‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 88 sur 192 · ANIMISME · texte numérisé non relu

ANIMISME

sont l’essentiel. Dans l’hypothèse animiste, l’àme, si elle n’est tout io corps, y fait tout. Elle donne même au corps sa forme, comme c’est elle qui y introduit la vie; elle l’informe; qlle est vis formatrix. Elle parait et disparait avec lui, conservant son existence et sa nature propre, capable de reproduire un nouveau corps, comme de penser dans de nouvelles conditions. L ’homo duplex ou multiplex subsiste dans ses facultés, mais sans que son unité radicale en soit affectée.

L'hypothèse contraire constitue un dualisme et une sorte de manichéisme anthropologique où l’homme est double et où rien ne s’explique. On rencontre des difficultés insolubles. Il faut admettre d’abord que la force vitale arrive la première pour disposer les organes; que l’âme intelligente vient ensuite, que ces deux âmes vivent ensemble côte à côte sans se connaître et en conservant leurs attributions, qu'elles se séparent ensuite sans plus se revoir. Le même dualisme doit être dans les animaux, au moins dans ceux d’un ordre supérieur, où apparaît l’intelligence avec la vie, car il est impossible de les réduire au rôle de simples machines.

4° Après avoir épuisé les raisons directes, l’animisme, interrogeant l'histoire, prétend avoir pour lui les plus grands noms de la philosophie et des sciences positives. Selon lui, les penseurs et les savants les plus illustres parmi les anciens et les modernes, Platon, Hippocrate, Aristote, saint Thomas, Leibnitz, sont au fond du même avis ou lui sont favorables. Un petit nombre de dissidents, parmi lesquels, il est vrai, on compte Descartes, pensent différemment et troublent ce concert.

Mais on sait combien Descartes s’est trompé, et à quelles hypothèses l’a conduit la séparation absolue des deux substances, étendue et pensante : les esprits animaux et les animaux-machines, le corps humain considéré lui-même comme une machine et régi par des lois tout à fait mécaniques, etc. D’autre part, les hypothèses de la médecine iatro-mécanique , physique et chimique, etc., l’ont égaré et lui ont été funestes. C’est pour refouler toutes ces hypothèses que l’école de Moutpellier a distingué avec raison les

116 PSYCHOLOGIE

phénomènes vitaux des faits physiques : et, de là, est né le vitalisme. Il aurait dû s’en tenir là, sans inventer un principe de ces faits distinct de l'âme. Quelques psychologistes contemporains, Maine de Biran, Jouffroy ont marché sur ses traces. Mais la science doit rentrer dans la voie ancienne, qui est la meilleure, et, tout en rejetant les erreurs et les exagérations mêlées à ces doctrines, maintenir ce quelles ont de vrai, à savoir, l’opinion d’une âme à la fois végélaliw ou organique sensitive et pensante ou intelligente à un certain degré dans les animaux supérieurs, dans l’homme raisonnable et libre, comme l’avaient reconnu, avec Aristote, les plus anciens philosophes et physiologistes.

5° Tout en restant sur le terrain de la science et de la philosophie, l’animisme fait aussi remarquer que 1 Eglise. ainsi que ses plus illustres docteurs, s’est toujours prononcée en faveur de l’unité de l’âme, ou d’une seule âme à la fois végétative ou organique, sensitive et pensante. Elle a toujours condamné le vitalisme comme un dualisme dangereux. C’est la doctrine de saint Thomas, comme celle a. ristote.

L’animisme ne néglige pas cet argument sans en méconnaître le caractère ni trop s’en prévaloir.

6° Enfin, passant de la théorie à la pratique, l'animisme fait remarquer la portée des conséquences de la doetnn'. qu’il professe. Outre qu’elle simplifie les questions et n®* plus favorable à d’autres problèmes de haute métaphysiqw relatifs à la spiritualité de l’âme et à son immortalité, e e réconcilie les deux sciences de l’homme sans les confondre, la psychologie et la physiologie, jusque-là trop isolées. Distinctes, elles doivent s'unir par un lien plus intime, ayant à étudier en commun tous ces phénomènes mixtes où éclatent cette union inséparable de l’esprit et du corps, et leur action mutuelle. On ne doit pas oublier qiu c’est le même principe qui vit en nous et qui souffre, n,alS qui pense, qui produit ou subit aussi dans le corps toute5 ses modifications et y cause souvent des désordres. Le traitement des maladies du corps, comme celles de l’àme, doh être en partie guidé par ce principe.

