DE L'ABSTRACTION
râle subalterne du raisonnement. Pur artitice de la pensée, il ne convient qu’à un esprit borné. Instrument de lascienco humaine, il ne peut rien sans la raison et subit sans cesse son contrôle. La raison ne saurait être contrôlée par le raisonnement.
Indiquer quelques-unes des plus fâcheuses conséquences où la confusion de la raison et du raisonnement a entraîné les philosophes, surtout relativement aux vérités métaphysiques, comme le principe de la certitude, l’existence do Dieu, etc., les principes qui servent de base aux croyances morales et religieuses, etc.
Comme preuve accessoire, faire remarquer que ces facultés de l’esprit ne sont pas toujours au même degré dans les individus. Les logicions ou les raisonneurs ne sont pas toujours les hommes les plus sensés ou les plus raisonnables, et réciproquement; ce qui s’explique facilement pur ce qui précède. — V. Précis, 75, 128, 146, 277, 285.
QUESTION XIX
Quels sont les avantages et les Inconvénients attachés A la faculté d’abstraire?
PROGRAMME
.Sans la faculté d’abstraire et de former des idées générales, l’homme ne pourrait ni penser ni parler. La pensée n’existe que quand la perception ou l’idée concrète devient notion ou idée abstraite et d’abstraite générale. C’est le premier pas dans la voie du raisonnement. La science est un composé d’idées abstraites. Il en est de même du langage, dépositaire des idées générales. — Il est donc facile d’énumérer les avantages de cette faculté d’abstraire qui nous distingue déjà des animaux, quoiqu’elle ne soit qu’une face inférieure de la raison. (V. supra.) — Après avoir fait ressortir ces avantages, on eu marquera les inconvénients : 1° tendance naturelle à généraliser; 2“ abus des ternies généraux ; vague des idées générales attachées à des mots ; 3“ j ugemonts et raisonnements qui reposent sur ces idées ; 4° tendance à réaliser les abstractions; idées toutes faites ; maximes reçues, impossibilité de revenir sur ces idées et de les eon-
PSYCHOLOGIE
trôler, préjugé*, etc. Double tendance dans la marche des sciences. Deux sortes d'esprits : les uns incapables de généraliser, attachés aux faits et aux détails; leB autres généralisateurs (1).
QUESTION XX
La pensée est-elle fille de la parole on la parole fille de la pensée?
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La tendance constante de l'école sensualiste (oondillacienne ou positiviste) est de retirer à l'esprit son initiative, de remplaoer Son activité propre par celle des organes ou des instruments affectés à son exercice. Ainsi en est-il du langage, cet instrument de la pensée, nécessaire à ses opérations, , mais qui n’est que son instrument. « Nous ne pouvons penser sans signes, » a dit Condillac. Les signes sont des méthodes. « La science se réduit à une langue bien faite. Raisonner c’est se servir de mots comme on se sert du calcul et des signes algébriques. » (IdM Hobbes.) Aujourd’hui on va plus loin et on dit: À l'idée se substitue le signe, substitut de l’image qui se substitue aux sensations. On fait travailler l’instrument à la place de l’ouvrier.
Il s’agit de rétablir le vrai rapport du langage et de la pensée en montrant que la parole est une création de la pensée, non la pensée une création de la parole.
1» Les opérations de l’esprit, telles que concevoir, abstraire, juger, raisonner, sont-elles le résultat des signes? Quel est ici le vfai rôle du langage? Est-il la condition de l’acte, ou l’opération même de l’entendement?
2° A quelle condition y a-t-il des signes? Ne faut-il pas que le signe soit interprété, compris, puis reproduit avec intention? Qui saisit le sens du signe? qui le reproduit? Où est l’interprète ?
3° La simple dénomination des objets (nomenclature) ne nécessite-t-elle pas un acte de la pensée? Que sont les mots
(U Liiti : Condillâc, Art de penser, ch.vui; Locke, Estai III; D. Stewtri, t. I, oh. i, sect. 6: Reid, t. ni, P- 232; St. Mill, Logique; Laromiguiére,
DR b’HABITUDÉ 75
primitifs, les vrais radicaux? De simples onomatopées ou dès termes généraux? (V. M. Millier.)
