‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 56 sur 192 · LA PHILOSOPHIE ET L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE ET L’HISTOIRE

4* N’est-il pas des genres d’éloquence, tels que l’éloquence morale et religieuse, où il est plus nécessaire encore à l’orateur d’avoir fait une étude sérieuse de la philosophie?

Sans insister autant sur les autres parties de la science philosophique (la théodicée , l’histoire de la philosophie, etc.), on indiquera en quoi l’orateur peut y puiser pour son art des secours et des ressources.

QUESTION XIV

Rapports de la Philosophie et de l'Histoire. En quoi l'étude de la Philosophie est-elle utile à l'historien ?

PROGRAMME

Rien, dit-on, de plus funeste à l’histoire que l’esprit de système. Est-ce à dire que l’historien doive rester étranger à la philosophie? son étude n’est-elle pas indispensable pour former le véritable historien? 11 s’agit d’appuyer cette thèse de raisons solides.

1* La critique historique a ses règles particulères, elle en a aussi de générales, qui relèvent de la logique ou de la science des méthodes. Les ignorer est-il pour l’historien sans inconvénient?

2°Un lien étroit unit l’histoire à la morale. Suffit-il toujours à l’historien, pour porter ses jugements avec sûreté, de s’en rapporter à sa conscience? Celle-ci n’a-t-elle rien à gagner à être éclairée par la lumière des principes? Discuter ce point et réfuter les objections, faire ressortir les conséquences des hypothèses contraires.

3“ On ne peut méconnaître l’influence des opinions philosophiques sur la marche des sociétés et les événements de l’histoire. L’historien peut-il faire abstraction de ces causes et les ignorer ?

4° N’y a-t-il pas une manière de concevoir ou d’écrire l’histoire appelée philosophique? (Montesquieu). En quoi elle Consiste. N’y a-t-il pas aussi une philosophie de l’histoire ? Ces deux formes de l’histoire sont-elles légitimes ?

5° L’histoire des systèmes philosophiques n’est-elle pas une des branches importantes de l’histoire universelle ou e l'histoire générale de l’humanité ? — Conclure.

QUESTION XV

En quoi l'étude de l'Histoire est-elle utile au Philosophe?

PROGRAMMA

Il est des philosophes qui ont fait peu de cas de l'histoire. C’est l’erreur de Descartes (1) et de son école. Des métaphysiciens, comme Malebranche (2) et Spinosa, ont pensé que c’était dans la raison seule, non dans le dédale des opinions et la variété des mœurs, qu’il fallait chercher la vérité des principes qui servent de base à la spéculation et à la morale.

On fera ressortir ce qu’il y a d’étroit et d’excessif dans cette opinion et on montrera les avantages que la connaissance de l’histoire offre au philosophe.

1° L'histoire agrandit le cercle de l’observation psychologique. Elle fournit à l’observateur de la nature humaine ud vaste champ d’expériences. Il reconnaît ainsi ce qu’il y a de fixe, d’invariable dans les facultés humaines, dans les passions, les sentiments, etc., et ce qui varie selon les temps, les lieux, l’esprit des peuples, etc. — De son côté le tnétaphysicien doit-il s’enfermer dans la contemplation solitaire de lui-même ? Les idées et les vérités que recèle sa raison ne font-elles pas partie du sens commun de l’humanité? Doit-il se priver de cette révélation? Ses conceptions ne doivent-elles pas subir ce contrôle?

2° Si la morale ne repose pas sur l’histoire, celle-ci ne lui fournit-elle pas des exemples? De l’avantage et de l’efficacité des exemples, et des enseignements de l’histoire.

3° On a souvent signalé les dangers de la spéculation abstraite, surtout dans la science sociale, la politique, la législation, etc. Qu’y a-t-il de fondé dans ces reproches ? Comment y échapper ? Du danger des utopies, nécessité d’allier l'expérience à la théorie dans les réformes sociales.

4° Enfin, l'histoire n’est-elle pas par elle-même du plus

(1) V. Dite. delaAfélh., Impartie.

