RESPONSABILITÉ, LIBERTÉ
- comme l’argile entre les mains du potier et quo tous ses actes sans exception soient déterminés par l’invincible nécessité de sa nature. (Ibid.) On fait donc ici des efforts inouïs pour échapper aux étreintes de la logique. On entasse les subtilités et les sophismes. Voici l'explication la plus ordinaire des partisans du déterminisme :
« Que l’homme soit ou non libre, il n’y a pas moins un ordre moral comme un ordre physique. Quiconque observe cet ordre fait bien, quiconque y déroge fait mal et se rend coupable. La société a des lois qui assurent son existence et le bien-être des particuliers. Celui qui les viole par une nécessité de sa nature n’en met pas moins la société en péril ; c’est un être mauvais, nuisible et dangereux. Celui qui concourt au bien général est un être bon ; sa conduite est louable et vertueuse. L’un nous inspire de l’amour et de la sympathie; nous ne pouvons lui refuser notre estime, quelquefois notre admiration. L’autre excite invinciblement en nous la haine et le mépris ou même l’indignation. Ainsi le criminel, qu’il le soit ou non volontairement, est odieux et doit être puni. II en est de lui comme de la bête féroce, de l’animal hideux ou difforme. La vertu et le vice sont des qualités; belles ou laides en elles-mêmes, elles sont de plus utiles ou nuisibles. On doit se comporter à l’égard des hommes comme envers les êtros de la nature qui nous offrent ces caractères. De plus, on agit avec le coupable et le vicieux comme avec un malade qu’il faut guérir, même en le faisant souffrir. On retranche de la société les organes malsains, ou guérit les autres. — Donc la négation du libre arbitre n’intéresse nullement celle do la vertu et du vice, de la culpabilité ni de la pénalité. Les lois subsistent ainsi que leur sanction. La peine n’en est que plus efficace, puisque les êtres sur lesquels elle agit étant déterminés par des motifs, il suffit d’opposer à ceux-ci des motifs plus forts ou qui les balancent. Le remède est proportionné au mal, l'équilibre rétabli. N’est-ce pas ainsi que Platon lui-même a conçu la pénalité? (Gorgias, Lois.) L’éducation se fait de la même manière; on encourage, on stimule, on récompense et on punit. On châtie l’animal lui-même, on le corrige, on le re drosse, etc. »
PSYCHOLOGIK
On fera voir que toute cette explication est entièrement sophistique ; qu’elle fausse et dénature toutes les idées qu’elle prétend expliquer et conserver : la responsabilité, l'imputabilité, la culpabilité, etc. A des faits moraux elle substitue des faits physiques; elle ne rend compte d’aucnn des jugements que portent les hommes sur leurs semblables. Tous les sentiments qui s’y joignent sont également méconnus par cette interprétation. — Insister et conclure.
QUESTION XXVII
Peut-on arriver à prévoir Infailliblement les acte* libre*?
ESQUISSE
C'est ce que prétend le déterminisme en essayant de fonder une saunes nouvelle , la science des caractères (éthologie) Voici les raisons que l’on fait valoir pour soutenir cette opi nion.
La volonté agit par des motifs qui la déterminent. Ceuxci dépendent de causes physiques et morales qui peuvent être connues : du tempérament, dos dispositions originelles, de l’éducation, etc. Leur résultante constitue 1 e caractère. li faut tenir compte aussi des causes environnantesqui peuvent le modifier. Etudier ces causes est l’objet de cette partie de la science de l’homme qui étudie les caractères ; elle doit remplacer la morale abstraite ou spéculative. Connaissant chaque espèce de caractères et les causes environnantes qui les modifient, on arrive à prédire pour chaque individu les actes qu’il doit accomplir dans toutes les situations données. L'induction s’applique à cette classe de faits comme aux faits de l’ordre physique. La différence n’est que dans leur complexité, résultat de la complication des causes. Le problème est analogue à celui des marées, des phénomènes météorologiques, etc. (V. St. Mill, Logique, II.) —On réfutera cette doctrine. — Tout en faisant la part à la probabilité, on montrera ce qu’elle a d’exagéré et de faux appliquée aux actes individuels émanés de la liberté. — Discuter et conclure.
