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L'union qu'espérait M. Vesnitch ne s'est pas réalisée

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a-t-il pas, surtout dans les lendemains de crises, des nécessités qu'il faut subir, faute, si on se révolte contre elles, d*étre obligé de renoncer à des œuvres utiles et bonnes?

» Existe-t-il d'autre part beaucoup d'exemples de révolutions, où les meneurs, après l'événement consommé, se soient, autant que chez noils, montrés décidés à respecter l'ordre public; où les acteurs d'une tragédie douloureuse, mais préparée par les fautes des victimes, aient été, — l'exaltation une fois tombée dans laquelle ils avaient accompli des actes que de sang-froid ils n'eussent pas commis, — maintenus par les pouvoirs légaux dans une position de discipline, que n'acceptent pas toujours aussi aisément ceux qui ont eu la force en main ?

» Je n'ai ni le goût ni l'obligation de chercher des circonstances atténuantes. Mais quand, laissant de côté les personnalités, je considère la situation trouvée par le roi Pierre à son arrivée à Belgrade, je me demande en vérité ce qu'il eût pu faire de plus que ce qu'il a fait.

» Relisez en effet l'histoire de ces douze mois. Pas un instant, depuis le drame du 11 juin, l'ordre n'a été troublé. Dès que le roi a pris possession du pouvoir, il a assuré le respect de la loi. On a beaucoup exagéré les incidents de Nisch. Je les rappelle pour ajouter à ce qu'on en a dit, que la plupart des officiers qui y ont pris part et qui ont été condamnés ont été ou seront replacés en fonctions. Partout ailleurs, la paix publique est demeurée entière. Et ce qu'on a appelé la camarilla des conjurés ne Ta jamais troublée. Parmi les officiers en question, certains ont occupé d'abord des charges de cour : c'est entendu. Ils les ont, depuis plusieurs mois, abandonnées. Il en est qui, en raison de leur valeur

professionnelle, par exemple le colonel Maschine, détiennent des postes militaires importants. Croyezvous qu'il en puisse être autrement?

» Le roi a obéi à une idée juste en estimant qu'il n'était pour lui qu'un seul devoir : donner à la Serbie un véritable gouvernement parlementaire. Car c'est de ce gouvernement et de lui seul qu'il tirera la force et l'indépendance dont l'Europe l'accuse de n'avoir pas fait preuve au début de son règne. A cette œuvre de clairvoyance, Pierre P'' s'est appliqué avec énergie et avec succès. J'ai la conviction qu'on lui rendra bientôt justice, et que, dans peu de mois, c'est aux résultats qu'on jugera son effort.

— Pouvez- vous, dis-je au ministre, me donner des renseignements précis sur la situation économique de la Serbie, sur les augmentations d'impôts, sur l'impression qu'elles ont produite?

— D'autant plus aisément, me répond-il, que j'étais membre de la commission du budget qui a proposé la surtaxe et qui en a pris devant le pays la responsabilité. Voici, en deux mots, de quoi il s'agit.

» Quand la Chambre se réunit, elle constata sans étonnement que l'état financier, légué par le régime précédent, n'était pas brillant. LecabinetdeM. Grouitch, qui succédait au cabinet Avakoumovitch, avait, pour y remédier, proposé un certain nombre d'impôts indirects, notamment sur les raisins. La commission du budget estima que ces impositions nouvelles n'étaient pas assez étudiées et risquaient de devenir très impopulaires. Elle leur substitua donc une combinaison provisoire, qui permettra de mûrir à loisir une réforme définitive. Cette combinaison a consisté à augmenter de 40 p. 100, pour l'année 4904, l'impôt direct personnel, et non, comme on l'a dit, l'ensemble des impôts.

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Cette augmentation a donné ce qu'on attendait d'elle. Et elle a été bien supportée par l'opinion. Les recettes, depuis le début de Tannée, ont dépassé, d'ailleurs, les prévisions.

» Quant à nos engagements vis-à-vis de l'étranger, vous savez avec quelle scrupuleuse exactitude nous y avons de tout temps fait face. On peut même dire que, si la Serbie a passé par des crises fiscales, la cause, ou une des causes de ces crises, était la coquetterie qu'elle mettait à assurer largement le payement de ses emprunts extérieurs. Nous sommes restés, à cet égard, tels que nous avons toujours été. Et dès maintenant le montant du coupon d'octobre a été remis aux banquiers.

