‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 86 sur 192 · DE L’UNION DE L’AME ET DU CORPS · texte numérisé non relu

DE L’UNION DE L’AME ET DU CORPS

Mais cette étude, si intére.-sante et si utile qu’elle soit, ne suffit pas à la curiosité humaine. Celle-ci ne peut se contenter du fait; elle remonte à la cause. Elle veut savoir comment s'explique cette action réciproque du corps sur l’âme et de l'âme sur le corps et comment est possible l’union de deux principes aussi différents. De là, en dehors des recherches de la science positive, des hypothèses qui ont joué un rôle plus ou moins important dans l’histoire de la philosophie. La plupart ont succombé avec les systèmes qui les avaient engendrées ou suggérées. Qui parle encore des esprits animaux, des causas occasionnelles, de Y harmonie préétablie autrement que comme de conceptions de la pensée, appartenant à son histoire? Mais le problème leur a survécu. D’autres doctrines, elles-mêmes fort anciennes, ont été plus vivaces et se sont mieux maintenues. Elles ont reparu de nos jours avec un certain éclat. V animisme, le vitalisme ont repris faveur. Le débat entre eux s’est engagé de nouveau. Les physiologistes et les médecins y ont pris une part très-vive, comme les philosophes. Un troisième système, Y organicisme, s’y est ajouté, et il compte de nombreux partisans. Il est curieux de savoir au juste ce que sont ces doctrines et ce qu’on doit en penser.

Avant de les examiner séparément, nous devons donner des trois systèmes une idée générale; car s’ils se distinguent, ils s'opposent, et ils ne se comprennent bien que quand ils sont mis en présence.

1° L'âme, à qui appartient la pensée, préside aussi aux opérations du corps; la vie organique et la vie spirituelle étnanent d’un même principe; leur cause est l’âme ellemême qui exécute à la fois tous les actes du corps comme ceux de l’esprit. Tel est Yanimisme. — S» Le vitalisme, au contraire, tout en admettant une âme pensante, reconnaît uu autre principe, qui, étranger à la pensée, produit et régit séparément les actes de la vie organique. C’est le principe vital, analogue à la force qui fait végéter la plante. — 3° Quant à Yorgariicisme, il est difficile de le définir en quelques mots, d’abord parce qu’il revêt des formes différentes et ensuite parce qu’il est rare qu’il se prononce nettement sur le fond du débat. Mais l’idée commune est

PSYCHOLOGIE

celle-ci : les organes eux-mêmes sont doués de propriétés vitales. Les phénomènes de la vie sont le résultat de l’organisation. Mais sont-ils en réalité distincts des phénomènes physiques et chimiques? Emanent-ils d’une cause différente de la matière, ou ne sont-ils que l’effet de la matière elle-même organisée et douée de la force qui recèle la vie? Enfin, les faits de la pensée sont-ils eux-mêmes le produitde l’organisation ? La pensée n’est-elle qu’une fonction du cerveau ou de l’organe cérébral? Sur tous ces points les organiciens sont divisés, la plupart se taisent ou, en se déclarant sceptiques, inclinent au matérialisme.

QUESTION XLYII

De l'animisme. En quoi consiste ce système? Raisons sur lesquelles 11 s'appuie.

Les animistes soutiennent qu’une seule âme préside à la fois aux phénomènes de la vie organique et à ceux de la vie intellectuelle et morale. Ainsi, c’est la même âme qui pense, qui sent, qui veut et qui fait circuler le sang, digérer les aliments, respirer l’air par les poumons, etc. Seulement elle agit, dans le premier cas, en ayant conscience de ce qu’elle fait, tandis que, dans le second, elle n’en sait rien. Son mode d’action est semblable à l’instinct dans les animaux et analogue à l’habitude qui enlève à l’homme la conscience do ses actes et les lui fait exécuter comme machinalement.

Sur quelles raisons s'appuie ce système? Voici, en abrégé, les principales :

1° C’est un principe déjà formulé par la scolastique et admis par la philosophie moderne, qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité. Or, pourquoi admettre plusieurs âmes si une seule suffit pour rendre compte de tous les faits qui se passent dans l’homme? Les phénomènes, il est vrai, sont dissemblables et il ne faut nullement les confondre; mais ce n’est pas un motif de recourir à un principe distinct pour les expliquer. Une même cause peut produire à la fois des actes distincts et même opposés : il suffit pour cela

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