‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 87 sur 192 · ANIMISME · texte numérisé non relu

ANIMISME

qu’elle soit douée de puissances ou de facultés différentes.

On objecte que nous n’avons pas conscience de ce qui se fait dans le corps; et cela, dit-on, prouve que notre àme y est étrangère. Cette raison est mauvaise, car il est de fait qu’un grand nombre d’actions qui appartiennent évidemment à l’âme et qui relèvent de son activité, se produisent souvent à son iüsu comme sans participation aucune de notre volonté. Il en est ainsi dans la veille comme dans le sommeil. Sans parler des rêves, du délire, de l’extase, de l’ivresse ou de la folie, la plus grande partie de nos actes en santé et dans la veille s’exécutent machinalement, ne laissant nulle trace dans notre mémoire. L’enfance tout entière se passe de cette façon. L’instinct et l’habitude aussi réclament ces actes. Les phénomènes de la vie organique peuvent aussi bien nous échapper, se dérober à la conscience et néanmoins émaner de l’âme qui les produit d’une façon analogue ou inconsciente (1).

2° Est-il vrai d’ailleurs que nous n’ayons nul sentiment de ce qui chez nous appartient à la vie purement organique ou animale? N’avons-nous pas le sens intime des états de notre corps, par exemple de la santé et de la maladie? Ne sentons-nous pas la vie comme circuler dans nos membres? Quand elle est facile, tout semble facile aussi dans la vie de l’âme. Les fonctions du corps s’ accomplissent-elles péniblement, avec lenteur, ou d’une façon désordonnée? le malaise et la douleur nous en avertissent. Il semble que nous éprouvions le contre-coup des causes qui nous affectent en bien et en mal. Nous percevons la douleur de l’estomac et du cœur; nous sentons l’effort de nos muscles, et nous pouvons marquer la place de nos organes sans les voir ni les toucher. Dans les phénomènes du magnétisme animal, l’âme acquiert une merveilleuse connaissance de l’état intérieur du corps au point de pouvoir décrire ses maladies et d’en indiquer le remède. Il y a donc une sorte do sens vital qui est comme un sixième sens. Plus accusé et plus actif dans l’enfance, comme il est ensuite sans emploi, il

(1) M. Hartmann a publié en Allemagne un livre curieux, la Philosophie Je l'inconscient, où il expose toutes les tonnes do la pensée inconsciente dans le règne animal et dans l'homme.

s’oblitère ou s’efface; mais il est susceptible de se réveiller et de reprendre dans certains cas sa lucidité. Bien que mystérieux, ces faits ne sauraient être niés et on aurait tort de les négliger; on peut en tirer parti dans le traitement de certaines maladies.

Que faire d’ailleurs de ces phénomènes limitrophes qui semblent appartenir à l’une et à l’autre vie et où la forée qui les produit est alternativement consciente et inconsciente , tels que les rêves et la rêverie, le sommeil et la léthargie, le somnambulisme, les mouvements automatiques que l'on exécute dans la .reille par l’habitude et la routine? Est-ce à la vie organique qu’il faut aussi attribuer ces pensées sourdes, cogilaliones ceecas (Leibnitz), les pressentiments, les mouvements internes, tant de sensations et d’impressions non perçues? C’est bien l’âme qui les produit, et cependant elle n'en a pas plus conscience que des fails organiques.

3° L’hypothèse d’un principe unique, d’une âme à la fois organique et pensante est beaucoup plus favorable à la solution du problème, tant de fois agité et jamais résolu, df la communication des deux substances. En effet, si la même cause qui produit la pensée préside aussi à toutes les fonctions du corps et à ses opérations intimes, si, présente dans tous les organes, elle y accomplit tous les actes de la vie comme ceux de l’intelligence, il devient plus facile de comprendre, sinon d’expliquer l’action de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme. Car ce sont des puissances de l'âme, non des substances différentes, qui se trouvent en harmonie ou en désaccord dans le jeu de ses fonctions diverses. Le problème sans doute n'est pas résolu, mais il est aplani; tandis que dans d’autres doctrines, comme celle de Descartes et de ses successeurs, il reste insoluble et contradictoire; il offre une antinomie.

La matière, il est vrai, reste toujours distincte de la force vivante et pensante ; l'être multiple, étendu, n’est pas la force simple, intelligente et vivante, qui anime cette nature; mais il s’agit ici beaucoup moins de la matière des organes que des organes eux-mêmes. Ce sont les actes vitaux ou organiques dont on veut assigner la cause. La matière, dans le corps organisé, est l'accessoire. La force ou les forces

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