‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 90 sur 192 · JUGEMENT SUR CES DOCTRINES · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR CES DOCTRINES

•comme on l'a dit, est un premier degré du vitalisme. Celuici, de son côté, a raison de maintenir à la fois aux faits organiques leur réalité et aux phénomènes d’un autre ordre, physiques et chimiques, leur importance dans la vie des êtres organisés. — Mais si on nous demande une réponse plus catégorique, si on veut de nous une profession de foi, nous la déclinerons et nous dirons les motifs de cette réserve.

Ce n'est ni par timidité ni par défaut de franchise que nous refusons d’aller plus avant et d'être plus affirmatif; ■mais seulement parce que le problème ne nous parait pas comporter une autre réponse. Ce n'est pas qn’on no puisse avoir sur ce sujet son opinion et une opinion raisonnée. Mais celle-ci ne peut toujours être que probable. Et, à ce propos, nous ferons quelques réflexions qui pourront servir pour toutes les questions du même genre et qui seront peutêtre le meilleur résultat de toute cette exposition.

En philosophie, comme en toute science, il y a une partie certaine et positive, sur laquelle l’évidence est entière ou parfaite. 11 ne faut pas, soit par timidité, soit par scepticisme, vouloir la diminuer et la rétrécir, ne reconnaître par exemple de vrai et de démontré que ce qui tombe sous l’expérience sensible, comme le fait le positivisme, qui est un étroit empirisme.

Mais, tout en élargissant le cercle de la science ou des vérités qui peuvent se constater et se démontrer avec certitude, on n’en doit pas moins reconnaître, dans la science elle-même, une portion problématique, In'pothétique et systématique qui ne comporte pas la même évidence. Ici, quoi qu’on fasse pour lever les doutes et dissiper les obscurités, la lumière n’est jamais complète et l’esprit n’étant pas pleinement convaincu doit garder la liberté de son jugement et ne l'exprimer qu’avec circonspection.

De oette nature est, nous le pensons, le problème qu’il s’agit ici de résoudre. Malgré les efforts do tant d’esprits supérieurs qui ont essayé de le résoudre, malgré les progrès que la science a pu faire, même dans cette voie toujours mystérieuse, des rapports du physique et du moral, nous croyons qu’il n’y a pas lieu de se prononcer autrement qu’avec une très-grande réserve. Vouloir affirmer une

PSYCHOLOGIE

solution comme parfaitement démontrée et désormais hors de discussion, c'est compromettre la partie positive de la science et discréditer la philosophie.

QUESTION LI

Quelles sont les vérités Indépendantes de ces systèmes?

Peut-on marquer le point où finit ici la lumière et où l’obscurité commence, où la certitude nous abandonne et où naît avec le doute l’opinion incertaine ou la croyance probable ? Peut-on surtout dégager des hypothèses les faits et les vérités légitimement acquis et qui restent indépendants des systèmes ? Nous le croyons et nous allons l’indiquer en quelques mots.

Les phénomènes de la pensée diffèrent de ceux de la vie organique et physique; cela est évident pour quiconque n’est pas aveuglé par l’esprit de système. Que ces faits relèvent d’une force simple, active et libre, qui en a conscience et qui se les attribue, dont elle se sent être le sujet ou 1» cause, c’est ce qu’on ne peut nier, à moins de fermer les yeux à la lumière. On ne peut donc douter que l'âiue ne soit distincte du corps qu’elle anime et dirige comme elle se gouverne elle-même, si par corps on entend simplement une portion de matière organisée, étendue et composée, un ensemble de molécules aveugles, sinon inertes. Tout cela, je le répète, est clair et certain pour quiconque veut interroger ses propres facultés et juger avec impartialité, sans parti pris ni préjugé. Il est clair encore que les deux ordres de faits, organiques et moraux, sont dans un rapport permanent, continuel, qu’ils agissent les uns sur les autres, et que cette action est réciproque. On peut acquérir de cette action et de cette réciprocité une connaissance très-claire, très-certaine et très-positive, et cela sans être obligé de se prononcer sur la question de savoir si les faits émanent d’une cause unique ou de causes différentes. Dans les deux hypothèses, les fonctions corporelles, la digestion, la nutrition, la circulation, etc., n'en sont pas moins ce qu’elles

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