‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 34 sur 192 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

une vérité axiomatique de la raison? ou n’est-il qu’une hypothèse? La réfutation consiste à montrer que le principe posé n’est ni une vérité évidente d’elle-même, ni un fait bien constaté, que tout esprit sensé et raisonnable doive accepter et reconnaître; que c'est une pure hypothèse, quelquefois inintelligible, contradictoire en elle-même, contraire aux premières vérités de la raison et aux faits les mieux attestés. On insiste et on fait voir que le prétendu principe n’en est pas un, qu'il peut servir de base à un système ingénieux, mais qui manque de solidité.

2-’ La méthode est étroitement liée au principe et à tout le système; elle explique la nature des arguments et les résultats. Il faut donc la reconnaître et la juger. Est-elle ou non légitime? On réfute une méthode en faisant voir qu’elle n’est pas conforme aux lois de l’esprit humain, ou que, bonne en soi, elle s’applique à un autre ordre de vérités, non à celui dont il s'agit; qu’elle est exclusive et repousse à tort d’autres moyens légitimes de connaître; que de là viennent les erreurs du système ou do la doctrine.

3° De là on passe aux arguments. Cette tâche, il est vrai, est répartie sur l’ensemble; mais il est bon souvent d’en faire un objet d’examen spécial. Il est clair que pour dévoiler savamment l’erreur ou la faiblesse d'un système, il faut connaître et mieux ‘encore savoir pratiquer les règles de la logique entière. Nous ne pouvons qu’v renvoyer, en rappelant les prescriptions principales : 1° distinguer les raisons intrinsèques et directes des raisons accessoires indirectes et extérieures. C'est sur celles-là que doit porter le fort de la discussion et de la critique; répondre à des raisons par des raisons, non par des autorités, des exemples, etc.; 3° employer pour chaque genre de raisons le mode de réfutation qui lui convient, faire voir le vice et le défaut de chaque argument selon sa nature propre et ses règles. Ainsi ne pas vouloir apprécier un fait comme un raisonnement, ni un raisonnement comme un fait, montrer la fausseté des analyses, dévoiler les vices de l'argumentation, les contradictions, s’il y en a, la manière superficielle dont les questions sont envisagées. Tout cela demande de la sagacité, de la finesse et de la vigueur, beaucoup de netteté et de précision, une dialectique vigoureuse, serrée, souple etdéliée sans subtilité.

4° Il faut ensuite examiner les solutions. Une doctrine doit être à la fois vraie et féconde. Elle a la prétention d’expliquer certains faits ou de fournir la réponse à certaines

uv DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

questions. La manière dont elle les résout est donc un point essentiel et capital, et la critique doit se porter sur ce terrain. S'il s’agit d'un grand système, tout un livre serait à faire pour le suivre dans les solutions qu’il donne aux questions philosophiques. Dans un travail plus restreint, il suffit de signaler les résultats principaux. Pour cela il faut : 1° bien préciser chacune de ces solutions, en la dégageant du vague et de l’obscurité dont souvent elle s’enveloppe; — 2° voir si l’explication proposée satisfait réellement l’esprit. Le problème est-il réellement résolu? Ne le tranche-t-on pas au lieu de le résoudre? La raison peut-elle accepter ce qui lui est proposé? Cela s’accorde-t-il avec ses principes? L’expérience elle-même ne le contredit-elle pas? Les faits attestés par la conscience comme par les sens ne sont-ils pas méconnus, altérés, dénaturés? L’auteur ne leur fait-il pas /iolence et ne les détruit-il pas en croyant les expliquer? — 3° Cette solution ne soulève-t-elle pas elle-même des objections et des difficultés plus grandes que les difficultés et les obscurités inhérentes au problème ou à la solution généralement admise? L’apparente facilité du système à résoudre les problèmes n'est-elle pas la preuve qu’il passe sur les difficultés et ne tient compte ni des faits ni des vérités qui le contredisent et qui restent sans explication réelle?

Tout cela doit être examiné, approfondi et discuté, combattu par des raisons claires et solides. On doit le faire avec calme et sans passion, mais avec vigueur et une inflexible sévérité. Ce qui n'est ni vrai, ni certain, ni clairement établi ne doit pas trouver grâce devant cette critique.

5° La réfutation d’une doctrine ne peut être considérée oomme achevée si l’on n’a essayé de répondre aux objection t que l’auteur adresse auxdoctrinescontraires età celleen particulier que l’on veut défendre. Ordinairement ony réponden faisant voir : 1* qu’elles portent à faux, quece qu’elles attaquent n’a pas été bien compris, quelles en altèrent le sens et qu’elles sont exagérées; 2° que l'on a pris des difficultés pour des contradictions; 3° que les raisonnements produits sont sans force ou manquent de justesse. La règle ici est de ne pas éluder les objections et de les combattre directement par des raisons sérieuses et solides; mais il n’est pas nécessaire que toutes ces objections soient résoluespour que l’opinion que l’on admet soit vraie. Aucune vérité ne soutiendraitcette épreuve. Il suffit de montrerqu’il n’y a pas contradiction réelle dans ce qui est la matière de l’objection.

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