Tel est l’exposé succinct, mais fidèle, de la doctrine do-

VITALISME

animistes. A cette doctrine ont attaché leur nom des hommes illustres, de grands physiologistes, à la fois savants et philosophes : Slahl, Cudworth, etc. Elle offre chez eux des variantes; ils diffèrent sur bien des points, mais les traits essentiels sont communs. Les exagérations qu'on trouve dans leurs écrits ne peuvent faire méconnaître ce qu’il y a de solide et de vrai dans le principe qui sert de base à cette conception. Purgée de ses vices et de ses excès, elle a la prétention de soutenir le regard de la science, comme de contribuer à ses progrès.

QUESTION XLVIII

Do vitalisme. — Son origine; du principe vital; raisons en faveur de ce principe.

Pour comprendre ce système, il faut remonter à son origine. Le vitalisme est né d'une réaction contre le mécanisme cartésien et contre le matérialisme du dernier siècle, qui tous deux avaient méconnu la nature propre des phénomènes de la vie et leur avaient assigné des lois soit mécaniques, soit physiques. Le vitalisme combat ces doctrines. Il a rendu à la science des services qu’elle aurait tort d’oublier, quand même le principe qu’il veut établir serait faux. Il offre, en effet, deux côtés. 1<> Il appelle l’attention sur les phénomènes de la vie. Il soutient qu’ils sont d’une nature toute différente de celle des phénomènes purement mécaniques, physiques ou chimiques, parmi lesquels on veut les ranger, qu’il est impossible de les expliquer dans l’homme et les autres êtres organisés par les agents ou les forces de la matière inerte. 2° Il affirme l’existence d’un principe à la fois distinct des forces physiques et de l’âme pensante, qu’il nomme principe vital.

Ce principe quel est-il T En soi, comme toutes les causes do la nature, il reste inconnu, ou il n’est connu que par ses effets. On n’en peut affirmer rien autre chose, sinon 1* qu’il existe, 2* qu’il est seul capable d’expliquer les faits

PSTCHOLOGIE

qu'on lui attribue. Voici les raisons qu'on fait valoir pour prouve? son existence.

La vie offre à l’observateur un ordre particulier de phénomènes essentiellement différents des phénomènes purement physiques, tels que ceux de la pesanteur, de la chaleur, de l’électricité, de la lumière. Les lois ou les agents chimiques ne les expliquent pas davantage. Quoique mêlés à ceux-là et à ceux-ci et subissant leur action, ils conservent leur nature propre, leurs caractères et leur mode d’action particuliers^ ils se comportent différemment et obéissent à d’autres lois.

L’insuffisance des explications données par la physique ou la chimie étant démontrée, il est raisonnable d'en conclure qu’il est un autre principe qui les produit. Cette cause ou ce principe est le principe vital. 11 ne représente que les faits eux-mêmes de la nature organique et vivante. Ce qu’on en peut dire, c’est qu’il n’est pas la force qui attire les corps, puisqu’il se comporte différemment et qu’il lui résiste ; il ne doit pas non plus se confondre avec les forces ou les agents chimiques, puisqu’on ne peut produire la vie par de semblables moyens. — Mais il n’est pas non plus l’àme pensante ou raisonnable, car celle-ci a conscience d'elle-même et de ses actes et il n’en a pas conscience. Elle agit avec réflexion et délibération ; lui ne raisonne ni ne délibère. Il agit aveuglément , quoique spontanément. Comme toute force ou toute cause, il doit être simple et actif par essence. N’étant ni la force physique ni la force pensante, il est un intermédiaire. Il y a deux vies dans l’homme : la vie organique et la vie spirituelle, toutes deux influencées par les forces physiques et liées entre elles par des rapports intimes, mais distincts. A la première appartiennent tous les faits qui, dans le corps, constituent la vie organique ou vivante : la digestion ou la sanguification, la nutrition, les sécrétions, etc. De l 'âme pensante relèvent tous les faits d’un ordre supérieur : les sensations, les idées, les actes de la volonté. Le principe vital produit ce qui étant purement vital ou organique échappe au sens intime; l’âme , ce qui en nous se fait avec conscience , sciemment et avec réflexion, ou ce dont elle acquiert le senti-

VITALISME

ment et la connaissance quand son attention s'y applique.

