Voir à l'appendice le texte de cet arrangement
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créait Thostilité là où elle n'était point, qui l'envenimait lorsqu'elle préexistait, de la part de la France d'inapardonnables abdications, sources de rancunes stériles, tels furent, vingt ans durant, les caractères des relations franco-anglaises. Dans quelle crise, il y a sept années, ces relations faillirent sombrer, on le sait. On sait aussi avec quelle légèreté nous nous étions exposés à ce péril, combien peu nous étions préparés à y faire face.
Les temps, aujourd'hui, sont changés, Préparés par l'esprit conciliant d'Edouard Vil, souhaités par la sagesse du président de la République, les arrangements qu'ont pris lord Lansdowne et M. Delcassé s'inspirent d'un tout autre esprit. Constatant, d'une part, que, partout en contact et souvent en concurrence, la Grande-Bretagne et la France ne sont, sur aucun point du globe, séparées par une opposition d'intérêts vitaux; tenant compte, d'autre part, des liens qui les unissent dans l'ordre économique, liens dont témoignent le chiffre et la nature de leurs échanges, ils ont essayé d'équilibrer, par de réciproques concessions, les prétentions de chacun et de substituer à d'inutiles rivalités un accord fondé sur l'égalité des parts.
Ce serait un jeu puéril de rechercher en une sorte d'équation algébrique qui, à cette combinaison, avait le plus à gagner. Il faut noter cependant que, dans deux au moins des questions que règle l'arrangement d'hier, le temps travaillait contre nous. A Terre-Neuve et en Egypte, l'impérieuse brutalité du fait usait d'année en année le bloc de nos droits. Et s'il nous appartenait encore de gêner l'Angleterre, la gêne que nous lui infligions était de moins en moins compensée pour nous par un avantage positif.
2S pni.rri'.n'i-: fraxçaisk
H est vain de récriminer sans fin contre des événements acquis. Et ce n*est point ici le lieu de rouvrir le procès de la politique qui a laissé l'Angleterre maîtresse d'agir seule en Egypte, quand elle nous conviait à y entrer avec elle. On ne peut pas cependant oublier que cet acte d'aveuglement, remonte à vingttrois années ; que cette période, grande mortalis œvi spatiu77i, a été merveilleusement utilisée par nos rivaux heureux ; que, comme l'affirmait Gladstone luimême peu d'années avant de mourir, le « gouvernement britannique a dit sur l'Egypte tout ce qu'il avait à dire » ; qu'en d'autres termes, sans chercher pour son occupation une consécration juridique, il n'eût certainement pas admis qu'on l'entravât en fait et qu'on prétendît lui fixer une limite. Tout le monde sait aussi que le gouvernement français ne songeait point à jouer ce rôle. Sa politique d'abord est gurtout continentale. Et en second lieu elle se propose hors d'Europe d'autres objets que l'Egypte. Pourvu, par conséquent, que nous fussent maintenues dans ce pays des garanties financières et des garanties morales, rien ne nous empêchait de dire tout haut ce que nous pensions tout bas. Et par conséquent encore il suffisait que l'Angleterre, laquelle avait un intérêt primordial à souhaiter cette déclaration, nous offrît, pour la faire, des raisons décisives. Ces raisons, nous les trouvons dans l'accord du 8 avril.
Ce que nous cédons en Egypte — sans que d'ailleurs les intérêts français (dette, écoles, canal de Suez) soient inquiétés, puisque au contraire des garanties nouvelles leur sont assurées — ce que nous cédons, disons-nous, sera pour l'Angleterre plus précieux qu'il n'était pour nous. Et, de même, ce que la Grande- Bretagne nous donne a pour nous une tout autre
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valeur que celle qu'il avait pour elle. Il sufïit de jeter les yeux sur une carte pour se fendre compte du danger que constituerait, pour nos possessions africaines, un Maroc échappant à notre influence ou soumis à une influence hostile à la nôtre. Sur ce pays, qui Jborne l'Algérie, disons mieux qui la prolonge, nous avons une sorte d'hypothèque morale. Mais celte hypothèque, depuis vingt ans surtout, nous était disputée par la diplomatie anglaise. C'est l'effacement delà Grande-Bretagne devant la France qui résulte de l'arrangement signé à Londres le 8 avril. Ce succès nous devait être précieux, si Ton songe qu'assurés déjà du désintéressement de l'Italie depuis les pourparlers de décembre 1900, nous avions ainsi la possibilité d'obtenir des autres puissances intéressées, par des négocialions analogues, un consentement pareil.
