LE NÉOPLATONISME
en essayant de se concilier tous les systèmes et tous les dogmes de l'antiquité païenne. — Ni la grandeur ni le génie n’ont manqué à cette entreprise, et si elle a dû échouer, elle n’a été ni sans gloire ni sans profit pour l’humanité. — Dans l’éclectisme alexandrin, la part n’est pas égale. Aristote y figure à côté de Platon et dePythagore, etc. Mais l’élément platonicien y domine. C’est lui qui forme le centre et le lien du système. De là le nom de néoplatonisme que prend cette philosophie tout entière.
2° .S>n second caractère est le mysticisme. Elle le doit au contact de l'Orient et à l'esprit général de celte époque, comme à sa tendance de plus en plus platonicienne. Déjà très-prononcé dès l’origine, le mysticisme se dessine de plus en plus, surtout pendant la lutte religieuse. L’école finit par se jeter dans toutes les extravagances de l'illuminisme, de la divination et de la théurgie. Chez ses vrais penseurs (Plotin, Proclus,) elle garde son caractère grec et philosophique. Mais après avoir pris pour base d’abord les faits, les textes et le raisonnenement, elle les rejette et adopte les procédés supérieurs, l'intuition, la contemplation, l’extase.
3° Pris en soi, le système des Alexandiius est un idéalisme mystique ou un panthéisme idéaliste. La théologie en est le centre. Celle-ci a pour base une théorie de la Trinité , et tout repose sur la conception de Dieu. Dieu y est conçu à la fois comme un et triple. Les trois termes oujhypostases sonli t° l'Etre, ou l'un; 2" V Intelligence; 3° la Puissance. Mais ces trois hyposlases ne sont ni des personnes ni égales, ce qui distingue celte trinité du dogme chrétien. — Tels sont les caractères généraux de l’école d’Alexandrie. Ses qualités sont la piofondeur, la pureté, l’élévation morale et religieuse; ses défauts, l’exagération, la subtilité, l'enthousiasme, une disposition à ciéer et à réaliser les abstractions. Ses deux principaux représentants, Plotin et Proclus, sont comptés parmi les plus grands philosophes.
IL Si l’éclectisme ancien a échoué comme le moderne, ce n’est pas moins une noble et généreuse tentative que celle de tout concilier. Il a d'ailleurs le mérite d’avoir étudié et rapproché les doctrines et montré leurs rapports, d’avoir résumé le passé et fait l'inventaire de ses travaux, ce qui est la condition pour les continuer dans l’avenir. Il a rendu plus éclatant 1e triomphe du christianisme et la supéiiorité de sa doctrine. Il est d'ailleurs des côtés par lesquels il s’allie très-bien avec elle. C'est ce qu'ont parfaitement compris les grands docteurs de l’Eglise, saint Justin, saint Clément, saint Augustin surtout, qui, en puisant avec liberté et réserve à la source du platonisme alexandrin, ont hautement avoué leurs emprunts. — Son influence se continue au moyen âge et dans la philosophie moderne. Tout ce qui n’a pas, au moyen âge, courbé la léte sous le joug d’Aristote et est resté libre, tous les mystiques s'inspirent des Alexandrins. A U Renaissance, l'école d'Alexandrie réparait avec le platonisme (Marsile Kicin). Chez les modernes, en Allemagne surtout, dans les derniers systèmes (lioèhm, Schelling, lîaader, Hegel), on retrouve des traces non équivoques du panthéisme et du mysticisme des Alexandrins, comme de leur exégèse et de ieur méthode d'intei prétalion hardie des dogmes et des symboles.
Question XV. — iji philosophie des pères nr. l’église. — Quels sont ses caractères principaux, en particulier dans saint Augustin’
Programme. — La laite entre I» religion chrétienne et la philosophie païenne avait été ardente et longue. Mais le christianisme, religion de l’esprit, ne pouvait se passer de la philosophie ni répudier le concours de la raison. Sa base est la foi. mais une foi éclairée, raisonnable, rationabile obseguium. Aussi l’accord s'établit de bonne heure entre la raison et la révélation dans de certaines conditions. De là la philosophie chrétienne et celle des Pères de l’Eglise.
La philosophie y est considérée 1° comme ane introduction à la foi ; 2’ comme servant à l'explication du dogme; 3° comme utile, nécessaire même pour sa dépense. — Valet ad confundendns adnersarios, ad fovendum infirmas, ad deleclandum perfeclos. (Saint Bonav.)
t* La philosophie peut conduire à la foi. L’exemple en est dans saint Augustin qui y fut amené par la lecture des écrits des platoniciens, comme il le raconte lui-même. (De Cicit. Dei, XVII, chap. xli; Confess.) La philosophie spiritualiste en effet est un acheminement à des vérités supérieures que la raison ne peut atteindre, mais qui en supposent d’autres : la croyance à l’âme et à Dieu, la liberté, l’immortalité, etc.
2° Si le dogme reste un mystère pour la raison, celle-ci peut aider à le concevoir, sinon à le comprendre. Elle fournit des analogies propres et des explications qui, bien qu’imparfaites, aident a entrer dans le sens profond des Écritures et à lever les contradictions apparentes.
3" La philosophie est surtout nécessaire à la religion comme lui fournissant les moyens de combattre ses adversaires. Os moyens sont les armes du raisonnement dont elle enseigne à se servir soit pour démontrer la vérité de la révélation, soit pour repousser les attaques de ceux qui la nient et qui en niant on en dénaturant les faits s'appuyent eux-mêmes sur le raisonnement.
Tels sont les caractères généraux qui se remarquent dans la philosophie des Pères de l’Eglise.
On doit distinguer les Pères grecs et les Pères latins. Les premiers, plus spécnlatifs. accordent plus à la raison et à la philosophie (saint Justin, saint Clément).
Les seconds, moins favorables à la raison, n’acceptent son concours qu’avec défiance (Tertulien, Lactance). — Latin par l’éducation et la langue, Grec par le génie. Africain de naissance, saint Augustin combine ces esprits divers. Sa philosophie est le point culminant de la philosophie chrétienne. On y trouve surtout l’alliance du platonisme et du néoplatonisme avec le dogme chrétien, le tout exposé expliqué de la manière la plus profonde et la plus éloquente, malgré d’inévitables contradictions et plus d’une interprétation subtile. Tous ses successeurs ont puisé a la source de ses écrits : saiot Thomas, Bossuet, Fénelon, Malebrancbe, etc.
Question XVI. — la scolastique. — Quel jugement doit-on porter sur la scolastique?
Esquisse. — On a coutume de regarder le moyen âge comme une époque tout à fait stérile dans l'histoire de la pensée humaine. Les oeuvres de sa philosophie devraient être â peine comptées parmi les
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