Le décret impérial était ainsi conçu
Décret impérial du 27» jour de la 12» lune de la 29» année du règ^nede Kouang-Sou (ce qui équivaut au 13 février 1904).
La guerre vient d'être déclarée entre le Japon et la Russie qui sont indifféremment nos voisins et nos amis. Aussi nous nous décidons à observer la plus stricte neutralité. En conséquence, nous ordonnons aux maréchaux tartares, aux vice-rois et aux gouverneurs de toutes les provinces de porter cette décision à la connaissance des autorités civiles et militaires ainsi que de tous les peuples, afin qu'elle soit scrupuleusement et respectueusement observée.
Respectez ceci.
KOUANG sou.
Gomme c'est à Moukden et à Hsing-King que se trouve l'emplacement des mausolées et des palais impériaux, le gouverneur général a été avisé de mettre tous ses soins à les protéger.
Les belligérants doivent respecter les villes, villages et bâtiments des trois provinces de l'Est, ainsi que les personnes et les biens des habitants de ces provinces. Les troupes chinoises, en garnison dans ces régions, ne doivent pas attaquer les troupes des pays belligérants, et réciproquement.
Le commissaire de Peï-Yang a fait partir des troupes pour les districts à l'ouest du Liao, déjà évacués par la Russie.
En diverses provinces, ainsi que dans la Mongolie extérieure et intérieure, on doit faire observer les règles de la neutralité, de manière que nulle troupe des deux partis belligérants n'y pénètre ; au cas où elles franchiraient quand même la frontière, la Chine prendrait ses dispositions pour les repousser.
Il ne faut pas considérer de telles mesures comme constituant une rupture des relations amicales.
Cependant, en Mandchourie, des troupes étrangères occupent encore certaines localités hors de portée de la puissance chinoise ; on craint qu'il ne soit impossible d'y faire observer ces règles de neutralité. Les trois provinces de l'Est demeureront soumises à la souveraineté chinoise, quelle que soit la puissance victorieuse. Ni le Japon, ni la Russie ne peuvent occuper ces provinces.
Ces déclarations parviennent aux représentants des puissances étrangères à Pékin.
Restait à savoir: 1^ Quel accueil les États-Unis feraient à cette interprétation ; 2° ce que diraient les belligérants. L'opinion américaine ne tarda pas à être connue. En effet, dès le lendemain, sur Tordre du président Roosevelt, M. Hay exprimait aux puissances la gratitude du gouvernement de l'Union pour le bon accueil fait à sa note. Il déclarait qu'il adhérait à l'interprétation du marquis de Lansdowne, du comte Btilow, et de M. Delcassé, et ^u'il trouvait fort naturelles les
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réserves formulées par eux. Ces réserves visaient la situation spéciale de la Mandchourie.
Quant au Japon, dès avant la réception de la noie américaine, il avait pris, dans le document suivant, l'initiative d'affirmer qu'il respecterait la neutralité de la Chine, à condition que la Russie fît de même.
La question de l'attitude de la Chine dans la guerre actuelle a été l'objet d'une très sérieuse considération de la part du gouvernement japonais. Le Japon n'ignore certes pas les grands avantages qu'il peut retirer des immenses ressources qu'offre la Chine à tous les égards, en l'ayant comme alliée dans une guerre contre la Russie. Néanmoins, pour des considérations d'ordre international et d'intérêt général, il a cru devoir conseiller à la Chine de garder sa neutralité.
1° C'est une obligation morale imposée à tout belligérant de réduire au minimum les maux de la guerre et, dans ce but, l'étendue des localités où vont avoir lieu les opérations de guerre doit être géographiquement limitée autant que possible, de manière que le commerce des neutres puisse être affecté le moins possible par la guerre.
20 Dans le même but, il est nécessaire de réduire autant que possible le nombre des puissances belligérantes.
Dans le cas présent, la guerre doit être circonscrite au Japon et à la Russie afin d'éviter une conflagration générale.