Cet acte diplomatique apparaît donc comme Tapplication d'une idée juste. Quanta sa valeur pratique, elle dépend de la façon dont nous saurons réaliser les avantages qu'il nous assure, — surtout au Maroc, — et traduire en action les clauses du traité. Cette réalisation, on le conçoit, ne se pourra juger qu'à ses résultats.
II. — L'accoiid franco -Axr.LAis et la Russie Déclarations de M. Nélidow
On a pu dire avec raison que l'accord anglo-français était, dans Tordre diplomatique, l'événement le plus notable des six dernières années. Il était donc intéressantde connaître l'impression qu'il a produite au dehors, notamment sur la puissance qu'unit à nous une alliance dont le temps a resserré les liens. C'est l'opinion officielle de la Russie sur l'arrangement anglo-français qu'a
M) POLITlgiE FllANÇAISK
bien voulu me donner M. Nélidow, ambassadeur du tsar en France.
— Vous savez, m'a dit Tambassadeur, que j'ai coulume de ne point parler des événements auxquels je suis mêlé de façon directe ou indirecte, estimant que ce n'est point là le rôle des diplomates. Mais, dans la circonstance actuelle, je considère que je suis autorisé à manquer exceptionnellement à cette règle. Et je vous dirai très volontiers ce que je pense, ce qu'on pense en Russie du nouvel accord anglo-français.
» Avec une parfaite bonne grâce, M. Delcassé m'avait depuis plusieurs semaines fait connaîtredans quel sens étaient orientées les négociations, à quel résultat il espérait aboutir. J'en avais informé mon gouvernement. L'heureuse issue des pourparlers ne causera donc aucune surprise à Saint-Pétersbourg, mais elle y provoquera de la satisfaction.
» L'accord anglo-français comprend deux parties. Celle qui vise Terre Neuve, l>Afrique occidentale, le Siam, Madagascar et les Nouvelles-Hébrides, affecte un caractère spécialement anglo-français. 11 me semble que les difficultés coloniales qu'elle résout sont tranchées d'une façon avantageuse pour vous. Mais la solution, comme les difficultés elles-mêmes, n'offrent au point de vue international, qu'an intérêt secondaire. L'essentiel à ce dernier point de vue, c'est la déclaration relative à rÉgypte et au Maroc.
» 11 était, je qrois, impossible de tirer un meilleur parti, pour arriver à un règlement de conciliation, de deux problèmes qui, pour des raisons diverses, présentaient d'égales difficultés. Je constate d'ailleurs que, ni en Angleterre ni en France, des critiques sérieuses ne se sont produites. Ceux qui, par métier, connaissent la redoutable complexité de toute négo-
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cialion Ja peine que Ton a à équilibrer les concessions pourpréparer l'entente, applaudiront à ce succès. On a trouvé, comme disent les géomètres, la solution élégante.
)) Je vous ai dit qu'on se féliciterait en Russie de cette solution, et ce, pour deux raisons. Nous sommes les amis et les alliés de la France. En tant qu'amis, nous nous réjouissons de tout ce qui vous arrive d'heureux : et cet arrangement est un événement heureux. En tant qu'alliés, nous n'enregistrons pas avec moins de plaisir la garantie nouvelle de force et de sécurité que vous vaut l'accord en question.
» Quand on est uni à quelqu'un par des liens que la raison et le sentiment ont également contribué à former, lorsque, en d'autres termes, on est l'allié de quelqu'un, on souhaite, n'est-il pas vrai? que cet allié soit aussi puissant que possible, qu'il ait la pleine liberté de ses mouvements, que les obstacles de nature à l'immobiliser soient réduits au minimum. Or il est clair que votre entente avec l'Angleterre vous délivre de beaucoup de soucis, vous affranchit de certaines gênes. Par là elle nous est précieuse.
)} Et puis enfin, ajoute en souriant l'ambassadeur, n'y a-t-il pas un proverbe qui dit : « Les amis de nos amis sont nos amis?» Qui sait si une fois de plus, il ne se vérifiera pas?
