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thëîsine, le faUltsme, le maCérialisme, se glissent. Rien n'atteste mieux la puissance de l'auxiliaire que la foi prête à la raison. Il reste à savoir de quelle nature est cet appui et par quels procédés il opère.
Pour venir en aide à la raison dans sa faiblesse, le christianisnie s*est-il proposé de résoudre philosophiquement tous les problèmes que la raison se pose? Le christianisme est41 un système de philosophie ana* logue à celui de Platon ou d'Aristote, ayant sur les grandes questions métaphysiques tout un enchaînement d'idées propre, tout un ordre d'argumentation particulier? Les chrétiens sont-ils une école philosophique conune les Stoïciens, les Péripatéticiens ou les nouveaux Académiques? Nullement, bien qu'il puisse très-bien y avoir une philosophie chrétienne et une philosophie du christianisme; le christianisme, en luimême, n'est point un système philosophique. Il en diffère par un trait essentiel : c'est que toute philosophie procède par voie de discussion, et s'adresse à rintelligence, tandis que le christianisme procè<le par autorité, et s'adresse à la foi. Toute philosophie présente à l'intelligence une série de vérités à chacune desquelles elle lui demande d'adhérer librement et isolément. Le christianisme présente à la foi un ensemble de dogmes auquel il la somme de se soumellrc d'un coup, sans discussion. Non, sans doute, que celle
autorité soit aveugle, et s'impose par habitude ou par force. Elle a ses preuves, ses témoignages, ses raisons d'être, par lesquelles elle justifie à la raison lobéissance qu'elle réclame* Mais, ses preuves une fois faites, elle ne souffre plus qu'on la discute. Nul développemait n'est nécessaire pour comprendre cette distinction ; on homme me dit : Voici la vérité telle que je la conçois, jugez si vous pensez comme moi : c'est le philosophe. Un autre homme me dit : Je viens au nom de Dieu, voilà la preuve de ma délégation divine : examinez ces preuves; mais, si vous les trouvez concluantes, au nom de ce mandat, croyez ce que je vais vous dire : c'est le ministre de l'autorité chrétienne^
Le christianisme n'étant pas un système de philosophie, il n'a pas la prétention, et on ne peut pas lui demander de résoudre philosophiquement tous les problèmes qui embarrassent la raison. Que fait-il donc à leur égard et quel service leur rend-il? Dans notre humble jugement, et d'après notre expérience personnelle, voici comment nous osons l'expliquer.
En examinant tous ces problèmes, dont nous avons indiqué quelques-uns, mais que nous sommes loin d'avoir tous énumérés, il est possible, ce semble, d'y reconnaître comme deux faces différentes; il y a, si on peut parler ainsi, le côté spéculatif et punemcnt théorique, mais il y a aussi le côté moral et pratique. Il y
a une face du problème qui n'intéresse que la curiosilé de Tesprit; il y en a une autre qui éveille tous les scrupules de la conscience, et toules les terreurs de Tâme pour sa destinée et pour son avenir. Si Ton n'envisage que l'un de ces côtés de la question, Tincerlitude, l'ignorance même, ne sont point insupportables ; on peut se dire assez paisiblement : Je ne sais pas, je ne comprends pas, peut-être saurai-je et comprendrai-je plus tard; en attendant, je doute et je distrais ma pensée de ce que j'ignore. Mais, si l'on aborde le problème dans Vautre sens, on ne peut s'empêcher de se dire avec effroi : Je vais peut-être me tromper sur les devoirs qui découlent de ces importantes et délicates vérités, et, si je me trompe, je vais mal faire, et, si je fais mal, je vais périr. La difficulté devient ainsi, d'abstraite et générale qu'elle était d'abord, personnelle, intime, et, pour ainsi dire, domestique. Ce n'était qu'un embarras d'esprit, elle devient une angoisse de conscience; l'embarras ne me gênait pas beaucoup, l'angoisse m'oppresse, il faut à tout prix m'en délivrer.
C'est cette distinction qui donne, suivant nous, le secret du service principal que la foi rend à la raison; elle est si importante, qu'il faut y insister un peu. Des exemples la feront mieux comprendre, et nous n'aurons pas besoin de sortir de ceux-là mêmes dont l'ex-
position a déjà attiré Tattention et peut-être fatigué la patience de nos lecteurs.