3° Dans une guerre entre le Japon et la Russie, il est de la plus haute importance que l'ordre et la tranquillité soient rigoureusement maintenus, tant dans l'intérieur de la Chine que dans tous les ports ouverts, car l'excitation et le soulèvement populaires qui seraient très naturels si la Chine devenait partie belligérante, obligeraient les puissances intéressées à intervenir dans les affaires de la Chine.
En conséquence, le ministre du Japon en Chine a reçu les instructions de son gouvernement à l'effet d'entretenir le prince ïching de cette question et de lui dire qu'après un mur examen de la situation, le gouvernement japonais croyait devoir conseiller à la Chine de garder la plus stricte neutjralité.
La guerre entre le Japon et la Russie intéresse autant la Chine que le Japon et bien que la Chine ait des raisons non moins justes que le Japoli de déclarer cette guerre à la Russie, le gouvernement japonais est néanmoins convaincu, pour les motifs énumérés plus haut, que l'attitude la plus sage pour la Chine est de garder la neutralité.
Le ministre du Japon a reçu l'ordre de faire comprendre très clairement au prince Tching que la neutralité imposait à la Chine l'obligation positive de veiller à ce que cette neutralité soit scrupuleusement observée par les parties belligérantes, et qu'en conséquence la Chine était tenue de prendre des mesures effectives pour réprimer toute tentative, de la part des belligérants, de violer cette neutralité et d'aviser, en particulier, pour que ses ports ne deviennent des bases d'opération de guerre ni ne servent de lieux de refuge, de réparation ou de ravitaillement aux navires des belligérants. La Chine doit, dans ce but, avoir des forces suffisantes à Sha-Kaï-Kwan et autres points stratégiques et veiller à ce que tous ses ports soient interdits à tout acte qui ne serait pas neutre. Elle doit veiller à tout ce que le territoire chinois, à l'exception de la Mandchourie, ne puisse pas être le théâtre des opérations de guerre.
Dans le cas où le gouvernement chinois partagerait les vues qui viennent de lui être exposées, le gouvernement japonais respectera la neutralité de la Chine si la Russie, de son côté, respecte cette neutralité.
Le gouvernement japonais acquiesça donc à la proposition chinoise approuvée par les puissances. Voici le texte de cette adhésion :
Le gouvernement impérial japonais, désireux d'éviter autant que possible de troubler la paix actuelle en Chine, respectera aussi longtemps que la Russie la neutralité chinoise dans toutes les parties du territoire chinois, sauf dans les régions occupées parla Russie.
Les règles de guerre gouvernant la conduite des troupes impériales japonaises en campagne ne permettent pas la destruction inutile. Le gouvernement impérial chinois peut donc avoir confiance : les mausolées et palais à Moukden et à flsing-King, et les édifices publics dans toute la Chine
ne subiront aucun préjudice de la part des Japonais. De plus, les troupes impériales respecteront et protégeront, dans la sphère de leurs opérations et dans la mesure compatible avec les exigences militaires, la personne, les biens et les droits des fonctionnaires et des habitants chinois.
Cependant; dans le cas où ils viendraient en aide à l'ennemi, le gouvernement impérial se réserve le droit de prendre les mesures que pourrait exiger la situation.
Il reste à dire que le Japon poursuit la guerre actuelle non dans le but de faire des conquêtes, mais uniquement pour défendre ses droits et intérêts légitimes. Le gouvernement impérial japonais n'a donc aucune intention, à la suite du conflit, d'acquérir du territoire aux dépens de la Chine.
Le gouvernement impérial japonais tient à ce que le gouvernement impérial chinois se rende nettement compte que les mesures que pourrait prendre le gouvernement japonais en territoire chinois, devenu théâtre d'hostilités, résulteraient des exigences militaires et ne porteraient pas atteinte à la souveraineté de la Chine.