4“ De la structure du langage et des éléments roétaphy* siques qui le composent, Examen sommaire des parties du discours et de la syntaxe. — De la proposition et de ses termes. *— Du discours. — A, quel titre est-il le miroir de la pensée? — Conclusion ; Ceux qui veulent faire travailler l’instrument à la plaoe de l’ouvrier oublient qu’il s'agit du premier des instruments, sans lequel les autres instruments étaient impossibles (1).
QUESTION XXI
De 1 habitude. — Quel parti peut-on tirer de l'habitude pour la direct! a»a dm l'MptttV
PU06RAUME
On rappellera en quelques mots les oaraotèrés et les principaux effets de l’habitude. (V. Prédis, p. 199.) S’appuyer sur ces principes, et montrer le parti que l’on peut tirer de l’habitude pour la direction de l’espfit, Cette question comprend tout l’att de l’éducation. Il s’agit ici de marquer seulement l’esprit et le caractère général des méthodes.
1° Quel principe doit présider <t la direction de l’esprit Y Etant donnée la nature de l’ftme, n'est*-ce pas de développer son énergie propre? L’èsprlt est ube force active, non une table rase. Condamnation des méthodes qui favorisent les habitudes passives : rôntlhe, imitation, automatisme, culture exclusive de la mémoire, etc. Exercices propres à prévenir ces effets et à atteindre le véritable but.
2* Choix des objets vers lesquels l’activité de l’esprit doit être dirigée. De quelle importance est ce choix, principalement dans l’enfance (2). Premières impressions, premières
(1) Questions a traite* ; I. Dams quel sens esi-Uvra* dé dire que la l&nguq d’un peuple est V expression la plus claire et la plks parfait t ae son gMier — V. Kivarol; Mille, PWf. i la frad. déi Gévrqiquei; de Oérànde , dès Signes, t. IV ; Fiçhte, Dise, à la nation demande. — II. De la construction directe et de la construction inventive ; compaier leurs avantages et leurs inconvénients,
(2) De Gérando, des Signet, t, II, p. 402; — Destutt-Tracy, Idéol.% ch. xvn ; Grammage, en. V.
idées; manière dont se forment nos convictions, nos opinions, nos goûts. Puissance de l’kabitude ou de la coutume. (V. Pascal, Montaigne.) — Nécessité de ne présenter à l'esprit que des objets dignes de fixer son attention, d’en écarter les fausses images, comme les idées fausses, bizarres, les préjugés, les erreurs et les paradoxes. — Sans trop s’étendre sur ce point ni entrer dans les détails, on devra montrer tout le parti qu’on peut tirer de l’habitude pour former et perfectionner l’esprit. — Difficulté de revenir sur les habitudes premières et d’en contracter de nouvelles, de refaire’ nos croyances et nos convictions. — Conclure (1).
QUESTION XXII
Rapports de l’entendement et de la volonté.
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La volonté humaine est libre; mais la raison exerce sur elle une action puissante. D’autre part, la volonté intervient dans toutes les opérations de l’entendement. C’est ce double rapport qu’il s’agit de mettre en lumière en maintenant aux deux facultés leur nature propre et leur rôle distinct.
1° On examinera d’abord en quoi consiste l’action de la raison sur la volonté, l'étendue de cette action et ses limites. La raison éclaire la volonté; elle la conseille et lui commande. De quelle nature est cette action ? Est-ce celle d’une force qui en contraint une autre? Est-elle nécessitante ou déterminante ? Maintenir le caractère libre de la volonté et réfuter l’opinion qui accorde à la raison chez l’homme une trop grande part dans les déterminations volontaires. Est-il vrai, comme l’a dit Platon, que l’homme ne pèche que par ignorance? (Gorgias, Timée, Lois.)
Qu’y a-t-il de faux ou d’exagéré dans ces maximes? D’autre part, doit-on méconnaître les effets de l’ignorance et de l’erreur par rapport à la volonté et au caractère ? Signaler ces effets. Mais est-il vrai que l’évidence parfaite soit irrésistible et entraînerait infailliblement les décisions
(I) Précis, pp. 194, HO, «7, 95, 100, 135, 105, 409, 485.