Telle est la doctrine vitaliste dans sa généralité. Elle se trouve à la fois en opposition avec les doctrines anciennes qu’elle combat et avec l’animisme qu’elle contredit également. Voici comment elle se défend contre ce dernier et quels arguments elle lui oppose.

Les raisons sur lesquelles se fonde l'animisme sont trèsfortes sans doute, et le système qui les produit est très-spécieux. Le vitalisme ne se tient pas pour battu; si ses raisons ne sont pas aussi directes, elles méritent une attention sérieuse.

1» Il part, on l’a vu, de ce principe, que, quand des faits sont d’une nature essentiellement différente, on doit aussi les rapporter à des causes différentes. Or, tels sont les phénomènes vitaux si on les compare aux phénomènes physiques et chimiques d’une part, et aux faits intellectuels de l’autre.

2* La grande raison que fait valoir le vitalisme contre l’animisme pour refuser à l'âme les faits de l’organisme et les fonctions de la vie, c’est que l ame n’a pas conscience de ces phénomènes ni de l’accomplissement de ces fonctions. Ignorant par elle-même leur existence et ne sachant comment ils se produisent, comment peut-elle en être la cause î L’âme ou le moi ayant conscience d’elle-rnême sait ce qu’elle fait et ne fait pas : elle pense et elle sait qu’elle pense; elle sent et elle sait qu’elle sent ; elle veut et elle sait qu’elle veut ou so détermine librement. Comment ne saurait-elle pas aussi qu’elle digère, qu’elle fait circuler le sang, qu’elle sécrète 1a bile, etc., si elle le faisait réellement ? Or, elle n’en sait rien, donc ces faits ne lui appartiennent pas; elle n'en est pas la cause, et il faut recourir à une cause différente.

Il est vrai qu'elle produit des actes dont elle n’a pas la conscience du moins nette ou distincte , mais ces actes qu'elle exécute d'instinct ou par habitude, elle peut tuu- '' jours en prendre conscience, quand elle s y applique et les ^saisit par la réflexion. Tous redeviennent conscients âpre- avoir été inconscients. Or, il n’en est pas ainsi pour les faits^rgaaiques. Jamais, quoi qu’on fasse, ils n’arrivent à être 1 do sens intime. C'est par une instruction

PSYCHOLOGIE

étrangère, tout entière due aux sens extérieurs, que nous en prenons connaissance. Et cette connaissance, quand nous l’avons acquise, reste ce qu’elle était, un objet extérieur et des sens. Quoi qu’on dise, nous ne sentons ni ne voyons s’opérer en nous la digestion ou la circulation des liquides dans le corps, ni les sécrétions, etc. Nous ne sentons et nous ne voyons pas plus ce qui s’y passe que nous ne sentons et ne voyons ce qui se passe dans la plante ou dans le corps d’un animal.

3* Si l’âme produisait d’instinct ces effets et que, devenue attentive, elle pût les connaître, elle n’aurait qu’à réfléchir sur elle-même pour les voir et savoir comment ils s’opèrent. Une fois qu’une découverte physiologique aurait été faite, il suffirait de s’interroger soi-même et de regarder en soi pour la vérifier. En est-il ainsi ? Il y a plus, une fois pourvue de cette connaissance intime, l’âme ne pourrait plus en être dépossédée. La conscience serait substituée aux sens. La physiologie deviendrait une branche de la psychologie. Mais il n’en est rien, et cette méthode ne réussirait guère. Toujours il faut recourir aux sens et aux instruments des sens, au microscope, etc. , pour faire des découvertes de ce genre. Les anciens ne savaient pas que le sang circule, ils ne savaient même pas quel était au juste le siège des facultés mentales. Aristote place la pensée dans le cœur; ils confondaient les artères avec les nerfs. Il a fallu arriver jusqu’au xvti* siècle pour savoir que le sang circule, et combien d'erreurs et de tâtonnements avant d’établir ce seul fait! Aujourd’hui qu’on le sait, voit-on mieux le sang circuler ? voit-on comment se forme la bile, etc. î 4“ Le prétendu sens vital des animistes est une fiction. Sans doute nous avons conscience d’une foule d’états qui correspondent aux états du corps, mais peut-on dire que nous ayons conscience des organes et des actes organiques? Dans les maladies, le jeu des organes et leurs lésions deviennent-ils visibles ? Nous ne percevons ni les organes ni leur forme, nous ne savons rien de leurs fonctions par ie sens intime. Nous avons conscience des sensation qui accompagnent ces états, et voilà tout. Le malais» l’effort musculaire, ce sont là des faits de l'âme et ne* ^u eorps.

