DU MATÉRIALISME
en serait-elle moins une ? Le vieillard qui rit des erreurs de son enfance ne reconnaît-il pas avoir été enfant ? Sosie est toujours Sosie, même lorsqu’on le foroe à s’en dédire. Laissons donc cet argument qui renouvelle la soène de Molière et relève de la comédie.
Quant à la thèse que l’on soutient contre la liberté, elle est d’une grande faiblesse et elle a été mille fois réfutée. (V. Q. XXV). L’homme, oui ou non, croit-il invinciblement qu’il est libre ? Sa vie entière ne repose-t-elle pas sur ce fait? Que peut la science, sinon d’abord le constater, puis, si elle peut, l’expliquer? Le nier devient ridicule. Est-il vrai que l’homme soit en réalité maître de ses actes, capable de se gouverner lui-même , qu’il se croit cause véritable des actions volontaires qu’il s'attribue ? Tout cela sans doute ne peut oonvenir à la matière et est en contradiction avec ses lois ; mais qu'y faire ? Il en est de même de la pensée, ou de la propriété de se penser soi-même, de réfléchir, de sentir même. Il y a là un abîme entre le dernier fait physique, chimique ou physiologique, et le fait nouveau de la sensation. Ici le fil est rompu, le progrès cesse, toute transformation est impossible. On déclare que cela n’est pas et ne peut être, que, si nous croyons le contraire, cela tient à notre ignorance des causes, qu’il n’y a même pas de cause, mais des faits qui se succèdent, enchaînés à des lois nécessaires. Mais qui parle ainsi? La science ou un système? On méprise la conscience et on la rejette. Où cependant est ici la vraie clarté avec la certitude? L’idée claire, n’est-ce pas celle que j’ai de moi-même, de l’unité, de l’identité de ma personne, de sa liberté surtout, trois attributs qui me sont attestés par la conscience? Qu'on me dise que cette force que j’appelle moi peut être coupée, divisée, qu’elle devient une autre force, qu’elle ne s’appartient pas, ne dispose pas de soi comme elle le croit, que son activité est fatale, qu’elle est le résultat d'autres forces, aveugles, fatales, qui, par leur concours et en s’aggrégeant, forment un tout intelligent qui pense, qui veut, qui se dirige et se gouverne; qu'à l'appui de cette opinion, on produise des expériences, ma raison n’en sera pas ébranlée. Elle dira que, quand même il n’y aurait là rien d’obscur, cela ne prouve rien contre ce qui
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est évident. Elle verrait l’effet d’un aveuglement systématique dans une conclusion qui contredit les faits les plus manifestes en invoquant d'autres faits moins clairs et dont elle tire des conséquences qui n’y sont nullement contenues. A ce signe elle reconnaît non la science mais un système.
QUESTION XXXV
Montrer le vice de l'argumentation kantienne contre les preuves de l’existence de l’&me.
ESQUISSE
Dans cette partie de la Critique de la raison pure qu’il appelle les paralogismes de la psychologie rationnelle, Kant attaque ainsi les preuves de la spiritualité de l’âme.
1* La preuve tirée de la simplicité du principe pensant est fausse. On conclut de l’unité de la pensée à l'unité de la substance pensante. Cette conclusion, dit Kant, est un paralogisme ; car la pensée peut être une et son sujet multiple. — On n’a pas le droit de conclure de l’effet à la cause. L’âme est une inconnue, x. — Dans ce mot est comprise la collection ou la série des états ou des phénomènes qu'on appelle la pensée ; il n’y a là aucun objet réel et substantiel. La conscience ne connaît pas plus le moi que les sens ne connaissent la matière. Les sens donnent des phénomènes, la conscience d’autres phénomènes. Il n’y a pas plus de réalité d'un côté que de l’autre.
2* La preuve que fournit l'identité du moi ou de la personne humaine n'est pas plus valable. En quoi consiste cette identité T Dans la permanence du moi. Or, celle-ci n’est que la succession continue de ses états. D'ailleurs, on l’a- vu, le moi n’a rien de réel. La personne elle-même change, elle varie, s’accroît, diminue, disparaît dans le sommeil, les maladies, etc.
Kant en conclut que la psychologie rationnelle, celle qui établit l’existence de l’âme et sa spiritualité, repose sur des paralogismes. Sur ce point comme sur Dieu, la liberté, etc., est démontrée l’impuissance de la métaphysique. Ces vérités ne peuvent s’établir que par la morale et sont du ressort de la raison pratique.