‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 47 sur 192 · DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE

finition pour les besoins de la cause, et destinés à faire prévaloir telle ou telle assertion qui autrement ne peut être défendue (1).

La philosophie remplit-elle ces conditions î Telle est la question véritable.

Mais qu’est-ce que la philosophie ? Ceux qui prononcent ce mot ne paraissent pas s’en faire une notion bien exacte. Ils semblent en avoir dans la tête trois ou quatre idées différentes, qu’ils échangent et confondent sans cesse. Elles peuvent être vraies; mais il importe de les distinguer et de ne pas souffrir à ce sujet d’équivoque.

1° Par philosophie, on entend d’abord un exercice de la pensée humaine cherchant à connaître l 'ensemble de l’univers et à résoudre les plus hauts problèmes de la raison, sur ces grands objets : la nature, l'homme et Dieu. La philosophie est bien cela, en effet. Elle a toujours eu la prétention d’être la science de l'universel, dans les limites toutefois où il est donné à l’homme de la posséder. Elle contraste ainsi avec les sciences particulières, dont chacune explore une partie du domaine de la réalité.

2° Il est une autre définition analogue, mais plus restreinte de cette science, et qui la fait passer pour non moins ambitieuse. Elle est, dit-on, la science des principes . Elle a pour objet de remonter aux premiers principes des choses et d’en connaître les causes. Mais avant d’arriver jusque-là, elle fait d'abord son étude spéciale des idées et des vérités premières qui apparaissent à l’entendement humain et qui sont les principes delà connaissance. Elle débute ainsi pour de là s’élever, si elle peut, aux causes de tout ce que nous voyons en nous et hors de nous et à la cause unique qui les contient ou en est le principe. Elle est alors ce qu’on appelle la métaphysique.

3" Le mot philosophie a une troisième signification, qui n’est pas la moins usitée. On désigne ainsi un ordre parti-

(1) Iï n’y a, dit-on, de scientifique que ce qui peut se vérifsr. Mais qu’est-ce que vérifier? Vérifie-t-on un fait moral comme un fait physique? Vérifier est-ce calculer, mesurer ou palper? II est-clair qa’alors il n’y a de acienoea que lea science» mathématiques et phyaiques. Rien de plus vague que ces mots qu’on répète à tout propos sans les définir.

culier de sciences qui, par leur objet spécial, contrastent avec les sciences mathématiques et physiques. Ces sciences, appelées aussi sciences morales ou philosophiques, telles que la psychologie, la logique, la morale, le droit naturel, l’esthétique, la grammaire générale, etc., s’appliquent aux faits et aux vérités de l’ordre intellectuel et moral. Le nom de philosophie est donné à leur ensemble.

Le sens des termes étant fixé, nous reprendrons la question : la philosophie est-elle une science ? Et d’abord nous envisagerons celle-ci seulement dans son acception la plus haute, celle où il est le plus difficile de justifier le titre qu’on lui conteste de science véritable.

S’il s’agit en effet des systèmes qu'élève et qu’a toujours élévés la raison humaine dans le but non pas seulement, comme on le dit, de coordonner les vérités des autres sciences pour en former la synthèse, mais d’arriver, par la connaissance raisonnée des principes, à une explication universelle des choses , autant que cela est donné à l’homme, il faut l’avouer, uno pareille entreprises de quoi effrayer quiconque a médité sur l’esprit humain et connaît sa faiblesse. Cette tentative doit rester toujours en partie impuissante. Pourtant l’est-elle entièrement? Paut-il condamner absolument comme vaine et chimérique la science qui la reproduit sans cesse sans jamais se décourager?

On accordera au moins qu’elle est conforme aux tendances naturelles de l’esprit humain, puisqu’elle se renouvelle sans cesse; et il n’est pas probable qu’il y renonce parce qu’on lui aura dit d’être plus sage. Si c’est une loi de sa nature, il y obéira toujours. Ceux qui l’instruisent si bien à n’en rien faire ne peuvent eux-mêmes s’y soustraire et oublient leur salutaire avis. Eux aussi ont leuropinion faite sur l’homme et sur l’univers, sur Dieu et la destinée humaine ; ils ont leur réponse à tous ces grands problèmes, négative ou positive, peu importe. Cette entreprise est donc non-seulement légitime, mais inévitable. Car, d’autre part, ils l’accordent, c’est la synthèse qui vient après l’analyse. A ce point de vue, déjà la philosophie existe et nul ne peut contester sa légitimité. Cette tâche lui est au moins dévolue.

Quant à vouloir expliquer l’ensemble des choses et le plan

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