Digitizod byC

VITALISME 121

L'effort pour remuer le muscle est l'acte de la faculté motrice, et celle-ci réside dans l'âme. Nous ne saurions pas que nous avons des nerfs moteurs ni mémo des muscles, si on ne nous l’eût appris. — On parle de la localisation des sensations; ce n’est nullement un fait primitif, mais une connaissance acquise, le fruit de la comparaison d’un fait externe avec un fait interne qui, répétée, est devenue habituelle; il en est comme de l’appréciation des distances par l’œil qui est un fait d'association et non de perception directe. Quand on croit le contraire, on se trompe.

5» Ce qu’on dit du somnambulisme, du magnétisme animal, des cas extraordinaires où les sens sont déplacés et où l’on voit l'intérieur du corps, mérite confirmation. — Invoquer des faits obscurs et suspects de charlatanisme est peu propre à recommander une doctrine scientifique. Quand ces faits seraient vrais, ils ne prouveraient rien. L’habitant d’une maison dont les volets sont fermés, s’il parvenait à voir clair dans son obscure demeure, devrait-il en conclure qu’il en est l’architecte ou que rien ne s’y fait sans lui et que par lui?

6" L’expérience semble prouver directement la distinction des deux vies et des deux principes de la vie. On peut enlever l’organe de l’intelligence chez les animaux et la vie subsiste. (V. Flourens.)

On demande comment les passions peuvent produire une altération dans les organes, si ce n’est pas le même principe qui éprouve la passion et qui modifie l’organe. Cet argument est .faible. L’âme agit sur le corps, et le corps agit sur l'âme. Cela suffit pour expliquer le désordre que les passions y introduisent. L'union de l’âme et du corps est un fait qui subsiste en dehors des deux systèmes.

Quant au principe métaphysique invoqué tout d’abord par l’animisme : * Il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité, » on peut lui opposer la maxime non moins sage :

« Se garder de l’esprit de système dont la tendance est de tout ramener à l’unité. » Provisoirement, quand les faits sont différents, il est plus sage de distinguer les principes que de les identifier.

Il n’y a rien qui ressemble ici au manichéisme et on doit

PSYCHOLOGIE

éviter les grands mots. Il ne s’agit ni dn bon ni du mauvais principe, ni de deux principes coéternels. Tout se réduit à savoir si les faits de la vie intellectuelle et morale et les faits do la vie organique émanent d’une même cause, et si l’âme est ou non qette cause.

Quant aux autorités, la science moderne ne relève que de la raison. Le progrès consiste à se dégager des erreurs anciennes et non à les consacrer ou à les rajeunir.

L’argument théologique no doit pas plus être invoqué. Il n’y a pas ici de dogme ; sur eux un pareilsujet, les opinions sont libres. Des théologiens eux-mêmes l’ont prouvé. (V. l’abbé Flottes.)

La facilité avec laquelle on explique les faits dans un système n'est pas non plus une preuve de sa vérité. Elle doit plutôt exciter la défiance. Le panthéisme aussi résout avec une extrême facilité tous les problèmes de la philosophie.

QUESTION XLIX

De t'organlclsme.

On éprouve toujours un grand embarras à rendre compte d’une doctrine qui offre peu d’unité et dont les principaux interprètes sont loin de s’entendre. C’est ce qui a lieu pour le système que nous voulons ici faire connaître, et qui s’appelle l’organicisme. Les organiciens sont divisés en plusieurs sectes. Il y a les organiciens dynamistes et les vitalistes; d’autres sont purement matéiialistes ou positivistes. D autres enfin se rapprochent du naturalisme panthéiste. T^ous ne pouvons nous occuper de toutes ces opinions divergentes. Le trait commun qui les réunit nous paraît être celui-ci : les phénomènes de la vie non-seulement se manifestent dans les organes, mais ils leur sont inhérents ; ils sont le résultat de l'organisation ou des propriétés de la matière organisée.

Voici comment s’exprime à ce sujet le savant qui réclame l’honneur d’avoir été le premier promoteur de cette doctrine,

OROANICIgME ' 423

à l’Ecole de médecine de Paris, M. le professeur Rostan, dans son livre sur l’organicisme :

« Le but de l’organicisme est de prouver qu’il n’existe pas, qu’il ne saurait exister de principe vital, de propriétés vitales indépendante» de la matière organisée, séparables de cette matière et pouvant exister sans elle, hors d’elle.

