‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 66 sur 192 · DU SENSUALISME · texte numérisé non relu

DU SENSUALISME

la psychologie n’a pas assez profité de ce secours, jamais elle ne fut plus disposée à l’accueillir. La question est do savoir : 1° si l’étude du langage et de l’histoire doit remplacer l’étude de l’homme par la conscience; 2° si ce n’est pas d’abord dans l’homme individuel, formé ou adulte, que cette étude doit se faire.

1° Qu’est-ce que le langage? Peut-on en étudiant ses éléments, sa structure, ses lois, ses variations ou ses formes, connaître avec exactitude les idées et les actes de l’esprit, les sentiments de l’âme humaine, etc. ? N’y a-t-il pas un cercle vicieux dans cette méthode qui substitue le signe à la chose signifiée, la copie à l’original ? Prendre des exemples. Que peut-on espérer de cette méthode privée elle-même des lumières de la psychologie, de la métaphysique et de la logique ?

2° N’en est-il pas de même de l’histoire ? Que sont les événements historiques, les monuments, les actions des grands hommes, les œuvres de l’art, etc., sinon des manifestations ou des symboles de la nature humaine. Comment et avec quoi doit-on interpréter ces symboles? — Même raisonnement que pour le langage.

3° Si l’on veut connaître les actes simples de l’esprit, ses vraies facultés, ses idées essentielles et fondamentales, les véritables éléments de sa nature, peut-on faire autrement que de les prendre dans l’homme à l’état normal ou développés dans l’individu ? Ne faut-il pas un type auquel on compare les autres formes, modes, variations, développements, etc.? Ce procédé initial n’est-il pas suivi dans les autres sciences ? Fait-on autrement en anatomie, en physiologie, etc. — Discuter ces points, réfuter les objections, et conclure.

QUESTION VIII

La sensation est-elle le prlnolpe de nos connaissances et des actes de notre volonté? Réfutation du sensualisme.

PROGRAMMA

Le système qui fait de la sensation l’origine de toutes nos connaissances et de tous les actes de la volonté, est loin d’a-

02 PSYCHOLOGIE

voir fait son temps. Développé par Locke, simplifié par Condillae (Traité des sensations), il reparaît aujourd’hui chez les successeurs de Berkeley et de Ilume. L'école positiviste l'adopte et le professe. Le fond est le mémo, Los procédés et la méthode n’ont pas varié. C’est toujours le sensualisme tel qu’il a paru à toutes les époques de la philosophie. Aux assertions de cette école, il est bon d’opposer les raisons qui en montrent l’erreur ou la fausseté. Voici comment ce système se formule et cherche à se justilior.

Il reconnaît dans l’homme, outre la sensibilité qui est la mère commune de nos facultés, {'entendement et la volonté, d’où dérivent toutes nos idées et toutes nos actions. Or, tous les actes de l'entendement sont compris à l’origine dans le fait primitif de la sensation. La sensation elle-même n’est que l’impression produite sur les organes, impression transmise au cerveau. De la sensation naît la perception. De la comparaison des perceptions se forme le jugement. Plusieurs jugqpients constituent lo raisonnement, qui n’est qu’une suite de jugements. La mémoire et l’ imagination s'expliquent do même. La mémoire conserve les impressions, l’imagination les reproduit et les associe ou les combine dans de nouveaux rapports. — Tel est le mécanisme de l’intelligence.

Celui de la volonté est analogue. Ici le point de départ est la sensation açjriable ou désagréable. Le plaisir engendre le désir , qui fait naître à son tour la préférence. De la préférence ou du choix naît la volonté, qui n’est qu’un choix entre des motifs et qui est déterminée par les motifs. La liberté n’est que l’absence d’obstacle à la satisfaction de nos désirs ou la puissance d’agir.

Tel est le système (sauf les variantes). — C’est celui de la sensation transformée. — On fera voir que son vice radical est de confondre dans tous ces faits l 'antériorité avec la causalité, de prendre le point de départ ou {'antécédent pour la cause génératrice des idées et des actes de l’esprit. On s’attachera donc à montrer qu’aucune de ces transformations n’est possible; que le fil se rompt à chaque moment entre les mains de l’analyste sérieux ou de l’observateur impar-

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