La question de savoir, par exemple, comment Dieu, étant immuable, a pu créer et peut gouverner le monde par une providence de détail, est assurément un trèsbeau et très-intéressant sujet de méditation. Mais, ^ant que je Tenvisage exclusivement dans lé domaine de la spéculation pure et de la métaphysique, je puis à mon gré Tagiter et Foublier, la prendre ou la laisser, à peu près comme le théorème de Sturm ou le binôme de Newton. Je ne saurai pas à quoi m*en tenir, voilà tout; je n'en veillerai pas moins à mes affaires, je n'en remplirai pas moins mes devoirs de père et de citoyen. De même, si j'examine avec l'œil du naturaliste et du géologue le spectacle que la création me présente, j'y remarquerai avec surprise moins de perfection que je np devais attendre de l'œuvre d'un Dieu parfait; j'y verrai Torage dévaster les moissons, et les races animales, créées ennemies l'une de l'autre, se soutenir p^r la ressource sanglante d'une destruction mutuelle; cela me surprendra : je ne saurai trop comment m'en rendre compte; mais, après un moment d'examen, je renoncerai à pénétrer ce mystère, et je poursuivrai le cours de mes observations et de mes occupations ordinaires .
Mais tout d'un coup cette pensée vient dans mou
esprit : si Dieu, en raison de son immutabilité, ne gouverne pas le monde où je vis, si ce monde ne pewl môme pas attirer sa pensée, Dieu ne m'aime donc pas, moi l'un des moindres êtres que la terre porte à sa surface! Je suis alors, à mon tour, dispensé de penser à lui et de l'aimer : je puis m'absorber dans la poursuite des choses sensibles et dans les soins de la ' vie présente. S'il gouverne le monde, au contraire, il doit l'administrer dans les moindres détails, et déployer dans sa vigilance pour chacun des êtres qui le composent les trésors infinis de sa bonté. Dieu m'aime donc en ce cas, et, par une juste réciprocité (qui, de la part du Créateur envers sa créature, n'est pas une exigence excessive), il demande, il réclame tout mon amour : il ne m'a fait alors que pour l'aimer. Si je ne l'aime pas, s'il ne remplit pas mon âme, ma destinée est manquée ici- bas et compromise pour l'avenir. Je ne sais plus où elle tend ni ce qui l'attend. De cette interrogation : Dieu m'aime-t-il? dépendent dès lors toute la direction et tout l'espoir de notre existence, et c'est ainsi qu'un problème, indifférent tout à l'heure, et auquel je n'attachais que le regard d'une curiosité insouciante, s'illumine tout d'un coup d'un sombre éclat, et devient pour moi la question vitale et suprême. Puis, à côté de ce premier doute, vient se placer celui-ci, qui n'est pas moindre : puisqu'il y a du
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mal dans la création, Dieu ne parait donc pas aussi bon que je me plairais à me le représenter. Ce mal m'atteint, il me tourmente : je n*aperçœs pas toujours une entière justice dans la répartition des biens et des maox« lUeu serait-il injuste, par hasard ? Au lieu d'être Venfant d'un l>ieu paternel, serais-je Fesclave et le jouet d'un maître indiffèrent et capricieux? Alors quel sort est le mien? quel présent m'environne et quel avenir s'ouvre pour moi ?
Yoîlà le côté nooral, personnel et pratique des problèmes dont la philosophie pure n'envisage que le côté général, abstrait et spéculatif. Mais il en est un, solennd et suprême, chez q^i cette application personnelle domine tellement, qu'elle absorbe et efface tonte autre considération. C'est, pour ainsi dire, le nœud de ma vie tout entière : c'est le secret fatal dont die dépefid. Le mal que je vois dans la nature, je le retrouve en moi-même. 11 est douleur au dehors : en mcH je le nomme péché. Je suis pécheur, et Dieu est saint. Rappfochei ma nature eriminelle de la sainte substance de Dieu, et à l'instant je vais périr. Je suis trop corrompu pour faire te bien, et Dieu est trop pur pour supporter le mal. Mettez' ensemble ces deux extrémités, et ma condamnation est certaine. Dieu veut-il me £»ire miséricorde? Tout homme qui a aperçu ce proUème et q-ui s'en est fMt en hû-même l'application
demeure les yeux fixés sur lui comme Taccusë sur la porte mystérieuse qui doit s'ouvrir pour laisser passer le verdict de ses jurés. On peut fermer quelque temps à ce doute rentrée de son âme; mais, dès qu'il y a pénétré sous une forme sensible, non, quel que soit le vertige de rindiflérence humaine, quel que soit le tourbillon de la frivolité sensuelle, non, il n'en peut plus sortir.
