‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 37 sur 192 · MAXIMES, PENSÉES · texte numérisé non relu

MAXIMES, PENSÉES

distingue et qu’on les expose. « Voilà, direz-vous, tout renfermé dans un mot; oui, mais cela est inutile si on ne l’explique. » (Pascal, Pensées.) Le sens peut être obscur ou caché, la maxime peut prêter à diverses interprétations. Le sens principal doit donc être dégagé de ces significations accessoires.

Pour y réussir, il n'y a pas d’autre méthode que i’analyse. Il faut donc examiner et approfondir les idées contenues dans les termes ; c’est le sens philosophique, non simplement philologique et littéral qui est à trouver. En se livrant à ce travail il faut craindre de se perdre dans les détails d’une minutieuse exégèse. Ordinairement, le sens principal, pour un esprit préparé, se distingue au premier coup d’œil. Cela ne dispense pas de s’y attacher et de le développer.

Ainsi la maxime socratique : Connais-(oi toi-même, semble pouvoir se passer de commentaire ; c’est une erreur. Elle peut s’entendre de plusieurs façons, du corps comme de l’esprit. Elle a un sens négatif et un sens positif; se connaître c’est d’abord avoir conscience de son ignorance, savoir qu’on ne sait pas. Ce premier savoir n’est que la condition pour en acquérir un autre, la connaissance réelle de l’âme. La maxime a un sens général et un sens particulier. Se connaître comme homme n’est pas connaître son caractère propre et individuel. Elle a un caractère spéculatif et pratique. De cette connaissance se tire la règle de nos actes. Enfin, que faut-il envisager surtout dans l’homme? Est-ce l’esprit T est-ce le corps ? Dans l’esprit, n’est-ce pas surtout la raison qui est le fond et l’essence de notre être, qui caractérise l’homme et d'où dépendent les autres facultés? C’est donc là le premier et véritable sens de la maxime. Les autres sens doivent lui être subordonnés. (V. Platon, J,r Alcibiade.)

Pour mieux faire ressortir le vrai sens d’une maxime, il est bon souvent, après l’avoir directement prouvée, de lui opposer son contraire.

Je prends un autre exemple : Qui sibi amicus est, scito hune amicum omnibus esse. (Sénèque, Êp. vt.) Quel est le sens de cette maxime ! Il est clair qu’il faut écarter le sens littéral qui ferait de l’égoïsme la condition du bonheur et de l’affection de nos semblables. Le sibi amicus a une signification plus profonde : c’est le contentement de soimême, la satisfaction intérieure, la paix de l’àme, qui

IVIII DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

n'existe que quand l’homme est d'accord avec lui-même, et que ses facultés sont dans une parfaite harmonie. L’amour de soi, ici, c’est celui que l’homme vertueux a de luimôme, en tant que juste et bon ; ce qu’il aime en lui, c’est ce qui est souverainement aimable : le bien, la justice. Un tel homme est en paix avec lui-même et avec les autres ; il est l'ami de tous et le sien. Tel est le sens de la maxime. Le commentaire qu’en donne Aristode (Eth. à Nie., IX, tx,) est un des beaux endroits de sa morale. Un moyen de la rendre encore plus évidente sera de faire la supposition contraire. Que l’on examine l’homme méchant et pervers, on verra qu’il n’est jamais d’accord avec lui-même, que ne l'étant pas, il ne l’est pas non plus avec les autres. Il leur est odieux et est odieux à lui-même, il se hait et se fuit, il finit quelquefois par se prendre en horreur et termine ses jours par le suicide. (V. ibid.) Donc le fondement de la vraie amitié est la vertu.

L’interprétation d’une maxime en est déjà le développement. Souvent aussi elle abesoin d’être démontrée. L’axiome seul ne se démontre pas. Ainsi en est-il d’une foule de propositions, de formules puisées dans les différents auteurs. Le bon sens les accueille et les adopte sans exampn. Mais la raison philosophique est plus exigeante; elle veut se rendre compte, savoir le pourquoi et le comment, approfondir les motifs; elle demande des preuves. Ce sera souvent l’objet principal d’une dissertation. Quidquid hontsium idem et utile. Cette proposition stoïcienne et platonicienne a besoin d’être prouvée. Cicéron y a consacré tout le troisième livre du de Officiis. Cela rentre donc dans les conditions de la démonstration. (V. suprà, nt.) Le principe ici est la conformité à la nature humaine, dont l’essence est la raison. L’homme étant un être raisonnable, ce qui est conforme à sa raison est conforme à sa nature, et est à la fois honnête et utile. A cela se réduit tout le raisonnement de Cicéron, qui combat en même temps les objections et résout les difficultés.

On ne connaît bien la valeur et la portée d’une maxime que quand on en aperçoit les applications ou les conséquences. Il faut y mettre de la mesure et de la sobriété, voir les points sur lesquels il convient d’insister et ceux qui ne doivent être qu’indiqués, procéder avec ordre, non au hasard, suivre l’ordre logique des conséquences, soit spéculatives, soit pratiques. Ainsi, pour reprendre l’exemple

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