‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 93 sur 192 · DE L’INTELLIGENCE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DE L’INTELLIGENCE DES ANIMAUX

la pensée elle-même dans ses actes et ses opérations principales, on se convaincra encore mieux que si l’intelligence existe dans les animaux, et s'il est ridicule de le contester, il y a néanmoins entre l’homme et l’animal, que les manifestations de l’intelligence rapprochent le plus de la nature humaine, des différences qui tracent une ligne de démarcation nette et profonde, une limite ou des limites que celuici ne peut franchir.

1* De la perception sensible et des actes de l'entendement qui s'y joignent. — L’animal a des sens. Comme nous, il voit, il perçoit les objets extérieurs; on peut même dire qu’il regarde, quoique son regard ne soit pas le regard humain. Il a donc des perceptions. Peut-on dire que ces perceptions soient des pensées ? Pour cela, il faudrait que la perception devînt notion, idée. Or, pour lui, la perception reste ce qu’elle est, une perception dont le caractère est d’être particulière ou concrète. Mais l’idée est abstraite. Avoir une idée, c’est concevoir un objet, le distinguer des autres, le considérer dans ses qualités et, de ses qualités, choisir celle qu’il nous plaît, pour nous en retracer l’image également distincte. Telle est la pensée, à son premier degré, dans son mode le plus élémentaire ou le plus simple; peut-on dire que l’animal la possède? De l’aveu même de ceux qui sont le plus prodigues à son égard, la faculté d’abstraire n’appartient pas aux animaux, et c’est ainsi qu’ils marquent la ligne qui sépare l’intelligence animale de l’intelligence humaine. (V. Locke, Ent. hum.) Et, en effet, ce premier pas, l’animal le plus avancé ne le peut faire, il se trouve ainsi comme arrêté sur le seuil do la pensée. Ce pas, le fera-t-il un jour? Ge n’est pas le sujet, et nous avons dit que nous écartions les hypothèses. Toujours est-il que, dans la création actuelle, le premier mode de Vintellect lui a été refusé. L’animal n’a pas même d'idées sensibles. Les objets qu’il voit, il les voit, mais il ne les pense pas. A plus forte raison ne peut-il en pénétrer le sens et saisir ce qu’il y a d’invisible dans les objets visibles; alors il serait ou pourrait être physicien, naturaliste, astronome, etc., ce qui ne lui a pas encore été attribué. Il lui suffit de s’être montré quelquefois mathématicien.

PSYCHOLOGIE

2° L’animal, qui n’a pas d'idées abstraites, à plus forte raison ne se forme-t-il pas d’idées générales. Locke (V. liv. II, cb. n), qui pourtant ici est très-réservé, y voit la différence essentielle entre l’homme et les animaux. Pour avoir des idées générales, il faut non-seulement abstraire, mais comparer, afin de saisir les qualités semblables et différentes entre les objets. Cela est impossible à qui n'a pas la conception distincte des rapports. Mais, de plus, le langage est nécessaire pour avoir et conserver ces notions comme pour les exprimer. Ce degré supérieur de l’intellect ne peut être attribué aux animaux, puisqu'une telle fonction est liée à l’usage de la parole. (V. Précis, p. 173.) L'animal compare, si l’on veut; il regarde et voit tour à tour ou simultanément plusieurs objets; il saisit vaguement quelques rapports extérieurs, mais sans pouvoir les dégager de la multiplicité de ces objets, réduire cette multitude en notion commune, générale et distincte et rattacher cette notion à un signe qui la représente; il ne s’élève pas plus au-dessus de la pluralité que de l’individualité, ce que fait l’homme le plus borné. L’enfant débute de même; mais bientôt il franchit ce pas. Déjà il abstrait, il compare, il distingue; la notion chez lui se dégage, et bientôt il montre qu'il a saisi le sens des choses; ce qui le rend capable du discours ou d’attacher ces notions à des signes qu’il interprète d’abord dans autrui, et dont il se sert ensuite lui-même. Vainement chercherait-on rien de semblable dans l’animal le plus intelligent.

3° Je ne m’arrêterai pas à prouver que les animaux sont incapables de former des idées complexes , de les coordonner ou de les combiner. Toutes ces opérations plus compliquées supposent l’emploi de la parole et des signes. Je passe à la seconde opération principale de l’esprit, qui est le jugement.

4° Juger, c’est affirmer qu’une chose est ou n’est pas; c'est joindre ou séparer deux idées par une affirmation ou une négation, voir qu’un attribut convient à un sujet, saisir la convenance ou l’opposition des deux termes. Que cette opération soit mentale ou exprimée, qu’elle reste confuse chez l’homme ou qu’elle soit distincte et réfléchie, la différence

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