On pourrait prendre ainsi successivement presque tous les problèmes que la raison se pose et que la philosophie discute. On verrait qu'à la difficulté purement théorique qu'ils présentent, et qui ne touche qu*ua petit nombre d'i^sprits, et encore assez légèrement, se joint une inquiétude et une angoisse morale à laquelle personne n'échappe, et dont ceux qui sont atteints ne peuvent se délivrer. Eh bien, ce que fait le christianisme dans son rapport avec ces problèmes, ce n'est point de résoudre complètement, par la voie du raisonnement, toutes les difficultés théoriques; mais c*est dapaiser souverainement, par la voie de l'enseignement et de raulorilè, toutes les inquiétudes morales qui en découlent. La révélation ne déiivi^e point l'entendemeut de toutes ses obscurités, mais elle soulage la conscience de ses scrupules et de ses fantômes. A celle question que rinlelligence se fait ; Comment cela se peut-il? elle ne se pique pas toujoui's de Siitisfaire;
mais à celle-ci, qui se dresse devant la conscience : Que dois- je faire, el que va-t-il m'arriver? ses dogmes font une réponse claire, précise et rassurante. Elle ne dit point ainsi à l'homme tout ce qu'il aurait la curiosité de comprendre; mais elle ne lui laisse rien ignorer dés qu'il a besoin de savoir pour agir et pour espérer^ Et c'est ainsi que, délivrant la raison de la partie épineuse et pénible de tous les problèmes qui l'accablent, elle la calme, elle la fixe, elle lui rend la pleine et sûre possession d'elle-même.
Vous êtes inquiet, par exemple, de savoir si Dieu, étant infini et immuable, peut prendre soin d'un être mobile ; vous doutez que Dieu puisse penser à vous et vous aimer. Que fait 4a révélation chrétienne? Entret-elle avec vous dans une discussion savante sur la conciliation possible de deux attributs en apparence contradictoires, sur le moyen de concevoir comment l'existence de Dieu peut être hors du temps, et son action dans le temps, comment il peut penser à l'homme tout en ne pensant qu'à lui-même? Non, elle abandonne ce débat à, la philosophie, et pour vous, simple chrétien, elle vous prend par la main et vous conduit au pied de l'image de Dieu fait homme. Vous doutiez du rapport possible de deux natures. Tune infinie, l'autre bornée; l'une créalricc, l'autre créée : la religion chrétienne vous montre, dans une touchante et
sensible image, ces deux nalores fondues par une union intime. Comme gage de cet amour d'un Dieu dont votre philosophie n'osait vous donner Tassarance, la religion révélée vous fait voir ses larmes, ses fatigues et ses souffrances, et ces traits qui pénètrent Fâme rendent en même temps, pour vous, certain, impérieux et facile le devoir de Taimer à votre tour.
La présence du mal dans le monde vous étonne et vous épouvante. Vous demandez si Taufeur du monde Fa causé par malice, ou permis par impuissance. La religion révélée n'entame point avec vous, à ce sujet, une dissertation abstraite sur la nature du mal, pris en lui-même, sur T imperfection essentielle à toule nature finie et à tout ëti*e matériel ; ce sont là des considérations métaphysiques auxquelles elle n'est ni hostile ni étrangère, mais ou elle n*a garde de s'engager directement. Un récit biblique, peint par de vives couleurs, vous fait assister à l'entrée du mauvais principe venant répandre ses premières ombres sur Taurore encore paisible de la création naissante. Dieu avait fait une œuvre sans tache : c'est la créature qui, abusant de sa liberté, en a troublé l'harmonie. Usant du droit qui lui était concédé pour violer le devoir qui lui était imposé, elle a rompu l'équilibre de Tœuvre divine. Tout le désordre qui règne dans la création,.
tout le mal qui s'y fait jour, soit en nous, soit hors de nous, n'est que la conséquence ou le châtiment d*une première rébellion. Par la touchante autorité d'un tel récit, la révélation disculpe, aux yeux de la raison, la bonté divine, et la soulage du cauchemar d'un Dieu malfaisant.
C'est elle encore qui se charge de répondre à ce ai delà raison tremblante, qui demande, en se voilant la face, si Dieu veut faire miséricorde. Et quelle réponse 1 quel trésor, quel abime de miséricorde et de grâce 1 Un Dieu mort pour les péchés des hommes; un Dieu sacrifié lui-même pour satisiaire sa propre justice; un Dieu donnant son propre sang, ouvrant ses propres veines^ pour verser sur l'homme le pardon, voilà par quel enseignement la révélation encourage la raison faible et souillée de l'homme à s approcher sans frémir de la sainteté jalouse de son Créateur.
