‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 41 sur 192 · EXPOSÉ DES DOCTRINES · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES DOCTRINES

distinguer ou dégager l'idée principale, sans porter un jugement sur le fond de la doctrine, ni surtout motiver son jugement. Ce qui est demandé ici, c’est une production personnelle de l’esprit, où celui-ci soit appelé à penser par luimême, non à se traîner sur un auteur pour en dépecer les phrases ou les paragraphes afin de s'habiller ensuite de ces lambeaux et en charger sa mémoire.

An lieu de parcourir tout un livre ou une de ses parties sans le comprendre et de se perdre dans les détails, on veut qu’il s’attache à un point de doctrine, qu’il s’efforce de le comprendre, qu’il le dégage de ses accessoires et de ses développements; qu’après l’avoir bien saisi, il l’expose luimême à sa manière, qu’il le fasse en peu de mots, avec clarté et précision ; que non-seulement il l’expose, mais le juge, et qu’il motive son jugement; qu’il fasse la part du vrai et celle du faux, et cela avec méthode, en suivant certaines règles. Voilà ce qui sérieusement pratiqué doit nonseulement fortifier, mais élargir et élever l’esprit.

Nous ne pouvons qu’indiquer ici les conditions principales de ce travail. Elles sont relatives à l’exposition et à la critique.

1° Exposition. — Toute critique solide et impartiale a pour base une exposition fidèle. Comment soumettre à l’examen une doctrine qui n’est pas bien connue 7 Peut-on la juger si on ne la comprend pas? Ce précepte est si évident qu’il paraît superflu. Mais telle est l’impatience naturelle de l’esprit et sa précipitation qu’on ne saurait trop y insister. Presque toujours l’exposition est mal faite, superficielle ou incomplète. Rarement on se donne la peine de comprendre la pensée de l’auteur. En quelques lignes on en donne un aperçu vague, puis on se hâte de la juger. On n’a pas fait deux pas dans cette appréciation que, ne sachant plus trop de quoi il s’agit, on est forcé de revenir en arrière. I*’exposition et la critique se trouvent si bien mêlées, que le lecteur ne sait où il en est. Il faut éviter cette absence de méthode.

Un autre défaut est de faire une analyse trop longue et diffuse. Au lieu de se traîner sur le texte, il faut en dégager la pensée et la préciser; la saisir dans sa généralité et l’abstraire de ses détails et des accessoires, la résumer et la formuler nettement en peu de mots. Résumer ainsi un auteur n’est pas l’abréger. On fait très-bien de se servir de ses expressions, mais de celles-là seules qui sont earactéristi-

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ques. Si la pensée a besoin d’être interprétée, il faut le faire en ayant soin de ne pas l'altérer. Cette première tâche, on le voit, est déjà difficile. Il y a d'autant plus de mérite à y réussir.

Mais faut-il invariablement exposer la doctrine d’un auteur dans toutes ses parties avant de l’apprécier? Cela dépend de l’étendue de cette doctrine, du nombre de points qu’elle renferme. En tout cas, il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur l’ensemble et d’en saisir la pensée principale. Vous reprendrez ensuite chaque point particulier que vous examinerez et discuterez Puis vous terminerez par un jugement général. Telle est la meilleure marche à suivre.

■2° Quant à l 'appréciation, il y a d’abord des conditions générales qui sont celles de toute critique : qu’elle soit impartiale, exacte, ion superficielle; qu'elle soit non étroite et passionnée, mais calme, judicieuse, exprimée en termes convenables; que les mérites et les défauts soient également signalés, et les mérites avant les défauts; que tout ce qui ressemble à l'intention de dénigrer, de rabaisser comme au parti pris de trouver tout admirable et sans défaut, soit évité.

Voici des règles plus précises :

Il y a deux sortes de critiques. L’une, absolue, juge une doctrine uniquement par son rapport avec la vérité; l’autre, relative, la juge eu égard aux temps et aux circonstances. Il faut savoir les combiner.

1° Parlons d'abord de la première. Le critérium ici c’est la vérité elle-même, sans aucun égard aux circonstances ni à la personne de l'auteur, à son esprit et a son époque.

Il serait absurde de prétendre qu’une telle critique est impossible ou qu’elle n’a rien d’absolu, parce que rien n’est absolu et que la règle de nos jugements varie avec les époques ou que rien n’est définitif. Le scepticisme seul peut tenir ce langage. En tout cas, le critérium est la science elle-même au point où elle est parvenue.

Il faut donc confronter la doctrine aux faits que l’auteur a voulu décrire ou expliquer, aux principes de la raison qu'il a prétendu formuler, soumettre les vérités qu’il a cru démontrer, au contrôle du raisonnement, examiner ses principes, sa méthode, ses solutions, les arguments qu’il fait valoir, etc.

Dans une pareille critique, on doit faire la part du vrai et du faux avec équité; tenir la balance égale, peser les inéri-

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