‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 188 sur 192 · LES SUCCESSEURS DE DESCARTES · texte numérisé non relu

LES SUCCESSEURS DE DESCARTES

dont ia communication 'est déclarée impossible. 3° Quant au système de la nature et de la grâce, Malebranche qui faitde Dieu, de l’Etre infini, parfait, l’auteur de tous les mouvements de notre âme pour échapper au panthéisme et au fatalisme qui en dérive, distingue dans l'homme une volonté générale qui le porte au bien et qui est l’action de Dieu, et une volonté particulière qui, quoique attirée vers le bien, peut dévier et s'en détourner par un choix libre entre les biens particuliers. Ainsi se trouve conciliée selon lui la grâce divine avec la liberté naturelle. Mais l'âme n’en est pas moins cette substance passive qui ne peut rien par elle-même, dont le choix lui-mème, étant incliné, ne peut être libre. 11 est dillicile d’éviter le fatalisme en germe dans la définition de Descartes : l'âme est une substance, et toute son essence est dans la pensée. La volonté elle-même est un mode de l’entendcmeni. — Spinosa, plus hardi, non retenu par l’orthodoxie, va plus loin ; il supprime le dualisme. Les deux substances, l’âme et le corps, la nature et l’esprit, n’en font qu'une. Elles rentrent dans une substance unique et infinie à la fois, étendue et pensante, dont tous les corps et les esprits ne sont que des modes. Ce système, qui est le point de départ de tout le panthéisme moderne, qu’esl-il? sinon, comme l'appelle Leibnitz, un cartésianisme immodéré V Descaries lui-même, dans ses Principes, donne cette définition de la substance : Per suâstanfiam nihil aliud intelligere possumus quant rem quæ ita existit ut nulla a lin re indigent ad ixislendum. Et guidem... unica tantum potest intelligi netnpe Deus. (P rincip., I, 49-50.) — Locke suit, il est vrai, une direction contraiie. Avec lui reparaît l’empirisme opposé à l’idéalisme ; il combat les idées innées de Descaries, et réintègre la sensation dans la connaissance. Tout vient des sens et de la réflexion qui s’exerce sur leurs données. Mais il n’en continue pas moins Descartes, car : l» sa méthode qu’il applique autrement est la sienne : la réflexion; 2® comme lui il fait de l’entendement et de son analyse la base de toute philosophie. Seulement il y trouve autre chose, la sensation. Celle-ci, l’élément variable de la connaissance, conduit non au panthéisme, mais au scepticisme de Berkeley et de Hume. — Bayle aussi et d'autres dissidents, Huet, Pascal, combattent Descartes, mais avec sa méthode et en se servant de ses armes; ils répandent son esprit qui est celui du libre examen et de la discussion en l'appliquant à la critique, à la tradition elle-même, à la théologie, à l’érudition et à l’histoire. — Le rôle de Leibnitz est celui de conciliateur entre tous ces systèmes ; mais c’est au moyen d’un nouveau système, la monadotogie, dont la base est une conception nouvelle de la substance. Celle-ci n’y est plus l’être passif doué d’attributs et de modes; elle est essentiellement active. L’étendue n’est plus la caractéristique des corps, leur propriété essentielle. C’est la force. Toutes les substances sont simples et actives (monades). La nature est uu système de forces (dynanisme universel). L’activité est partout. Ce système qui corrige celui de Descaries en est issu, car il le présuppose ; il concilie les termes opposés. De plus, à la création continuée répond la loi du progrès continu. L'harmonie préétablie est analogue à l’occasionalisme. — Au xvui° siècle apparaît une autre philosophie. Mais, quoique opposée au spiritualisme de Descartes, le sensualisme de Condillac et de scs disciples marche dans la voie générale qu’il a ouverte. L’idéologie y est la base de la philosophie. De plus, les encyclopédistes élargissent celle voie en appliquant la méthode aux grandes questions sociales. — V École écossaise proteste au nom du sens commun contre les principes et les conséquences du sensualisme. Elle

croit relever de Bacon et accuse Descaries d'avoir raisonné au lieu d’oiiserver ; elle ramène l'étude des faits de i’àme et de la conscience. Elle n'est pas moins ülle de Descartes, car elle rappelle l'esprit à luimême et à la pensée.

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