C'est ainsi que la foi dissipe les terreurs évoquées^ les doutes suscités par la raison. C'est par là qu'elle lui prête un complément, un contre -poids indispensable. Dira-t'On qu'elle ne le fait qu'en ajoutant de nouveaux problèmes à ceux qui existent déjà, et en accroissant encore le domaine, en surchai^eant le poids de l'incompréhensible qui pèse sur nous? Elhl sans doute, on n'avance dans ces régions de l'infini qu'en marchant de mystères en mystères et de pro-
blêmes en problèmes. Quand la raison a ses mystères, il serait étrange que la foi n'eût pas les siens. Mais voici la différence : tandis que les mystères de la raison sont des doutes, et des doutes cruels qui laissent celui qui les éprouve en proie à des incertitudes morales de tout genre, à tous les reniords de sa vie passée, à toutes les menaces d'une vie future, les dogmes, même les plus mystérieux que la foi propose,^ sont des affirmations consolantes qui définissent nettement, pour celui qui les admet, et la voie qu'il doit suivre, et l'espoir qu'il lui est permis de concevoir. Les mystères delà raison sont des problêmes; les mystères de la foi sont des préceptes. Les problèmes laissent l'âme en suspens sur tous les points qui l'intéressent; les préceptes ne lui laissent aucune hésitation, ni sur l'acte qu'elle doit faire, ni sur le sentiment qu'elle doit éprouver, ni sur le but où elle doit tendre. Dans le premier cas, par conséquent, la difficulté porte précisément sur les faits mêmes qu'il m'est essentiel de connaître; dans le second, c'est une difficulté éloignée, indirecte, indifférente : quelques nuages restent à l'horizon, mais tout le terrain qui est devant moi et où mes pieds portent est éclairci. Avec les notions de la raison seule, je pouvais hésiter si Dieu pensait aux hommes et s'il les aimait; avec les dogmes de la foi, je ne comprends pas comment Dieu a pu faire pour
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leur donner de tels gages de son amour. Je ne sais si, pour faire un traité de métaphysique, cette distinction serait suRisante; mais, pour le repos de Tâme et la sûreté de la conduite, je crois qu'il n'est personne qui ne sente la difTérence. Une question pleine d'eflroi s'est changée en secret plein d*amour.
La différence, au surplus, s'est manifestée par les effets. Tant que les' principales vérités rationnelles sont restées seules en face des problèmes qu'elles soulevaient, elles ont chargé la conscience humaine d'un intolérable fardeau; du jour, au contraire, où les dogmes de la foi ont substitué à ces problèmes leurs assertions souvent mystérieuses, mais certaines et rassurantes , on. a vu ces mêmes vérités portées légèrement et sans effort. Elles se sont répandues, popularisées; elles ont pris racine sur la -terre, où elles n'étaient jusqu'alors que chancelantes, passagères, intermillenles. Tant que le Dieu unique et spirituel s'est présenté sous la forme d'une immuable unité, il n'a compté, dans chaque peuple, que quelques rares adorateurs qui ne le distinguaient pas bien ni de ses œuvres ni d'eux-mêmes, qui le prenaient volontiers pour l'âme confuse de la nature, pour la substance commune et inconnue de tous les êtres. Du moment où il s'est montré sons la forme du Dieu fait homme, le Credo de l'unité divine a pu être répété d*une voix
9» jntk iiLiGioa lATiriisLiri
nBaBone. Hier H fidhhdes SQpptkes pMuroontnrâdre les jmfo mêmes d'adorer ronilè de Ken, révélée pew^ tant à en par taat de prodiges; après l'iticaniatioB divine, les soppKees ont bic» été eneore Dëcèsséiirés, arais pour eanpècher les adoratears da mrai Dira d'al^ 1er briser les idkdes. Tant ^pie les soribanoes & fié^ quoiles A si a^nës sor la farre se sont pyfisenlëes aux hoomies s»bs eifdicalion et sans ocHomentaife, ils 9Bl doolé de la proTidaice divine, ils se sont en» iM3CTient les jouets de gâûes caprideux ou les i^ tnnes d'une aveugle fatalité. Dés qne les récits de k Genèse leur ont appris à voir èsm le malheur le châ* timent dn péché, tous les maux ont pa être supportés sans Ua^hémOi et la Providence est Tenue s'asseirir «ms le toit du pauvre ou ail dievet du malmle*^ TaM que la justice -divine s est fait voir dans son inflexible rigueur, la masse chaque jour croissante des péchés de l'humanité s*èlevait entre le ciel et la terre et dérobait le jour. II a suffi d'une goutte de sang de la croix pour dissiper toutes les émanations du meurtre, toutes les vapeurs épaisses de la débauche, et l'atmosphère subitement épurée a laissé la lumière paraître à Thorizon. L'homme pardonné d'avance a pu approcher de son juge, et n'a plus songé ni à le braver ni à le fuir. Ainsi s'est rétabli le rapport brisé de l'homme et de Dieu, et ainsi en même temps s'est afTenni et paci-
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fié l'empire de la raison sur rintelligcnce. Les dogmes de la foi ont rendu les vérités de la raison accessibles et supportables : c'est la foi^ suivant l'expression de saint Iiénée, qui a accoutumé Fintelligence humaine à contenir Dieu. Le triomphe des vérités rationnelles a été dû à celte alliance de la foi. C'est h révélation surnaturelle qui, dans l'état présent et déchu de l'homme, a rendu l'ordre naturel sain et possible.