» Tels sont, conclut M. Nélidow, les sentiments qui sont ressentis à Saint-Pétersbourg. Le comte Lamsdorf m'avait donné mission de les faire connaître à M. Delcassé : je me suis acquitté de cette mission avec plaisir. Il m'est agréable de reproduire publiquement cette déclaration. »
POLITIQUE KUAXÇAISE
m. — L'accord anglo- français et la question d'Egypte
Le chapitre consacré à TafiFaire marocaine * expose la façon dont nous avons, en 1904, travaillé à réaliser les avantages virtuels que nous assurait l'accord anglofrançais. 11 convient de préciser aussi la nature et l'étendue des concessions par nous consenties en Egypte. Un bref récit des événements diplomatiques, qui ont marqué les vingt-huit années écoulées depuis 1876, permettra de mieux comprendre le caractère de ces sacrifices, de préciser ce que nous avions en Egypte il y a trente ans, ce que nous y avons perdu depuis lors, ce que nous y gardons aujourd'hui.
La France est la première puissance européenne qui ait, à la fin du xviii® siècle, réveillé l'Egypte de son long sommeil. Et le percement, par un Français, du canal de Suez n'a été que l'achèvement de l'œuvre ininterrompue poursuivie sous notre direction tout au cours du xix^ siècle. Aussi, lorsque à la suite des imprudences financières d'Ismaïl, l'Europe dut officiellement intervenir dans le gouvernement de l'Egypte, la France se trouva investie d'une sorte de droit de représentation et de préférence. L'Angleterre dès cette époque — 1876 — voulait mettre la main sur la route des Indes. Et c'est pourquoi en 1875, elle avait, profitant de nos hésitations, acheté les 178.602 actions attribuées au khédive par la Compagnie de Suez. Néanmoins quand, le 18 novembre 1876, deux contrôleurs généraux de la Dette égyptienne furent institués, si l'un était Anglais, l'autre fut Français.
Cette situation dura pendant quatre ans, quatre ans
* Voir page 56.
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de troubles intérieurs et d'anarchie ; la France et l'Angleterre agirent d'accord pour faire déposer Ismaïl par le sultan en 1879 ; d'accord aussi^ au mois de novembre 1881 et de janvier 1882, elles firent remettre à son successeur Tevfik des noies comminatoires. Waddinglon, au Congrès de Berlin, avait dit que « la France entendait conserver en Egypte une influence privilégiée et prépondérante». Gambetta, minisire des affaires étrangères du 30 novembre 1881 au 30 janvier 1882, affirma nettement que les deux cabinets de Londres et de Paris étaient « étroitement associés » en vue du mainlien de l'ordre en Egypte.
Malheureusement cette politique traditionnelle et clairvoyante devait être peu après abandonnée. A la suite des massacres d'Alexandrie (11 juin 1882), lord Granville demanda à la France si son escadre qui, corame l'escadre anglaise, croisait dans les eaux égyptiennes, agirait de concert avec celle-ci. Notre gouvernement répondit qu'il ne pouvait s'associer à des actes offensifs. Et, le 15 juillet, les Anglais débarquèrent seuls à Alexandrie. Quelques jours plus tard, la Chambre française, aggravant cette faute, refusait les crédits pour l'envoi d'un corps d'occupation exclusivement destiné pourtant à la garde du canal. Comme en 1799, comme en 1840, nous abandonnions l'Egypte.
Dès lors ce fut l'Angleterre, et elle seule, qui se chargea du rétablissement de Tordre. De 1882 à 1885 elle soutint contre les Derviches la plus meurtrière des luîtes et finalement perdit le Soudan. Mais cette guerre ne l'empêcha pas de consolider sa situation. Le 4 janvier 1883, Duclerc, ministre français des affaires étrangères, harcelé par le ministère anglais, renonçait, contraint et forcé, au bénéfice du condominium et des Tardieu. 3
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doux contrôleurs financiers, ajoutant qu'il reprenait une liberté d'action, dont hélas ! on ne se servit guère. En 1884, une conférence s'élant réunie à Londres pour reviser la loi de liquidation de la Dette égyptienne, Granville affirma que l'Angleterre évacuerait au commencement de 1888, à condition que toutes les puissances fussent du môme avis. Mais la conférence se dispersa sîins conclure. La Convention do Conslantinople neutralisa le canal do Suez. Mais récliec des pourparlers repris entre Salisbury et Waddington — comme aussi celui de la combinaison léonine qu'on a appelée la convention Drummond WolfT, du nom de l'ambassadeur d'Angleterre àConstantinople chargé do l'élaborer, — ajournèrent ^ine die la fin de l'occupation. Depuis lors, la conquête du Soudan par Kitchener, compliquée du regrettable incident de Fachoda, sont les seuls événements qu'il faille retenir. Ils n'ont pas modifié Tétat de choses existant.
