‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 44 sur 192 · COMPARAISONS · texte numérisé non relu

COMPARAISONS

quences. C'est ainsi qu’il faut juger Descartes, si on le compare à ses successeurs; Spinosa, Malebranche, Locke et Gondillac peuvent également différer de cette façon.

Pour bien faire la comparaison sur un point particulier de doctrine, il est bon d’être guidé par la connaissance générale de cette doctrine ou du système de l’auteur; mais il faut se garder des idées préconçues. L’examen attentif et approfondi de l’auteur lui-même et des œuvres où il a consigné lui-même sa pensée doit rester la base du parallèle et motiver seul le jugement que vous porte?.

En comparant un philosophe ancien et un philosophe moderne soit dans l’ensemble, soit sur un point particulier de leur système, il faut avoir présents à l’esprit la différence des époques, leur esprit particulier, etc.

Les uns ne voient que des différences, d’autres que des ressemblances. On doit garder une sage mesure. Ainsi, il est certain que le scepticisme de Pascal et celui de Pyrrhon sont fort différents; le scepticisme de Pyrrhon ne ressemble pas à celui de Protagorasetdessophistes.il y a cependant dessimilitudes réelles qui touchent à l’essence même de ce système. Il ne faut exagérer ni les ressemblances ni les différences, mais signaler avec précision les unes et les autres. Ainsi doiton faire pour chaque point de doctrine sur lequel doit porter la comparaison, comme sur la doctrine totale. Quand ce sont des auteurs de la même école et de la même époque, les ressemblances sont plus marquées, mais il y a aussi des différences qu’il faut savoir reconnaître et ne pas effacer.

Telles sont les principales conditions de ce travail où il faut être net, précis, lumineux, où l’on doit éviter d’être à la fois superficiel et subtil, surtout se défier de la tendance à rabaisser un auteur aux dépens d’un autre. Car c’est là le principal écueil. Les remarques plus ingénieuses que solides, les traits d’esprit, les détails insignifiants, les digressions, ce qui n’est que curieux et amusant, ou qui nè conduit à aucune conclusion théorique et pratique doit être écarté. Les oppositions et les antithèses, ce qui est compassé et symétrique, tout ce qui étouffe la diversité qui est la vie même de l’histoire, doit être banni encore plus sévèrement. On doit se bien pénétrer de cette maxime que jamais l’histoire ne se copie elle-même et que cela est vrai des opinions et des systèmes ou des idées comme des faits et des institutions. Le génie propre et l’originalité des penseurs doivent être avant tout observés et respectés.

LXX DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

Nous reviendrons en finissant sur une observation importante.

Le parallèle philosophique n’est pas un amusement d’esprit ni un objet de pure curiosité; un enseignement doit en ressortir. Aussi la tâche n'est pas terminée si, ayant comparé ensemble deux auteurs ou deux doctrines, on n’en tire aucune conclusion ; c’est ce que l’on fait, soit en résumant ce qui a été dit et en formulant plus brièvement la pensée totale, soit en dégageant de l’ensemble quelque maxime instructive et une leçon utile. Si vous avez comparé Aristote à Platon, Cicéron à Sénèque, Malebranche à Deseartes, Fénelon & Bossuet, que de ce parallèle ressorte clairement que la science a profité du génie différent de ces auteurs et de leurs travaux; que l’on voie que de leurs erreurs même, comme des vérités qu’ils ont découvertes ou enseignées, sont sorties des conséquences fécondes pour l’avenir et les progrès de l’humanité.

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