C'est cette alliance que, sous le prétexte de fonder une religion purement naturelle, on se propose de briser aujourd hui. On veut bien reconnailre, j'en suis sûr, qu'elle n'a pas été sans quelque profit pour la raison. On ne nie pas que le christianisme ail reudix quelque service à Tintelligence, en popularisant les idées rationnelles, en les présentant sons des formes sensibles, en les peignant de couleurs vives. Mais on regarde ce but comme atteint et cette tâche comme accomplie. La raison s'est faite grande et peut marcher seule. Les lisières de la foi lui étaient utiles tant qu'elle a eu besoin d'être soutenue. Elle est devenue forte, elle s'en passe et elle s'éxhappe : elle peut tout faire, à elle seule, même unfe religion.
Nous disons, nous chrétiens, et nous avons essayé de 'démontrer, que cela est juste aussi impossible aujourd'hui qu'il y a dix-huit cents ans. Sous ce rapport, il n'y a rien de fait ni rien de gagné. A la porte du
sanctuaire les mêmes problèmes attendent la raison; les mêmes terreurs vont fondre sur elles; les mêmes chutes lui sont réservées. Levez le couvercle de la boite de Pandore : tous les fantômes que la foi seule a dissipés, tous les systèmes honteux et bizarres qui naissent des angoisses de la raison, en vont sortir. Ils en sont sortis déjà, à vrai dire, car Tentreprise n*est pas d'hier : ils voltigent autour de nous, ils infectent Tair; et le livre même que nous examinons n*est qu'un effort honnête mais impuissant pour les conjurer.
Ce n'est pas tout. A cette impossibilité générale de faire tenir debout et marcher les notions religieuses de la raison seule, se joint, pour des sociétés comme les nôtres, élevées par dix-huit siècles de christianisme, une impossibilité d'une nature toute particulière, et qui n est pas la moins grande. Chez de telles sociétés, une si longue alliance, une si complète intimité, ont régné pendant si longtemps entre la raison et la foi, qu'elles ne peuvent plus distinguer, à dire le vrai, ce qui leur vient de l'une ou de l'autre source. Les notions rationnelles ont été pendant tant d'années soutenues, développées, alimentées par les dogmes de la foi, qu'il n'est guère possible, même à la plus fine et à la plus scrupuleuse analyse, de les en détacher complètement. Par un contact constant, à la chaleur d'une piété fervente, il s'est opéré entre elles un de ces mé-
langes, une de ces. combinaisons chimiques qu'aucun réactif ne peut dissoudre. Vous avez beau faire, ô philosophe! vous regarderez vainement à toutes vos paroles, vous pèserez toutes vos expressions dans la plus exacte balance : à tout instant il vous échappera de laisser passer des idées que vous n'auriez pas conçues, des termes dont vous ne vous seriez pas servi, si votre enfance n'eût été chrétienne, si votre race ne Tavait été avant vous, si vous n'aviez respiré, en venant au inonde, une atmosphère tout imprégnée du christianisme. Quelques efforts que vous fassiez pour vivre des seuls produits de votre raison, à tout instant et malgré vous, vous ferez des emprunts, je ne veux pas dire des larcins, au christianisme. De telles incorrections philosophiques et de telles distractions chrétiennes, j^en pourrais relever à toutes le^pages dans te livre même de M. Simon, malgré la précision de son style. Ne parle-t-il pas souvent de la faiblesse humaine, comme si Thomme pouvait être faible dans le système de la raison pure ; comme si, n'ayant éprouvé aucune déchéance accidentelle depuis sa création primitive, se dire faible n'était pas pour lui accuser son Créateur? Ne parle-t-il pas aussi de la miséricorde divine, comme s'il était sûr que le Dieu de la raison fût accessible à la pitié pour le vice? Tout cela passe sans qu'on y fasse attention, parce que le lecteur est comme Tau-