et la fuite du monde ; il invite â la vie solitaire et préfère la contemplation à faction. Abstine et sustine serait aussi sa devise.
Question XIV. — le néoplatonisme. — Quels sont les caractères principaux du néoplatonisme alexandrin? Ses mérites et ses défauts. Son importance dans l'histoire.
Esquisse. — 1. 1° Le premier caractère de la philosophie d’Alexandrie est l’éc/ectisme, mais un éclectisme bien autrement vaste et profond, plus spéculatif que celui de Sénèque ou de Cicéron. Il est facile de se rendre compte de cette philosophie. La pensée grecque avait parcouru tout le cercle de la spéculation, A côté des grands systèmes s’étaient produites d’innombrables sectes. Quoique fatiguée de ces débats, la philosophie ne pouvait se reposer dans le scepticisme. Que restait-il â faire? a tenter une conciliation de tous ces systèmes? C’est ce que firent les Alexandrins. Le moment était favorable. Les conquêtes d’Alexandre avaient mis en contact l'Orient avec l’Occident, rapproché les religions, les mœurs, les idées, line religion nouvelle menaçait de remplacer les autres et de tout envahir. Le monde ancien tout entier devait se liguer contre elle.
La philosophie grecque, il est vrai, avait contribué à ruiner le polythéisme; mats se sentant elle-même en péril, elle dut faire cause commune avec lui. Ayant reconnu dans ces mythes un sens profond et métaphysique, elle crut pouvoir se les assimiler en les interprétant Ainsi est née la philosophie des Alexandrins, vaste synthèse où entrent