‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 38 sur 192 · MAXIMES, PENSÉES · texte numérisé non relu

MAXIMES, PENSÉES

cité plus haut de la maxime socratique, on fera voir que, de cette maxime bien appliquée, sort la solution des problèmes principaux de la philosophie. De la connaissance de l’homme et de ses facultés se tirent d’abord les règles pour la direction de son esprit; ensuite sa règle de conduite, ses devoirs et ses droits, la vraie connaissance de Dieu elle-même en dépend, etc. Certains problèmes plus pratiques, comme le choix d’un état ou de la profession, s’y rattachent, suum puisque noscat ingenium. (Cic., de O/J., I.) On fera de même pour toute autre maxime ; la mesure des développements est livrée à la sagacité de chacun.

2» Appréciation. — Mais il ne suffit pas d’avoir expliqué et démontré une maxime et même d’en avoir fait voir la portée, il faut aussi savoir l 'apprécier et la juger. Sans doute, du travail précédent ressortent déjà la valeur et la vérité de la proposition émise; il convient souvent de l’examiner de plus près et d’en faire un objet spécial d’examen et de discussion.

Vous avez donc : 1° à vous prononcer sur la vérité de la maxime; St° à montrer dan t quelle mesure elle est vraie et où elle peut être fausse, ou même dangereuse, et à en marquer, comme on dit, les limites.

En cela consiste l’appréciation d’une maxime ou de la pensée d’un auteur. Quelles sont, les conditions? Celles qui s'imposent à toute critique. 11 n’y a pas ici déréglés particulières; mais quelques recommandations peuvent être utiles.

1° Evitez, dans l’appréciation, les phrases et les formules banales par lesquelles s'énonce une opinion qui ne sait se motiver. Il ne suffit pas de dire que l’on approuve ou que l’on condamne ; c’est toujours le pourquoi et le comment qui importent. Sachez donc motiver vos éloges et surtout votre blâme. Telle pensée vous paraît non-seulement vraie, mais belle, grande et féconde; en donnant des raisons, montrez qu’elle l'est réellement. Telle autre est fausse, outrée, exclusive, mène à des conséquences fâcheuses dans la pratique et la spéculation, faites-le voir. Autrement votre appréciation est de nulle valeur philosophique.

Un moyen de trouver des motifs pour appuyer son jugement est d’examiner de quelle nature est la maxime et à quoi elle se rapporte. Est-ce la formule d’une méthode ? celle d’un principe de la raison ? d’un grand fait de la nature humaine? Exprirae-t-elle une vérité morale ou spéculative, utile aux hommes ef à la science? C’est à vous à

LX DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

voir daus chaque ordre d'idées ce qui en peut faire le mérite ou le défaut, la rendre belle ou vicieuse et dangereuse.

Quelques préceptes plus particuliers trouvent ici leur place.

Ce qui peut paraître commun et banal dans les plus belles maximes vient de ce qu’elles se sont emparées peu à peu de l’esprit des hommes, qu’elles sont ainsi devenues générales et universelles. Il faut le faire remarquer.

Dans l'appréciation d’une maxime, souvent doit entrer tce que dit Pascal du Cogilo, ergo sum, de Descartes, et ce que les esprits superficiels comprennent si peu, savoir :

« Combien il y a de différence entre écrire un mot à l’aventure sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue, et apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences. » (Pascal, de l'Esprit géométrique.)

2° L’appréciation d’une maxime ne consiste pas seulement à dire et a montrer qu’elle est vraie ou fausse, ni à en faire ressortir le mérite ou les défauts; il est un point plus délicat encore sur lequel l’esprit philosophique s’exerce et se révèle. « Peu de maximes sont vraies à tous égards, » a dit Vauvenargues, c’est-à-dire d’une manière absolue. Il faut donc marquer le point où la maxime cesse d’être vraie, et montrer que, si on l’entend mal ou si on l’exagère, elle devient fausse et dangereuse.

Ainsi, la maxime stoïcienne : Sequere naturam, n’est vraieque quand on la prend dans son vrai sens : celui où la nature est identique à la raison comme essence de l’homme. Si on l’entend des passions et de l’instinct, on voit où peut conduire le système qui la prendrait pour base. Toutes les écoles do l’antiquité l’ont répétée. Epicure l’adopte aussi bien que Zénon. Elle est fausse dans cette doctrine.

La maxime Connais-toi loi-même est vraie sans doute; pourtant il ne faut pas qu’elle soit exclusive, le spiritualisme doit éviter ce défaut. L’homme, sans doute, c’est l'âme ; mais, pour connaître l’homme, il faut aussi connaître son corps, auquel l'esprit est si étroitement uni. Le platonisme est allé trop loin dans cette voie et n’a pas évité cet écueil. On le voit, il est un point où les meilleures maximes cessent d’être vraies et engendrent des conséquences fâcheuses. Il faut montrer la mesure, le quatenus.

Voici une autre maxime : Sois libre, reste libre. Mais qu’entend-on par liberté? Une liberté raisonnable, sans doute, non l’absence de règle, le caprice, qui est la licence.

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