(2) Il était plus touché de la considération d un insecte que de toute l'histoire grecque et romaine, et, dans un seul principe de physique et de morale, il trouvait plus de vérité que dans tous les livres historique» (Fontenolle, Eloget.)

l’histoire et la philosophie 41

haut intérêt pour le philosophe T Connaît-on bien l’homme quand on ne connaît pas l'humanité’ L’individu peut-il se séparer de l’espèce ? Les événements humains ne sont-ils pas soumis à des lois ? — Conclure.

QUESTION XVI

Utilité de l’histoire de la Philosophie pour la Philosophie elle-meme.

PROGRAMME

Longtemps l’histoire de la philosophie a été négligée et on a méconnu son vrai rapport avec la philosophie ellemême. Un médiocre intérêt s’attachait à des systèmes qui n'étaient considérés que comme des rêves de la pensée humaine. Aujourd’hui, l’importance de cette étude est mieux appréciée. Il est facile d’en montrer l'utilité pour la science philosophique elle même, qui y trouve de précieux secours, et ne peut s’isoler de son passé sans de graves inconvénients. C’est ce qu’on s’attachera à prouver par les raisons suivantes :

1° Cette histoire nous retrace le développement de l’esprit humain sous une de ses formes essentielles; elle fait partie de l’histoire de l’humanité.

2” La connaissance des problèmes agités par les différents philosophes, des méthodes qu’ils ont suivies, des solutions qu’ils ont données, est non-seulement du plus haut intérêt pour le philosophe, mais elle contient un utile enseignement, en ce qu’elle lui apprend à se préserver des erreurs et des écarts de scs devanciers.

3* Cette étude nous permet aussi de profiter des résultats de leurs recherches. Est-il à croire que de si grands génies aient travaillé en vain, que leurs efforts aient été stériles ? Sans prétendre que la vérité entière soit contenue dans leurs écrits, n’y est-elle pas souvent au moins en partie? Est-il raisonnable de se priver d’un tel secours ? On insistera particulièrement sur ce point. Les solutions même les plus erronées donuées par ces penseurs sont-elles à dédaigner, etc ?

4° L’emploi d'une sage critique forme l’esprit à l’impartialité et à la tolérance; il se dégage ainsi des opinions exclusives.

On insistera sur la situation du philosophe qui consent à ignorer les travaux de ses prédécesseurs.

Examen des objections : 1° l'érudition historique doit nuire à l’originalité ; 2° elle ne peut produire que le scepticisme ou un impuissant éclectisme (1).

QUESTION XVII

Rapporta de la Philosophie et de la Poésie.

PROGRAMME

La philosophie et la poésie sont deux formes de la pensée humaine si différentes; leurs caractères, leur but, leurs procédés, les facultés auxquelles elles s’adressent, leur langage, etc., tout entre elles diffère à tel point qu’il est difficile d’apercevoir leurs rapports. Il ne faut pourtant pas pousser trop loin cette opposition , et le lien qui les unit ne doit pas être méconnu. C’est à montrer cette alliance que doit être consacrée cette dissertation.

1° Toute composition vraiment poétique contient une pensée plus ou moins profonde qui en est l’âme et qui a dû inspirer le poète. Prendre quelques exemples parmi les œuvres des grands poètes. Cette pensée, quoique revêtue des formes et des couleurs de l’imagination, ne s’adresse-telle pas aussi à la raison ? Dans ce sens, on a pu dire qu’il y avait une philosophie dans Homère, Hésiode, etc. Discuter cette opinion; montrer ce qu’elle a de vrai, sans tomber dans le défaut d’assimiler la pensée du poète à celle du philosophe et de convertir l’œuvre poétique en système. Insister sur cette différence.

2» Distinguer des époques naïves et primitives les époques ultérieures où la réflexion domine. La pensée poétique y subit davantage l’influence des opinions et des systèmes. Exemples tirés de la poésie ancienne et de la poésie moderne.

(1) Liiez Tenneman, .Manuel de l'histoire de la philosophie, Introduction.

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