DU CORPS DE LA DISSERTATION
vous, et de quelle manière vous devez le traiter. D’abord, ■distinguez le point principal auquel tous les antres doivent
se ramener, qui doit être principalement approfondi et développé. Sans cela, vous donnerez trop d’étendue aux parties accessoires, aux dépens de oe qui doit faire l’objet principal et comme le corps de votre dissertation. Cette règle a été déjà posée à propos du plan. Mais ce qui n’importo pas moins, c’est de savoir selon quel mode ce point demande à être traité, quelle méthode il faut lui appliquer. C’est là oo qui doit faire le caractère dominant de votre travail. Est-oe l'analyse, la démonstration , la réfutation, Y interprétation? Tous oes procédés doivent-ils intervenir tour à tour? Dans quelle mesure? Faute de se rendre compte de cette condition si simple, vous êtes exposé à appliquer au sujet et à chacune de ses parties un mode qui ne lui convient pas, à discuter ou à démontrer là oh il faut simplement décrire, à exposer là oh il faut discuter, et là où il est besoin d'une discnssion approfondie, à passer légèrement, à produire quelques affirmations justes, tuais non suffisamment motivées et justifiées. C’est ainsi que l’on fait un travail faible, superficiel, qui manque de consistance et de solidité. Dans une même dissertation on peut être amené à employer successivement chacun de ces procédés. Il faut savoir le faire avec discernement et avec mesure. N'allez pas, par exemple, passer vite aux objections avant d’avoir solidement établi vos preuves, ni chercher à résoudre les difficultés avant d'avoir exposé votre solution. Analysez, quand il faut analyser; démontrez, s’il s’agit de démontrer; discutez, si c'est une discussion que réclamele sujet, etne perdez pas de vue le caractère de votre méthode. Autrement, rien de solide, de proportionné, de complet, ne sortira de vos efforts. Une oeuvre bien organisée est celle où chaque chose est à sa place et dans la juste proportion qui lui convient. Une dissertation bien faite est celle qui à la justesse et à la solidité des raisons joint ce mérite de convenance, d'appropriation parfaite des moyens à la fin dans l’ensemble et tontes les parties.
Voici les points sur lesquels doit principalement se fixer l’attention. Quoique plusieurs aient été indiqués, il est bon de les réunir ici on préceptes.
Préceptes. — 1° Aborder immédiatement et directement le sujet, suivre le plan tracé sans s'en écarter et sc livrer à des digressions; pour cela, avoir toujours l’œil fixé sur le point précis de la question.
DK LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE
2° Donner à chaque point la proportion convenable, approfondissant ce qui mérite d'être approfondi, et passant plus rapidement sur ce qui a moins d’importance.
3° Procéder avec méthode, sans lenteur, mais sans précipitation, en observant la gradation des idées.
4° Ne pas se borner à affirmer, mais motiver tous ses jugements ; cette condition est capitale. Il est de l'essence même de la dissertation que toute proposition qui n’est pas évidente doit être expliquée, motivée, prouvée. Il ne suffit pas d’émettre des idées justes, des assertions vraies, des opinions sensées, encore moins de revêtir quelques idées vagues d’un langage pompeux et brillant. L’œuvre n’est solide qu’autant que l’on aura examiné, discuté, approfondi chaque point; le principal mérite de ce travail consiste dans une analyse bien faite, dans un raisonnement suivi, serré, solide, concluant, où rien n’est omis de ce qui est essentiel pour établir ou défendre la vérité.
La philosophie cherche à rendre raison des choses; en tout elle veut connaître la cause, le principe, la fin; elle explique le pourquoi, le comment, le but, le moyen.
Il faut insister sur ce point ordinairement si peu compris des élèves. C’est à quoi ils ont le plus de peine à s’habituer. Us exposent, ils affirment, ils ajoutent quelques exemples, ou, s’ils peuvent, citent quelques autorités; mais la raison, l’explication, le pourquoi et le comment, ils ne songent ni à les chercher ni à les donner; rien n’est expliqué, motivé, discuté. De là la faiblesse de leur travail, qui manque de fond, de force et de véritable intérêt.
5° Savoir distinguer les raisons directes et intrinsèques, celles qui sont tirées de la nature même du sujet et s’adressent à l’entendement, des raisons extérieures, accessoires et indirectes, telles que les autorités, les témoignages, la tradition, Yhistoire, 1 es analogies et les exemples. Choisir toujours de préférences celles-là et les donner tout d’abord ; ne pas négliger les autres, mais ne les employer que pour éclaircir et confirmer les premières ou leur prêter un nouvel appui. Les vraies raisons, les seules décisives, sont les raisons directes et les arguments rationnels, les autres ne décident rien; elles ne produisent que la probabilité, non la certitude; elles n’éclairent pas l’esprit et ne satisfont pas la raison (1).
(Il Non onim Un autoritatis in di*pu(ando quam rationis moment» quærenda aunt. (Cic., de Nat. deor., I, v ,x.)