FAITS EN DEHORS DE CES SYSTÈMES
sont, des fonctions du corps, dont nous n’avons pas conscience et qui s’exécutent fatalement comme tous les phénomènes de la vie chez les êtres vivants. Les fonctions de l’intelligence, de la volonté, de la vie intellectuelle et morale sont tout autres; elles tombent sous la conscience, et nous savons que c’est l'àme ou le moi qui les produit , qui en est le sujet ou la cause.
Mais les fonctions corporelles ne seraient-elles pas aussi produites par cette même âme sans qu’elle le sût, et cela en vertu de pouvoirs inconscients dont elle-même n’aurait ni le secret ni la direction, et dont pourtant elle serait douée, leur exercice étant analogue à l’action des forces de la nature soit physique soit organique ou vivante dans les êtres inférieurs? Ou, faut-il admettre pour ces fonctions un autre principe distinct de l’àme et uni étroitement à elle ? Ici, je l’avoue, je m’arrête et j’hésite, car la question est tout autre, et c’est ici que l’obscurité commence. Aussi les discussions vont s'élever, les systèmes se produire, chacun faisant valoir ses raisons plus ou moins plausibles. Mais après les avoir entendues, examinées et pesées, peut-on dire que la lumière s’est faite, que tous les nuages se sont dissipés et qu’il y a lieu de prendre une décision nette et catégorique? N’y a-t-il qu’à enregistrer dans la science quelque grande vérité désormais à l’abri de toute objection ? Les partisans de ces systèmes peuvent le dire, mais il n’en est rien. Nous ne sommes toujours qu’en face d’hypothèses. On reste dans le champ des. probabilités ou des opinions. Or, nous tenons trop à distinguer l’opinion de la science pour nous permettre de les confondre. Cela suffit pour motiver notre attitude.
Nous ajouterons quelques remarques. En parlant ainsi, nous sommes loin de vouloir couper court aux recherches qui peuvent jeter sur le problème de nouvelles lumières. Elles n’en doivent continuer que plus librement. Lui-même s’éclaircira-t-il plus tard au point d'être tout à fait résolu ? Nous ne savons, mais il n’est pas assez élucidé pour qu’on puisse dire qu’il a reçu une solution définitive. L’animisme a cru triompher. Ses raisons nous paraissent les meilleures;
elles ne sont pas péremptoires. Le vitalisme a perdu du terrain, mais ses objections subsistent et elles ne manquent pas de force. L’organicisme peut être très-solide sur le point où il prétend se renfermer et quand il ne veut pas le dépasser : celui des simples faits de la nature vivante. Peutêtre les trois systèmes sont-ils appelés à s’entendre dans l’avenir et à se réconcilier. Tous les phénomènes de la nature, physiques, chimiques et biologiques, sont-ils la manifestations d'une force unique et variée dans ses effets, se développant à des degrés différents ? Voilà un quatrième système qui, à son tour, prétend absorber les trois autres. Ce qu’il y a de certain, c’est que les faits s’échelonnent sans se séparer ni se différencier complètement et qu'il est dilficile de poser des limites précises. Mais c’est ici surtout qu’il convient de faire ses réserves (1). Autrement, os s'expose à se briser contre l'écueil du panthéisme. La aujourd’hui est le danger. Contre ce péril, il est un préservatii très-sûr, qui est l’observation elle -même. Alais laquelle! celle des sens? Non, elle est en ce point incompétente et serait mensongère. C’est la conscience, c’est le sens intime qui doivent être ici consultés; eux seuls doivent décida. La réflexion atteste en nous une force non-seulement simple, mais libre et autonome. Cette force ne peut ni se confond avec les forces fatales qui agissent au sein des êtres delà nature inorganique ou organique, ni s’absorber dans la [orU générale qui agit dans l’univers, sans se perdre et s'anéantir. Voilà le fait capital que donne l’observation intérieure, et ü est clair. Pour le reste, que l’on soit animiste, vitaliste ou organiciste dans un sens compatible avec ce principe , pe» importe, les grands problèmes de la philosophie ne nous paraissent pas dépendre essentiellement de ces systèmes. Entre le vitalisme et l’animisme, d’ailleurs, comme on l'a fait remarquer, la question de l’âme ne court pas de risques. Celle-ci est également admise dans les deux systèmes et elle conserve sa nature spirituelle. L’organicisme est beaucocp moins clair et, quand il l’est, il donne beaucoup plusàréfléchir et à craindre. Mais animistes et vitalistes admettent un*
(1) Vu y. H. Lotze, Mierocosmt, t. I, p. 161.