DE LA RAISON
QUESTION XV
De la raison. N’est-elle que la faculté d’abstraire, d'analyser on de oomblner les Idées?
PROGRAMME
Est-il vrai que la raison dans l’homme ne soit que le pouvoir qu'a l’esprit de décomposer et de recomposer ses idées qui, prises à leur origine, sont toutes des perceptions sensibles 7 On fera voir combien cette opinion est fausse et superficielle. — 1° Quand l’esprit conçoit un objet sensible et s’en forme une idée, ne fait-il qu’abstraire une qualité d’autres qualités ? Est-ce là Vidée, la notion , la conception véritable ? — 2° Quand il juge, qu’il affirme ou nie, l’affirmation ou la négation n’est-elle que la reconnaissance d’un rapport entre 3e sujet et l’attribut déjà perçus ? Pour voir que l’un est contenu dans l’autre on no l’est pas, ne fautil rien de plus? L’idée de l 'être qui est la base de l’affirmation n’est-elle qu’un mot vide de sens exprimant cette relation? — 3u Raisonner, est- ce seulement assembler et grouper des jugements? Pour saisir leur liaison ou enchaînement logique, un acte supérieur n’est-il pas nécessaire ? — Faire ressortir le caractère superficiel et tout extérieur d’une pareillo analyse, qui pour soutenir une doctrine fausse réduit toutes les opérations de l’esprit à de simples décompositions ou combinaisons factices, et méconnaît leur nature. — Qu’estce que la science œuvre de la raisoh ? un magasin d’idées rangées, étiquetées? — Conclure. — V. Précis, 124.
QUESTION XVI
Y a-t-tl des principes A priori dans l'intelligence humaine?
PROGRAMME
La thèse contraire est celle de l’empirisme. On y soutient que toutes les notions les plus élevées de l’esprit, tous les principes qui servent de base à nos connaissances do l’ordre mathématique, physique, moral, etc., se ramènent à des
PSYCHOLOlilK
données fournies par l’expérience. Sans entreprendre ici de réfuter ce système ni d’examiner comment il s’y prend pour opérer cotte réduction, on devra démontrer directement par l’analyse qu’il est des notions et des vérités auxquelles il est impossible d’assigner pour origine la seule expérience et qui sont par conséquent des vérités rationnelles.
1° Déterminer avec précision ce qu’on doit entendre par notions ou principes à priori. Il ne s’agit nullement de notions antérieures à l’expérience, mais qui, nées à sa suite, dépassent sa portée et qui sont nécessaires pour la guider, la régulariser elle-môme ou la rendre possible (distinction de l’antériorité logique et chronologique). — 2° Caractères de ces notions et de ces principes : leur universalité, leur nécessité, etc. — Prendre des exemples parmi les premières vérités qui servent de base aux sciences soit mathématiques , soit physiques, soit morales. Principe de contradiction : base du raisonnement déductif; principe d’induction. Idée de loi. Premières notions morales. Distinction du bien et du juste. — Analyser, discuter et conclure. — V. Précis, 154.
QUESTION XVII
be l'idée de cause et do principe de causalité. — Réfutation de la théorie aensuallste et positiviste,
PROQRAMME
On connaît le rôle que jouent l’idée de cause et le principe de causalité dans la connaissance humaine. A cette notion et à ce principe sont suspendus les problèmes les plus importants de la philosophie : Dieu, l'âme, la substance des êtres, le libre arbitre, etc. Aussi, c’est de ce côté que se sont surtout dirigés les efforts du sensualisme et de l’empirisme.
Le positivisme a dû reprendre cette thèse. Il la soutient par les mêmes raisons qu’avait déjà fait valoir Hume, raisonnant d’après Locke, et dont toute l’argumentation roule Sur le principe de causalité. (V. Stuart-Mill, Logique, t. I, p. 365.)