Si nous envisageons cet état de choses avant l'accord du 8 avril, il peut se définir ainsi.
En droit, l'Egypte est une province vassale de la Turquie, et le lien de vassalité, forgé par la hatti- chéri f de 1840, est plus étroit encore que celui qui subordonne au sultan le prince de Bulgarie. A cette vassalité s'ajoute, pour le pouvoir khédivial, une autre restriction, je veux parler des institutions internationales financières et judiciaires créées de 1876 à 1879 pour assurer des garanties aux créanciers de l'Egypte et aux Européens résidant sur son sol.
En fait, TEgypte est occupée par l'Angleterre. Les fonctionnaires anglais, sous le nom de « conseillers », mènent les ministères. Les officiers anglais commandent Tarmée et les Egyptiens ne peuvent plus dépasser le grade de capitaine. La police anglaise existe en
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Egypte depuis 1890. Un conseiller financier a remplacé en 1883 les contrôleurs anglo-français. Un conseiller anglais a été adjoint au ministre de la justice. Un autre au ministre de l'inlérieur. Les douanes et le service sanitaire sont aux mains des Anglais. Leurs « inspecteurs» tiennent sous leur contrôle les fonctionnaires provinciaux. Le Conseil législatif vote le budget avec une absolue docilité : tout au plus se permet-il d'exprimer parfois un regret sur les frais de Toccupation. C'est par conséquent une action générale, totale, que TAngleterre exerce sur Tadministration de l'Egypte. Et par conséquent encore, c'est elle, bien plus que le khédive, que gênent les restrictions apportées au pouvoir de ce dernier par les institutions internationales judiciaires et financières.
Déjà, en 1899, l'Angleterre a essayé sans succès de diminuer l'autorité des tribunaux mixtes et de la Cour d'appel d'Alexandrie établie en 1876. De même elle a plusieurs fois tenté de réduire l'action de la Caisse de la Dette, qui, comme on l'a dit, a le pouvoir d'un syndic de faillites qui représenterait à la fois les créanciers et les débiteurs. L'exemple de 1896 est à cet égard caractéristique. L'Angleterre ayant pu, grâce à l'appui des représentants de la Triple Alliance et malgré ceux de la France et de la Russie, faire voter une somme de oOO. 000 livres égyptiennes à prélever sur les excédents des revenus de la Dette en vue de Texpédition du Soudan, la France déféra cette décision aux tribunaux mixtes et la fit casser. Le contrôle international nous offrit ce jour-là un moyen décisif de faire obstacle à la politique britannique.
Le pouvoir de la Caisse de la Dette est à peu près illimité; elle s'occupe de la Dette unifiée, de la Dette privilégiée et de l'emprunt garanti de 1885. Mais les
autres dettes ont aussi des administrations européennes : par exemple la Daïra Sanieh et la Domaniale. De même encore le port d'Alexandrie, les chemins de fer et les télégraphes, la commission municipale de celte ville, le Conseil sanitaire et quarantenaire, le canal de Suez enfin, sont des institutions internationales. Et Ton a vu comment^ces institutions peuvent à l'occasion résister efficacement aux exigences de l'administration anglo-égyptienne. Elles sont pour rocciipant, sinon une menace, du moins un frein et une gêne.
En présence de cette situation, qu'a fait depuis 1882 la diplomatie française en Egypte? Quelle méthode a-telle suivie? Quels résultats a-t-elle obtenus?
La faute commise par le gouvernement et par la Chambre nous destituait de la situation politique privilégiée que nul, dans les années précédentes, ne nous avait disputée. L'occupation franco-anglaise nous eût permis de lutter utilement contre nos rivaux et associés, et de défendre dans les administrations les positions de nos nationaux. Cela nous était désormais interdit. Et quand un service public contenait — tel celui des contributions — trop de Français, les Anglais en étaient quittes pour le supprimer purement et simplement. L'instrument commode qu'eût été le condominium nous étant retiré, l'Angleterre était d'autant plus libre de hâter en Egypte un établissement qui la rendait maîtresse de la route des Indes et lui donnait, en outre, un admirable champ d'exploitation. Lord Cromer fut l'organisateur énergique de ce pouvoir réaliste et ambitieux.
