II. — Déclarations de M. Milexko Ve<nitch
MINISTRE DE SeRRIE
A ces critiques très vives de l'opposition, il convient d'opposer le tableau suivant de la politique serbe par M. Vesnitch. Cet exposé est du mois de juillet 1904, date de la nomination à Paris du nouveau ministre de Serbie.
Quoique fortgeune encore, M. Vesnitch qui est en
200 O'KSTION DOniENT
même temps député à la Skoupchtina, a déjà derrière lui une carrière longue et variée. Après avoir achevé en Allemagne ses études juridiques, qu'il compléta par un séjour de deux ans dans les Universités de France et d'Angleterre, il entra dans la diplomatie. Il fut ensuite professeur de droit international, député, ministre de l'instruction publique. Impliqué par les amis du roi Milan dans les procès politiques qui suivirent le retour de ce prince en Serbie, il ne reprit du service que deux ans plus tard en qualité de ministre à Rome. Quand le général Zinzar Markovitch, dont les idées en matière de politique extérieure ne cadraient pas avec les siennes, fut appelé au pouvoir par le roi Alexandre, M. Vesnitch donna sa démisson. Il fut réélu député aux élections dernières.
— S'il fallait, me dit-il d'abord, caractériser d'un mot l'état présent des choses dans mon pays, je le ferais en vous disant que, pour la première fois, nous avons la conscience de pratiquer un régime constitutionnel et la confiance de le conserver. Vous connaissez comme moi les crises successives qui ont marqué les règnes du roi Milan et de son malheureuj^ fils. Un jour on octroyait une constitution. Le lendemain, on la violait. Le surlendemain, on la supprimait. lien résultait pour les partis politiques un discrédit croissant, pour le pays même une anarchie ruineuse.
» Le roi actuel, qui a suivi attentivement les dangers d'un pareil régime, est profondément, sincèrement constitutionnel. Il prend certes une large part à la vie nationale. Mais c'est à ses manifestations sociales, familiales, religieuses, militaires qu'il s'associe. Dans l'ordre purement politique, il s'efface devant le gouvernement parlementaire, devant le ministère responsable, devant la majorité que représente ce ministère.
AFFAIRES DK SERBIE 201
Il tient en un mot à faire tout ce qui dépend de lui pour que le parlementarisme, qui si longtemps n'a été qu'une parodie, devienne une réalité solide, où il voit la meilleure sauvegarde des intérêts de la monarchie et des intérêts du pays.
» Dès maintenant, je crois qu'on peut affirmer que le désir royal sera exaucé et que la législature sera utilement employée par une majorité qui tend de plus en plus à s'unifier, à se concentrer. Vous vous souvenez des divisions qui ont morcelé notre grand parti national, j'ai nommé le parti radical. Aujourd'hui les deux fractions principales, radicaux avancés avec Givkovitch, Prodanovitch, Stojanovitch, radicaux modérés avec Grouitch, Pachitch, Nicolitch, comprennent la nécessité de s'unir. Si cette union s'accomplit, la majorité gouvernementale, défalcation faite des dissidents irréductibles, sera d'au moins 110 voix. C'est plus qu'il n'en faut pour assurer la stabilité du ministère, peutêtre partiellement remanié, et pour donner à la Serbie l'habitude, qui lui manque, d'un gouvernement loyal et constitutionnel ^
» Tel est, à mon avis, le point essentiel que, d'abord, il faut mettre en lumière. J'arrive maintenant, en toute franchise, à la situation créée, depuis le terrible drame de l'an passé, aux hommes qui s'y sont trouvés mêlés, en d'autres termes à ce qu'on pourrait appeler la liquidation de la révolution.
» On a fait grief au roi, placé sur le trône par' le vœu du peuple et le vote unanime du Parlement, de n'avoir pas, dès son arrivée, rompu brutalement avec les auteurs de la révolution. Cette brutalité était-elle possible ? Et quels que soient les sentiments intimes, n'y