LA V0L0NT1Î DANS L’ANIMAL
seul le frappe et l’affecte. Jamais cette intelligence ne revient sur elle-même. S il a quelque vague sentiment de son existence, ce sentiment ne va pas jusqu’à l’idée d’un être distinct, séparé des autres êtres. Ce sentiment, qui est celui de l'individualité, n’est pas encore la conscience de la personnalité. Celle-ci lui manque absolument. En face des choses qu’il voit et qui l’entourent, il ne se pose pas comme un être à part et qui se dit mot; il n’est lui-même qu’une chose entre les choses, non une personne.
Enfin, et comme résumé de tout ce qui précède, il voit des qualités, et ne les conçoit pas, encore moins leur essence; il est placé dans le temps, et ne conçoit ni le temps ni sa mesure ; il est dans l’espace, mais l’espace infini lui est inconnu, et il ,ne le soupçonne pas ; il voit le ciel et les astres, et n’a aucune idée de leurs mouvements réguliers ni des espaces infinis où ils se meuvent. Que l’on compare, sous ce rapport, au plus intelligent des animaux, le dernier des êtres de l’espèce humaine, pourvu qu’il ne soit pas tout à fait déshérité et lui-même un être à part, on verra combien peu elle est vraie cette pensée qu’ont avancée certains auteurs (Montaigne, Charron), qu’il j a souvent plus de distance entre un homme et un homme qu’entre tel animal et tel individu de notre espèce. — L’animal rêve, dit-on, et la vie humaine aussi n’est qu’un rêve. — Mais c’est le rêve d’un esprit qui se sait éveillé; et cette ombre de la vie réelle n’en est une que parce qu'il en conçoit la réalité.
QUESTION LYII
De la volontà dans l'homme et dans l'animal. — Peut-on admettre, & quelque degré, la liberté dans les animaux?
L’animal a des appétits et des désirs; il montre des préférences et môme des caprices. S’il ne délibère, on ne peut dire qu’il agit tout à fait à l’aveugle. On ne peut lui refuser la spontauéité dans ses mouvements et ses actes. En ce sens, il a une volonté. Est-ce la vraie volonté, celle qui,
PSYCHOLOGIE
dans l’homme, se reconnaît libre? Le premier degré de la liberté peut-il être attribué aux animaux ? Ou verrons-nous encore ici une distinction profonde, une borne placée entre le règne de la fatalité, où est compris l’animal, et un autre règne, celui de l'activité libre, déjà caractérisé par ta raison 1
Il est clair que ceux qui refusent à l’homme lui-même cet attribut, et prétendent qu’en réalité il n’est pas libre, n'ont rien à discuter avec nous. Il s’agit pour eux d'une fiction, d’une chose qui n’existe pas, d'un fait surnaturel et impossible, d’un miracle dans la science, comme ils disent. C'est au bon sens et à une science plus traitable que nous avons affaire, à celle qui, sans doute, tient à honneur de conserver intacts ses droits, mais aussi qui ne veut pas se brouiller avec le sens commun, ni révolter la conscience. Celle-ci est disposée à reconnaître tous les faits, même ceux qui peuvent la gêner, en particulier celui sur lequel repose tout l’ordre moral.
Pour traiter ce point, nous suivrons la même méthode.
La volonté chez l’homme offre un double caractère : 1» celui de la détermination libre, qui est son essence; 2® la libre possession de soi, qui en dérive. — Le choix libre entre des motifs, l'acte de se déterminer par soi-même en dehors de toute contrainte extérieure et intérieure, voilà ce qui constitue le libre arbitre. De plus, cette volonté est maîtresse <T elle-même, et l'être qui en est doué exerce sur lui un réel empire. Cause véritable de ses actes, lui-même il se modifie et d’abord il est sut compos, ou se possède. — Que cela révolte les naturalistes ou métaphysiciens d’une certaine école, on doit le regretter; mais c’est un fait, et ce fait est la base de tout l’ordre moral. La science n’y peut rien. Toute protestation est inutile et vouée d’avance à la contradiction. Le savant qui nie ce fait a perdu à la fois le sens du réel et du vrai. Sa surprise est risible quand il s’étonne qu’on puisse y croire; car ce fait est aussi clair que pas un des grands phénomènes de la nature, que le mouvement par exemple.
Un autre fait, conséquence du premier, c’est que, en dehors des lois fatales qui régissent le monde physique, la volonté de l’homme obéit aussi à des lois, mais librement, et
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