‹ Questions diplomatiques de l'année 1904Chapitre 3 sur 73 · LES RELATIONS FRANCO-ITALIENNES · texte numérisé non relu

LES RELATIONS FRANCO-ITALIENNES

juste. Elle méconnut ce qu'il y avait de généreux dans le rêve impérial. Le dessein flottant de cette conception incertaine lui apparut comme l'insidieux détour d'une politique perfide. Quand la France, prise au piège de Bismarck, devint la proie de l'invasion, le « roi galanthomme» pleura, — mais, comme Marie-Thérèse, il prit. II prit Rome et acheva l'Italie. Nos fautes luiavaient facilité l'ingratitude : de cette situation première, tout le reste, par voie de conséquence, est sorti.

Pour nous avoir, en effet, abandonnés aux heures de détresse, les Italiens étaient tenus de nous rester sévères : c'était, au regard de leur conscience, la seule excuse de leur attitude. Chaque incident de notre histoire leur allait être une occasion d'afficher contre nous une hostilité systématique. L'élection à la présidence de la République de M. Thiers, qui, sous l'Empire, avait opposé à la politique des nationalités le langage de la raison, fut exploitée avec un mélange de sincérité et de rouerie. Tous les actes réactionnaires de l'Assemblée nationale furent dénoncés comme la survivance de la politique impériale. Ce n'était plus le « Jamais ! » opposé par M. Rouher aux projets d'unité complète, puisque cette unité était désormais réalisée. Mais, dans le regret de l'ancien ordre de choses, on voyait la menace d'un retour au passé. Nous avions au Quirinal un ministre, au Vatican un ambassadeur. Pourquoi? Un stationnaire français était resté à Civita-Vecchia. Dans quel but? L'Assemblée de Versailles discutait des pétitions d'évêques en vue du rétablissement du pouvoir temporel. Et le ministère du duc de Broglie prêtait à ces tendances une troublante précision. A Rome, on s'en inquiétait, et comme il était commode de paraître inquiet, l'inquiétude était mise en valeur avec les ressources infinies du tempérament nationaU

Un grief de plus — l'affaire de Tunis — allait s'ajouter bientôt aux anciens, — voire s'y substituer, lorsque l'échec du 16 mai aurait rendu invraisemblable tout effort de la France dans le sens ultramontain. L'Italie arrivait à l'âge des aventures : et l'atavisme lui traçait la route où dépenser sa fougue juvénile. Le Delenda Carlhago de la Rome nouvelle était la conquête delà nouvelle Carthage.Etdéjà, dans la Régence, un"consul italien, dont l'activité extra-professionnelle décelait les desseins politiques, préparait l'annexion souhaitée. Cependant nous occupions en Algérie une position que ces menées menaçaient directement. Dans la mesure même où l'Italie voulait s'installer à Tunis,, la France devait l'y devancer. Elle avait, d'ailleurs, au Congrès de Berlin, obtenu l'assurance que ni l'Angleterre ni l'Allemagne ne s'opposeraient à son action éventuelle sur ce prolongement naturel de sa colonie. L'homme, enfin, qui présidait alors à ses destinées, ne ' reculait pas devant les Initiatives. Le 24 avril 1881, Jules Ferry donna au général Forgemol l'ordre d'occuper la Tunisie. Le 12 mai, le traité du Bardo la plaça sous notre protectorat. Et ceux qui, aux cotés de Cairoli, disaient en songeant à Bizerte : Mare nostriim, durent renoncer à l'espoir d'y retrouver, pour un nouvel Africain, les lauriers de Scipion.

Cet événement cristallisa la haine de Tltalie. Ce qui, dans cette haine, était artificiel, fit place à une hostilité positive et concrète. A tout prix, sans en mesurer les conséquences immédiates ni lointaines, on voulut riposter à nos succès. Comment? L'occasion s'offrait. Depuis huit ou neuf ans, l'Allemagne, obsédée par l'idée de la guerre de revanche, cherchait des alliés, cautions bénévoles de ses victoires. Elle avait, dès 1871, jeté simultanément les yeux sur l'Autriche et sur

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