» Economiquement comme politiquement, j'ai donc le droit de dire que la situation de la Serbie est désormais satisfaisante. »

Une seule question n'avait pas été encore abordée par le ministre : la question internationale. Je lui ai demandé de m'indiquer quelle est, dans les circonstances présentes, la politique étrangère de son gouvernement. Il m'a répondu ce qui suit :

— La Serbie espère entretenir avec tous ses voisins, avec toutes les puissances, des relations de courtoisie. Tous les ministres étrangers accrédités à Belgrade, — ■ l'Angleterre seule ne nous a pas encore renvoyé le sien — sont aujourd'hui en relations suivies avec le roi et le gouvernement. Leur sympathie nous est précieuse. Voilà pour le côté formel.

» Quant au fond des choses, vous connaissez le sentiment du parti radical serbe et de l'immense majorité de la nation en matière de politique extérieure. C'est ce sentiment national qui nous inspire. Nous sommes des Slaves. Et, en tant que Slaves, nous appréhende-

rons toujours dans les Balkans les progrès de l'influence germanique. A certains moments de notre histoire, au temps du roi Milan et, plus près de nous, sous le ministère Zinzar Markovitch, ces appréhensions^ont paru s'atténuer, elles subsistent néanmoins, — tout en n'étant pas de nature à altérer nos relations avec qui que ce soit,

>y Cela posé, vous comprenez le prix que nous attachons aux rapports ekcellents et chaque jour meilleurs que nous entretenons avec le Monténégro d'une part, la Bulgarie d'autre part. Il est superflu de vous rappeler les Hens de famille qui unissent, les Karageorgevitch à la dynastie monténégrine ; superflu aussi de revenir sur les événements récents qui ont consacré notre amitié avec la Bulgarie. Qu'il me soit permis néanmoins d'ajouter qu'on a été très sensible à Belgrade à la particulière bonne grâce du prince Ferdinand, au soin qu'il a mis, lors de son passage à Vienne, le jour de la fête du roi, à faire porter à notre représentant des vœux, que simultanément M. Zolotovitz, ministre à Paris, venait oflFrir par son ordre à M. Popovitch. Ces prévenances complètent le bon efi'et des accords modestes, mais féconds, oii les pays balkaniques tendent de plus en plus à s'engager. Ces ententes postales, télégraphiques, commerciales ne s'imposent pas à l'attention du monde, mais elles sont la base solide d'une union de plus en plus franche.

» Ai-je besoin devons assurer qu'on espère en Serbie que l'Europe, dans les mesures éventuelles qu'elle peut être appelée à prendre pour la pacification de la Macédoine, tiendra compte des intérêts légitimes de la Serbie tout autant que de ceux des autres nationalités en cause ? Nous avons d'ailleurs dans le concert européen deux amis du premier degré, en qui nous mettons

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notre confiance. L'origine de noire attachement pour la Russie suffit à justifier, — surtout dans les circonstances actuelles et quand les armées russes sont à la peine — la fidélité de ce sentiment. Quant à la France, je me suis souvent demandé, comment les Slaves que nous sommes pouvaient se sentir unis aux Latins que vous êtes par une aussi intime sympathie. Cette sympathie date de loin. Et le temps Ta renforcée. Sait-on que, sous le règne du grand Karageorge, au début du xix*^ siècle, la Serbie avait à Paris un représentant que Napoléon l" appointait sur sa cassette particulière comme une sorle de protégé moral de l'Empire français? Depuis, nous avons pris part à vos fiertés comme à vos tristesses. Et vous me permettrez de rappeler que si, en 1870, notre roi combattait dans vos rangs, toute la nation serbe s'associait de cœur à vos épreuves.

)) C'est en s'inspirant de ces sentiments que Sa Majesté Pierre l" a convié ses camarades de Saint-Cyr à venir à Belgrade célébrer cette année le dîner annuel de la promotion de Puebla. C'est pourquoi aussi le roi m'a chargé d'obtenir qu'un officier français fut nommé gouverneur du prince héritier. Nulle mission ne pouvait m'étre plus agréable que de devenir à Paris le représentant de ces intentions et de travailler, dans la mesure de mes forces, à rendre plus étroites encore les relations de lïion pays et du vôtre *.

» L'accueil tout à fait gracieux et charmant qu'ont bien voulu me réserver M. le président de la République et M. le ministre des affaires étrangères, m'est un sûr

1. La réception des officiers français a eu lieu à Belgrade au mois de septembre. Le commandant Levasseur a été nomuic gouverneur du prince héritier.

garant que le gouvernement français m'aidera à remplir cette mission. Je leur en suis donc doublement reconnaissant. »

Depuis lors, en décembre, le ministère Grouitch a démissionné, il a été remplacé par un ministère Pachitch, qui, lui-même a démissionjié le 22 mai 1905. Au cours de ces événements, le roi a observé une attitude strictement constitutionnelle.

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