Cette thèse peut se résumer ainsi :
1* L’idée de cause n’est autre que celle d’un fait qui ne
1)K LA 0AUSAL1TK
précède un autre. Quand nous voyons deux faits se succéder constamment, nous disons que l’un est la cause de l’autre ; le premier est la cause, le second l'effet. L'antériorité d'un fait, par rapport à un autre, constitue toute la causalité. Nous n’apercevons que des faits et des successions de faits. Ainsi en est-il dans le monde moral aussi bien que dans le monde physique.
2» Le principe de causalité s’énonce ainsi : « Tout fait a une cause. » Lui-même qu’est-il? L’expression du rapport généralisé de deux faits qui se succèdent sous nos yeux et que constate l’expérience; il est le résulat de l’abstraction et d’une induction qui repose tout entière sur l’expérience. Celle-ci nous apprend que, dans la nature, les faits se succèdent invariablement dans un certain ordre. Nous étendons ce jugement à tous les faits possibles. Nous en concluons qu’il en est ainsi partout et toujours (1).
Quant à une cause distincte des phénomènes et qui les produit, c’est une entité métaphysique, une abstraction réalisée, une chimère. Le principe considéré comme vérité a priori attribué à la raison n’est lui-même qu’une abstraction, une fiction.
Telle est la théorie qu’il s’agit de réfuter. 1* Par l’analyse, on démontrera que l’idée de cause, telle qu'elle est ici définie, ne répond nullement à celle que conçoit l’esprit humain. Tout au plus cette définition s’applique à la cause physique, non à la véritable cause, qui est la cause efficiente. Celle-ci est celle d'une énergie productrice qui engendre des actes qui ne sont pas seulement ses suites, mais ses effets. L’idée de la cause ainsi conçue nous est fournie non par les sens, mais par le sens intime ou par la conscience dans le sentiment de notre énergie personnelle et des actes libres de noire volonté. Cette cause, loin d’être une fiction, est ce qu’il y a de plus réel, puisqu’elle est nous-même. Cette croyance et ce sentiment sont liés à notre existence et à la vie humaine tout entière. On insistera sur la faiblesse des raisons alléguées pour dénaturer cette idée et pour ébranler cette croyance.
(1) La loi univerMUt du phénomène* tucccsttfs ut la ht Ht cantal U fi. (Stuart-Mill.)
PSYCHOLOGIE
3° Abordant le principe de causalité, on fera voir : 1° qu’il n’ost pas moins faussé et défiguré que la notion de cause, et que ses vrais caractères sont méconnus; 2° que ces caractères, nécessité, invariabilité, universalité, rétablis, il est impossible de le faire dériver de l’expérience; 3° qu’il ne peut s’expliquer que par la raison qui, seule, nous révèle do pareils principes; 4» que, loin d’ôtre le résultat de l'expérience et do l'induction, il n’y a sans lui ni induction ni expérience. — Conclure. — V. Précis, pp., 197, 217, 226 ; — 154, 163.
QUESTION XVIII
En qnol diffèrent la raison et le raisonnement.
PROORAMMB
Rien de plus commun que la confusion que l’on fait de la raison avec la faculté de raisonner. Il n'est pas rare qu’elle se produise même dans les écrits des philosophes. (V. Pascal.) Elle a de graves inconvénients dont le premier est de fournir au scepticisme un premier argument qui est irréfutable. 11 importe donc de les distinguer et de rendre à chacune ce qui lui appartient, surtout de renfermer le raisonnement dans ses véritables limites. Cela est facile si ou vient à examiner 1° leur nature et leurs actes, 2° leurs rapt ports, 3» l'étendue respective de leurs attributions.
1° La raison, faculté supérieure do l’esprit, son objet propre et ses caractères. — Scs actos spéciaux. Ile l'intuition comme acte propre de la raison. Le raisonnement, opération secondaire de l’esprit, médiate et successive.
2° Le raisonnement, composé de jugements, présuppose la raison, et n’est rien sans elle; il reçoit de la raison sis principes.
3» Universalité de la raison, elle s’applique à toutes nos facultés et les dirige; intervient dans toutes les opérations de l'esprit. Le raisonnement affecté à un ordre spécial do vérités inductives et déductives est luirmême sous sa dépendance. Autorité absolue de la raison. Sa souveraineté;