‹ Questions diplomatiques de l'année 1904Chapitre 39 sur 73 · I. — La neutralité chinoise et la note américaine · texte numérisé non relu

I. — La neutralité chinoise et la note américaine

Dès le début de la guerre, la question de la neutralité chinoise s'est imposée aux préoccupations des belligérants et des neutres; — des belligérants, car l'intervention de la Chine dans la lutte pouvait en modifier le caractère dans des conditions difficiles à prévoir; des neutres, car les répercussions possibles de cette intervention étaient de nature, à provoquer des complications sans nombre. Que, d'autre part, cette intervention inquiétante fût une intervention possible, ceux-là n'en pouvaient point douter qui, depuis 1895, avaient suivi l'insensible travail de rapprochement entre les vainqueurs et les vaincus de la guerre sinojaponaise, qui savaient surtout que l'absorption pacifique de la Chine, rêvée par le Japon, risquait, au contact de la guerre engagée sur le sol et pour la possession d'une province chinoise, de dégénérer en association belliqueuse.

C'est au gouvernement américain que revient le mérite d'avoir le premier signalé ce danger et proposé aux autres puissances les mesures* qui lui semblaient le plus propres à le prévenir. Dès les premiers jours du mois de février, M. Hay, secrétaire d'État pour les

affaires étrangères, adressa aux ambassadeurs de rUnioD la dépêche suivante :

Veuillez consulter le gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, afin de savoir si, en vue d'éviter l'explosion possible de troubles en Chine et de limiter le préjudice porté par la guerre au commerce des neutres, il ne conviendrait pas de s'assurer que la neutralité de la Chine et son entité administrative (sic) seront respectées.

Les ambassadeurs américains s'acquittèrent aussitôt de leur mission. C'est à la réception diplomatique du mercredi 10 février que le général Horace Porter en entretint M. Delcassé. Dans cette conversation, le sens des mots « entité administrative » fut précisé. Tout en réservant la décision du gouvernement français, le ministre des affaires étrangères expliqua à l'ambassadeur qu'il lui semblait également désirable de reconnaître la neutralité de la Chine dans le conflit actuel et de spécifier que la iMandchourie, théâtre de la guerre, était exclue de cette neutralité. A vingt-quatre heures d'intervalle, lord Lansdowne et le comte Biilow tenaient aux collègues du général Porter, à Londres et à Berlin, un langage identique ; si bien que, lorsque les réponses arrivèrent à M. Hay, « simplifiées et clarifiées », suivant l'expression qui avait été employée dès le premier jour, elles disaient toutes trois la même chose : la Chine sera neutre, à condition qu'il soit bien entendu que la Mandchourie n'est pas comprise, en raison de l'état de guerre qui y existe, dans cette neutralité et que, par contre, ladite neutralité s'appliquera aux concessions étrangères, celles de Kiao-Tchéou à l'Allemagne, Weï-Haï-Weï à l'Angleterre, Kouan-Tchéou- Ouan à la France.

Le vendredi suivant 12 février, j'étais renseigné, avenue Hoche, à la légation de Chine, par un des secrétaires

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remplaçant le ministre^ absent ce jour-là, et il me disait :

— Nous avons reçu de Pékin un télégramme nous annonçant que le gouvernement chinois proclame sa neutralité. Vous pouvez Tannoncer officiellement.

Et, en effet, le lendemain samedi, 13 février, le ministre de Chine à Tokyo remettî^it au baron Komura, ministre japonais des affaires étrangères, la déclaration de la Chine, déclaration, qui, conformément à l'interprétation des puissances, exprimait l'opinion qu'il serait « impossible de faire observer en Mandchourie les règles de la neutralité ».

Voici le texte de cette déclaration :

Les relations pacifiques entre le Japon et la Russie sont rompues. Cependant, la Chine a toujours des relations amicales avec les deux empires. Le gouvernement chinois, qui attache une grande importance aux relations de bon voisinage, a pris, conformément à Tordre impérial, des mesures pour assurer l'observation des règles de la neutralité. Il a ordonné aux autorités de toutes les provinces de les observer très rigoureusement*. Les autorités locales doivent protéger les populations commerciales et chrétiennes, et maintenir la tranquillité dans leurs districts respectifs.

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