La France, ainsi diminuée, dut limiter son action. Elle s'appliqua d'une part à faire, si j'ose ainsi dire, rendre aux institutions internationales tout ce qu'elles
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pouvaient rendre pourladéfense'de ses intérêts, d autre part à développer sur le terrain économique et aussi dans le domaine moral les ressources qu'elle tenait de son passé. Hostile à tout projet d annexion, elle ne cessa de défendre systématiquement la Caisse de la Dette et les tribunaux mixtes^ considérant avec raison qu'ils étaient le plus fort obstacle au plan exposé par lord Milner quand il écrivait : « Nous avons fait en Egypte une œuvre importante. Et nous devons en profiter sans partager aveo- personne. »
Grâce à cette méthode, nous avons gardé tous nos privilèges, ceux que nous tenons des Capitulations comme ceux que nous ont îissurés les Conventions de 1876-1879 : à savoir la liberlépersonnelle, l'inviolabilité du domicile, l'exemption des impôts (sauf les droits de douane, la taxe sur la propriété bâtie et la taxe municipale à Alexandrie), une juridiction spéciale. Quanta nos intérêts récents, ils sont sauvegardés par la Caisse de la Dette, et Taccord contractuel, qui a créé les tribunaux mixtes, a précisé dans quelle mesure les garanties que fournit cette juridiction, se peuvent substituer à celles que nous avaient conférées nos anciens traités avec la Turquie.
Que si, maintenant, l'on considère le résultat auquel, sous cette sauvegarde, nous avons abouti, on trouve que, contre 19.500 Anglais, — dont il faut déduire 7.000 soldats et 6.500 Maltais de langue italienne — nous avons en Egypte 14.155 Français {Recensement de 4897). Sur les2.340.000.000 de francs que représente la Dette égyptienne, nos porteurs ont environ les deux tiers, soit 1.580.000.000 de francs. La plupart des actionnaires et des obligataires du Crédit foncier égyptien sont Français. Notre commerce, qui se monte à 60 ou 70 millions environ, nous place au second rang, dead-heat avec la
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Turquie. Il existe en Egypte 108 maisons de commerce françaises. Nos propriétés foncières atteignent une valeur de 53 millions. Les 3/5 des administrateurs de Suez et presque tout le personnel sont Français. Nos missionnaires ont dans leurs écoles 15.000 élèves parlant français. Notre Ecole de droit du Caire, nos hôpitaux, nos cercles résistent à tous les assauts. Enfm le service des antiquités égyptiennes continue glorieusement les traditions de la science française dans les voies ouvertes par Bonaparte en 1798.
C'étaient là des intérêts de premier ordre. Comment l'accord du 8 avril les a-t-il conciliés avec les concessions faites à TAngleterre ?
Nos concessions sont au nombre de deux. La première consiste à permettre au gouvernement égyptien l'emploi des économies résultant de la conversion de 1890. La seconde consiste à ne plus contraindre l'Egypte à afTecter au service de sa Dette des revenus doubles de la somme suffisante. Au lieu de l'espèce de saisie annuelle que la Caisse de la Dette faisait sur reiisemble des revenus de l'Egypte, c'est l'impôt foncier qui devient le gage des créanciers. Cet impôt produisant 110 millions et les intérêts de la dette ne représentant que 94 millions, c'est un gage absolument sûr. Cet arrangement, depuis longtemps réclamé par l'Angleterre, ne coûte rien aux créanciers.
D'autre part nous obtenons que la date de remboursement de la dette privilégiée soit reportée de 1905 à 1910 ; que l'emprunt de 1885, pour lequel aucun délai de remboursement n'avait été spécifié, ne puisse être remboursé qu'à partir de 1910 ; que l'Unifiée, dont les 3/5 sont placés en France et pour laquelle non plus aucun délaide conversion ni de remboursement n'avait été prévu, ne puisse être ni convertie ni remboursée
l'arrangement franco- anglais 3y
avant 1912. En somme, nous repoussons au moins jusqu'à 1910 pour les petites dettes et au moins jusqu'à 1912, pour la grande Dette Unifiée, l'heure du remboursementquipouvait arriver dès demain. Ainsi se substitue à ce que M. Albert Métin^ appelait naguère lerégime du ft tout ou rien » un système d'entente cordiale, dont le principe est acceptable, sous réserve, toutefois, que soient réalisés les avantages à nous assurés au Maroc en échange de nos concessions en Egypte. Par malheur cette réalisation; mal engagée, paraît jusqu'ici problématique.