‹ Questions diplomatiques de l'année 1904Chapitre 2 sur 73 · PREMIÈRE PARTIE POLITIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE POLITIQUE FRANÇAISE

GHAPIïHi: PHKMIEU LES RELATIONS FRANCO-ITALIENNES

L — Le rapprochement, ses causes, sa portée

La visite à Paris des souverains italiens* et celle que leur a rendue à Rome M. Loubetne sont pas apparues à l'opinion comme une simple occasion de joie populaire. On s'est inquiété de leur signification et de leur valeur politiques : non point, à coup sûr, ceux-là qui, pour juger hommes et choses, se réfugient dans la commodité d'un solide parti pris, mais la masse hésitante et sincère des Français de bon sens et de bonne foi, soucieux de données précises où se'fondent leurs convictions.

Quel est Tétai exact des relations franco-italiennes ? Dans quelle mesure l'état actuel diffère-t-il de Tétat ancien? Quelles garanties nous assure-t-ilpour l'avenir? Puisqu'il s'agit, en cette affaire, d'intérêts et de sentiments, quels sont les intérêts, quels sont les sentiments en cause? D'où venait la brouille? Sur quoi porte

1. Cette visite a eu lieu au mois d'octobre 1903. C'est au mois d'avril 1904 que M. Loubet est allé à Rome.

6 POLITIQUE FUANIJAISE

la réconciliation ? Tous les germes d'hostilité sont-ils, par elle, éliminés?

Les premiers griefs de l'Italie contre nous remontent à Tépoque même où elle put, grâce à nous, secouer le joug autrichien. Et ce n'est pas ici une explication suffisante que d'invoquer Labiche et le Voyage de M. Perrichon. Car, à côté des services rendus, l'impartialité nous oblige à relever, à notre charge, des maladresses, des duplicités, des abandons. Ceux-ci priment-ils ceuxlà ou inversement? Qu importe? Il s'agit d'expliquer, non de juger. La question n'est point de savoir si ce sont les Italiens qui nous ont manqué ou nous qui avons manqué aux Italiens. Il suffit de préciser les causes de la défiance qui les écarta de nous.

Ces causes furent dans le caractère même de Napoléon III. Effrayé des conséquences de son œuvre, il crut pouvoir la limiter à son gré. Il n'avait pas prévu que l'explosion de la passion nationale briserait le cadre étroit de sa théorie des nationalités. Il ne mesura pas davantage l'impossibilité de faire rentrer l'une dans l'autre. Mentana effaça le souvenir de Magenta. On oublia le créateur de l'unité. On ne vit plus que le défenseur du pape. Les Italiens, pour qui Rome capitale était plus que le couronnement, — le symbale même, — du risorgimento, ne purent croire à la sincérité d'une amitié qui les abandonnait au seuil de la terre promise et qui, pour la leur fermer, mobilisait les chassepots du général de Failly. Thiers a dit de Napoléon III : « Ce n'était pas un méchant homme. Mais c'était un homme qui a confondu toujours le verbe rêver avec le verbe réfléchir. » L'opinion italienne fut moins fine ou moins

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