L'A.N'TINOMIE DR L k LIBERTÉ
QUESTION XX VUl
Montrer la vipe de l'antinomie kantienne relative à la liberté
Voici cette antinomie : Kant part de l’idée de la liberté qu’il définit très-bien : « une cause qui, n’étant pas conditionnée par une autre soit extérieurement soit intérieurement, peut commencer une série nouvelle de phénomènes dont le point de départ est en elle seule. » Or, le libre arbitre ainsi défini lui parait incompatible avec les lois qui gouvernent le monde et dont le caractère est la nécessité. « Une telle cause, dit-il, capable de changer ou troubler l’ordre naturel et nécessaire de l’univers, est incompréhensible. » (Raison pure.) Kant résout l’antinomie en ayant recours à une distinction artificielle et subtile : celle des phénomènes et des noumènes. Il existe, selon lui, un monde empirique, réel et visible et un monde invisible, transcendental, que conçoit la raison. Dans cette région, en dehors de l’espace et du temps, réside la liberté; il en est ainsi de la cause première et de la cause seconde ou humaine. Les deux ordres de choses, les phénomènes et les noumènes, ayant leur domaine à part, ne peuvent ni se rencontrer ni se troubler.
Mais cette solution donnée par la Raisonpure ou théorique est insuffisante. La liberté ainsi rendue possible pour la raison, reste toujours à démontrer sa réalité. C’est ce que fait la Raison pratique. Ici la liberté devient un corollaire ou un postulat de la loi morale, comme l’existence de Dieu, de ï’àme, l'immortalité.
Ou montrera : 1° combien est subtile cette manière d’envisager le problème do la liberté, transporté sur le terrain de la logique et de la métaphysique. — 2* Le vice principal de l’antinomie, c’est qu’elle n’existe pas. Quelle contradiction y a-t-il à concevoir une cause libre coïncidant avec des lois nécessaires? La raison ne conçoit-elle pas une cause raisonnable , agissant librement, sans déroger aux lois du monde ? Fantôme évoqué par Kant. La cause humaine ou seconde n’agit-elle pas sans cesse sur la nature et ses forces qu’elle
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maîtrise ou dirige et dontelle se sert? Trouble-t-elle pour cela l'ordre naturel ? Quand l’homme agit sur sa propre nature, que par sa libre volonté il la modifie, la refait môme, la corrige et la dompte, trouble-t-il l'ordre moral? — 3* Insister sur la méthode. La liberté n’a rien de transcendental; elle est un fait d’expérience interne aussi bien qu’un principe. Kant logicien et métaphysicien est ici mauvais psychologue. — Conclusion.
QUESTION XXIX
Comment la liberté des Individus peut-elle s'accorder avec la fatalité qui apparaît dans l'histoire?
programme
Cette question, analogue à la précédente, se résout de même. Le déterminisme trouve ici une contradiction. On fera voir qu’elle n’est qu’apparente. — Loin d’être en opposition avec les lois qui régissent la marche des événements et le plan de l’histoire, le libre arbitre de l’individu les suppose. La liberté n’est pas le caprice, l’arbitraire pur. Une volonté libre est celle qui se possède et se gouverne ; elle agit d’après un but et par des motifs. Elle se sent capable d’agir raisonnablement, de coordonner librement ses actes pour les faire concourir à un ordre général qui est aussi son bien et que la raison conçoit. Ce but, c’est la raisou qui le marque; la volonté y tend ou doit y tendre. Telle est la libre possession de soi, qui est aussi le pouvoir de se soustraire à la fatalité des causes aveugles et désordonnées de la nature. — La vie de l’êtro moral, de l’esprit, qu’est-elle, sinon une suite d’efforts pour se soustraire à ces causes (climat, race, etc.) et réaliser un bien idéal malgré les passions mauvaises ? — Le gouvernement de soi-même s’accorde donc très-bien avec celui de la raison qui gouverne le monde. Là est la vraie liberté. Sous ce rapport, le stoïcisme a raison, quoiqu’il méconnaisse l’essence de la volonté.
Quand au lieu d’agir ainsi raisonnablement la liberté humaine fait le mal, qu’eu résulte-t-il? Un écart momentané, sans doute, une déviation de l’ordre; mais ce désordre, il est