* L’organicisme attribue à l’organisation, c’est-à-dire à une certaine disposition moléculaire donnée à la n^atière par le Créateur, la puissance de se développer, de croître, de se reproduire, et, dans cette succession, dans ces phases de son développement, d’acquérir toutes les qualités qu’on a attribuées au principe vital, à la force vitale : dans les plantes, la forme, la couleur des fleurs... dans les animaux, toutes leurs fonctions qui apparaissent au fur et à mesure que le corps croit et se développe, et que les organes se perfectionnent.

« L’organicisme s’appuie sur cette raison péremptoire que l’on ne voit la vie nulle autre part que là où il y a organisation. » (De /’ Organicisme, 5e édit.)

Dans ce peu de mots sont donnés à la fois le principe de la doctrine et la méthode qui sert à l’établir. La méthode, c’est l’empirisme; le principe est ce qui a été dit plus haut. Cette doctrine diffère à la fois du vitalisme et de l’animisme : du vitalisme, puisqu’elle ne reconnaît pas de principe vital distinct des organes; de l’animisme, puisque, dans ce système, l’âme, à la fois principe de la pensée et des phénomènes organiques, doit encore moins être confondue avec les organes qu’elle anime et dirige, qu'elle crée même dans son mode d’action inconscient et vital.

Mais le principe et la méthode ainsi définis, s’élèvent de graves questions. Les phénomènes de la vie supposent-ils d’autres forces que les forces purement mécaniques, physiques et chimiques, ou ne sont-ils que le résultat des mêmes causes agissant dans des conditions différentes? Premier point sur lequel ne sont pas d’accord les savants de cette école. 11 en est d'autres sur lesquels ils sont loin aussi de s’entendre. Bornons-nous à ce qui nous intéresse véritablement. Or, étant admis que les phénomènes de la vie proprement dite ou inférieure sont des propriétés des organes

PSYCHOLOGIE

et l’effet pur et simple de l'organisation, que faut-il penser des faits de la vie supérieure, ou intellectuelle et morale? Les faits de la sensibilité, de l’intelligence, de la volonté, chez l’homme et même dans les animaux, ne sont-ils aussi que des propriétés de la matière organisée, ou des effets de l'organisation ? Enfin, tous ces faits, les uns inférieurs, les autres supérieurs, ne sont-ils que les manifestations à des degrés différents d’une seule force ou d’une même substance, identique en elle-même, mais diverse dans les manifestations et qui se développe en traversant tous les règnes et toutes les espèces, conservant à la fois son unité et sa diversité ? N’y a-t-il qu’une seule cause qui dans la nature doit expliquer tous les phénomènes physiques, chimiques, physiologiques et biologiques, les faits de la pensée comme ceux de l'organisation la plus infime et la plus élémentaire? Voilà des points sur lesquels on obtient en consultant les écrits des auteurs des réponses très-différentes et rarement précises. Nous n’entrerons pas dans ces discussions; il nous suffit d’avoir marqué les différences qui séparent les trois doctrines.

Pour nous, l’organicisme véritable est celui qui n’est ni animiste ni vitaliste, ou plutôt qui est antianimiste et antivitaliste, qui ne reconnaît ni l’existence du principe vital, ni l’âme à la fois pensante et organique. Sauf erreur, il nous paraît affecter trois formes principales : 1* ou il se déclare sceptique, indifférent à la question, ou purement positiviste ; il se retranche dans la négation, déclarant le problème qui divise lo vitalisme et l’animisme un problème insoluble et en dehors de la science; 2° ou il affirme des forces inhérentes à la matière elle-même, et des lois immuables qui la régissent; ce qui est une manière de le résoudre; car c’est la solution matérialiste; 3° ou il semble admettre une substance générale répandue dans l’univers, principe à la fois des phénomènes physiques, chimiques ou organiques et des phénomènes de la pensée. C’est alors une forme du panthéisme, le panthéisme naturaliste (1).

(1) a Ce mot organicisme est équivoque ; tentât i! désigne un pur méconisme, comme celui de Descartes, et taillât le système des propriétés vitales inhérentes aux organes. Mais en disant vitalisme organique au lien

Page 1