LA PHILOSOPHIE ET L’ART
3° Des emprunts plus directs que la poésie fait souvent à la philosophie. Exemples : Lucrèce, Horace , Dante, Voltaire, Schiller, Goethe, etc. En quoi la pensée poétique garde son caractère et maintient son indépendance.
Services que rend la poésie à la philosophie , 1» en donnant la forme du beau à ses conceptions, 2* en les propageant et les popularisant, 3° en frayant la voie à la pensée abstraite (1).
Conclusion. — Nécessité pour le poète de ne pas rester étranger à la connaissance des systèmes philosophiques. Haut intérêt que présente au philosophe l’étude des œuvres de la poésie.
QUESTION XVIII
Rapporta de la Philosophie avec l’étnde des Beau-Arts.
L’artiste doit-il être versé dans les matières philosophiques? Est-il nécessaire qu'il ait feuilleté les ouvrages des philosophes et se soit lui-même adonné à des spéculations abstraites ? Non sans doute. Que, dans certaines compositions dont le sujet est philosophique, comme l’Ecole d’Athènes, la Mort de Socrate , il doive, pour le traiter, s’enquérir non-seulement des personnages et de leur vie, mais aussi à un certain degré de leurs doctrines, il ne sera pas plus pourcela philosopheque, dans d’autres cas, il n’est théologien ou historien, etc. Il lui suffit d’avoir saisi l'esprit général d’une école ou d'un système ; une connaissance plus précise serait superflue. En quoi est-il utile au sculpteur, au peintre, au musicien ou à l’architecte qu’il ait Ion-
(1) « Lorsque les jeunes gens entendent pour la première fois les maximes des philosophes, si opposées aux opinions (vulgaires), ils sont troublés, interdits et presque découragés. Ils ont peine à soutenir cette lumière brillante, semblables à des hommes qui, sortant d'une obscurité profonde, voient tout à coup le soleil et sont éblouis par son éclat. Il faut donc leur présenter d’aoord une lumière pour ainsi dire équivoque, entremêlée d'ombres et d’obscurités, qui les prépare à fixer sans trouble le grand jour de la philosophie.
.c Concluons que les jeunes gens ont besoin d’être sagement guidés dans la lecture des poètes, afin que, par l’effet d’une sage instruction, ils soient conduits par la poésie au sanctuaire de la philosophie comme des ainis déjà familiarisés avec elle. » (Plut., de la Manière de lire les poètes.) Cf. Senec., Ep. 108.
guement médité sur les problèmes qu’agitent entre eux les philosophes et qu’il se soit initié à leurs systèmes? Il ne resterait plus qu’à vouloir qu’il se choisît parmi eux un modèle, qu’il devint le disciple de Platon, d’Aristote ou de Descartes. Il y a plus, on peut dire que les habitudes de la méditation philosophique sont tout à fait contraires et préjudiciables à l’art. La réflexion est l'opposé de l’inspiration; elle ôte à l’esprit c tte spontanéité qui est le caractère même de la pensée artistique et qui est indispensable pour la production des œuvres de l’art.
Tout cela sans doute est vrai et doit être accordé. Mais si l’on se demande : Convient-ilque, dans les étudesqui doivent servir de préparation à l’art, une certaine part soit faite à la philosophie ? le problème change de face et doit être résolu d’une façon différente. On admet que les études littéraires, une certaine connaissance de l’histoire en général, une autre plus précise dos monuments de l’art antique et moderne sont nécessaires pour développer le talent artistique, lui frayer la voie, le seconder, l’éclairer, diriger et affermir le goût. Celui qui ne veut rien négliger pour faire produire à son esprit tout ce dont il i st capable doit s’être muni de ces connaissances. Cela étant, l’artiste doit-il rester étranger à la philosophie? Le prétendre serait faire preuve d’un esprit étroit, aveuglé par le préjugé. Toutefois, il est bon de produire les raisons qui démontrent que cette étude ainsi comprise est utile et même nécessaire.
1° Nous pourrions d’abord insister sur l’identité du beau et du vrai, qui, malgré leur diversité, ne peut être niée. L’un est l’objet de l’art, l’autre est celui de la science. Mais laissons decôtécette considération abstraite. Ce qui aétéditdela poésie [suprà, Q. XVII) s’applique à l’art en général. Le fond des œuvres de l'art, ce qu’il exprime et représente par des formes sensibles, ce sont les idées et les sentiments que le philosophe conçoit par la pensée pure et qu’il formule d’une manière abstraite. De plus, quand l'art arrive a ses degrés supérieurs , dans la sculpture et la peinture par exemple, l 'homme devient l’objet principal, le type et la mesure de ses créations. La nature offre au spectateur le reflet de la pensée, elle est un écho de l’dme, de ses senti-