‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 89 sur 192 · JUGEMENT SUR CES DOCTRINES · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR CES DOCTRINES

QUESTION L

Qu» faut-il penser de ce* doctrines?

On a vu en quoi consistent les trois doctrines. Il resterait à les apprécier et d'abord à les discuter. Nous nous bornerons à émettre notre avis, en y joignant quelques réflexions.

Les organicistes s’arrêtent en chemin. Pour qu’on pût juger leur doctrine, il faudrait qu’elle fût unique, au moins plus explicite. S’agit-il simplement des faits et des lois qui règlent leur succession, comme la plupart le répètent? l'organicisme reste en dehors du débat. Mais a-t-il la prétention, tout en protestant du contraire, de remonter à la cause ou aux causes de la vie, à la fois de la vie organique et de la vie intellectuelle ou de la pensée, alors se posent inévitablement les questions suivantes :

Ce s propriétés, qui appartiennent aux organes et qui s’y localisent, sont-elles un simple effet de la matière organisée? La vie appartient- elle, au moins en puissance, à cette matière elle-même et à ses molécules ? Celles-ci, par le seul fait de leur agencement, produisent-elles tous les phénomènes vitaux? S’il en est ainsi, l’organicisme, qui d’abord diffère peu du vitalisme, s’en sépare, puisque celuici admet une force vitale distincte des organes, quoiqu’elle s’y manifeste. Mais cela ne dispense pas d’une force organisatrice qui imprime l’unité aux éléments matériels. Cette cause qu’est elle ? Est-ce l’action divine elle-même qui pré-

d’organicisme , nous échajjpons h cette confusion. Le vitalisme organique représente, pour ainsi dire, le plus bas degré du vitalisme. Pour les organicîens vitalistes, il n’y a que la matière dans le corps vivant, mais une matière douée de propriétés spéciales. Ils expliquent par la chimie et la physique un nombre plus ou moins grand de compositions et de décompositions dans l'Atre vivant; mais, obligés de reconnaître que les plus nombreuses et les plus importantes manifestations de la vie obéissent à des lois essentiellement différentes, ils attribuent aux diverses parties de l’organisme, qui leur servent de substratum, des propriétés spéciales, dont la vie générale de létre entier est une résultante. C’est le système de Bichat et de Broussais. C’est celui qui semble dominer aujourd hui au sein de la faculté de médecine de Paris. » (P. Bouillier, du Principe vital et de l'Ame pensante , p. 40.)

PSYCHOLOGIE

side à l’organisation de tous les êtres et à l'ordonnance générale de l’univers (M. Rostan) ? On ne voit pas trop en quoi cette manière de voir diffère de celle de Descartes, de Newton et, en général, des auteurs qui expliquent tous les phénomènes de la nature par des lois mécaniques ou physiques. Il n’y a qu'à y ajouter d’autres lois, celles de la nature vivante. — Mais le point capital sur lequel on est tenu de se prononcer, le voici : les phénomènes de la vie supérieure ou de la pensée, ceux de la sensibilité, de l'intelligence, de la volonté, liés aux organes, sont-ils les propriétés de ces organes fit l’effet, le produit de l'organisation? La sensibilité n’est-elle qu’une propriété du système nerveux; la pensée, la volonté sont-elle des fonctions du cerveau ou du système cérébro-spinal? Sur ce point, la réponse doit être catégorique et précise. Sans cela, on a beau protester, parler de l’âme comme substance incorruptible (td.), et de Dieu comme auteur de l’univers; ce sont là, sans doute, de belles paroles, mais qui n’empêchent pas qu'on soit, qu’on le veuille ou non, logiquement matérialiste. L’âme n’est qu’un mot, une entité superflue. De même, si l’esprit, dans l'homme, nest pas distinct du corps, si l'âme n'est que la matière organisée en vertu de ses lois naturelles et immuables, il est inutile de parler de Dieu, d’un esprit et d’une cause intelligente dans l’univers. C'est alors le positivisme, qui lui-même n’est qu’une variante du tnatérialismc. A moins qu’on n’entre dans une autre voie, celle du panthéisme. Mais il faut quoa s’explique, autrement l’appréciation, comme la discussion, est impossible.

Restent les deux doctrines bien caractérisées et clairement formulées : l'animisme et le vitalisme. Que faut-il en penser ? L aninisme nous paraît une explication plus simple et plus philosophique, plus satisfaisante pour la raison, plus en harmonie avec les faits et les découvertes les plu® récentes de la science. Les objections que lui adresse le vitl* lisme ne nous semblent pas irréfutables, quoique plusieurs soient très-sérieuses. Nous avons d’ailleurs rendu justice au vitalisme dans ce qu'il dit des phénomènes de la vie et dan* la lutte qu’il soutient contre les explications mécaniques et physiques. En cela, il se rapproche de l’organicisme qu,i

Page 1