A son tour, le gouvernement russe accepta les termes de la note américaine, en prenant soin d'exclure nommément la Mandchourie de la région neutralisée. L'accord était par conséquent, dès le premier mois de la guerre, complètement établi sur ce point entre les intéressés*.
n. — L'affaire des consulats américains
En dépit de cet accord et presque simultanément à sa conclusion, un double conflit se produisit, que les
1. Par deux fois depuis lors, en mai 4904 et janvier 1905, M. Duball, ministre de Rome à Pékin agissant au nom de ses collègues a demandé au gouvernement chinois de lui faire savoir s'il se sentait à même de défendre contre tout risque, extérieur ou intérieur, sa neutralité. Il a ajouté que les raisons qui avaient, au début de la guerre, rendu désirable cette neutralité, subsistaient toutes; que d'autres encore étaient venues s'y ajouter; que, plus que jamais, les puissances neutres attachaient du prix
termes mêmes de l'entente diplomatique semblaient devoir prévenir et qui n'eut d*ailleurs pas de suites.
Au début de février, le cabinet de Washington, dans un dessein qui reste assez difficile à préciser, avait fait connaître à Pékin son intention d'envoyer des consuls tant dan^ le port russe de Dalny, voisin de Port-Arthur, que dans les villes mandchoues de Moukden et d'Antoung, récemment ouvertes par le traité de commerce sino-américain. Il y avait contradiction entre la reconnaissance de la Mandchourie comme théâtre de la guerre et la prétention d'y invoquer des traités que les belligérants tiennent des lois de la guerre le droit de ne point respecter. C'est cette contradiction que soulignent les déclarations suivantes de M. Nélidow, ambassadeur de Russie, à la date du 20 février.
— Je ne sais pas, m'a dit l'ambassadeur, s'il est officiellement confirmé que les États-Unis veulent envoyer un consul à Dalny. Ce qui est certain, c'est que le gouvernement russe est seul juge de fopportunité qu'il y a à autoriser ou non la création de ce consulat.
» Il ne faut pas oublier, en efiFet, que si, en Mandchourie, nous sommes en territoire chinois, à Port- Arthur et à Dalny nous sommes chez nous. La presqu'île de Liao-Toung nous a été cédée à bail en bpnne et due forme. La guerre, commencée sans déclaration par les Japonais, a créé en ce point un véritable état de siège. Quoi de plus naturel par conséquent que les lois de la
à ce que l'attitude correcte gardée jusqu'alors par la Chine ne ffit pas modifiée. La réponse du Waï-wou-pouà ce conseil amical a été des plus nettes. 11 a assuré au ministre de France que les instructions les plus précises avaient été données aux fonctionnaires provinciaux; que les troupes chargées de la garde de la frontière avaient l'ordre de ne point bouger et respecteraient cet ordre ; que la neutralité chinoise ne courait, de la part de la Chine, gouvernement ou population, aucun danger.
278 LA r.cEimE nrsso-jAPOxAisE
guerre y soient appliquées et que nous refusions dans les circonstances actuelles de donner Vexequatur à un consul étranger ? C'est Texercice normal d'un droit incontesté. Nul ne peut en prendre ombrage.
» Pour la Mandchourie, c'est autre chose. Le gouvernement russe a affirmé toujours sa résolution de respecter en Mandchourie, — dans cette Mandchourie fermée au commerce avant qu'y pénétrât notre chemin de fer, — les droits commerciaux des puissances étrangères, celui notamment d'instituer des consulats. Si donc il plaît aux États-Unis, signataires d'un traité de commerce avec la Chine, de demander au waï-wou-pou d'accorder Vexequatur à des consuls américains à Moukden et à Antoung, rien de mieux. C'est leur droit. Seulement, la situation actuelle nous confère, à nous aussi, certains droits particuliers, et ces droits, les voici :
» Vous savez que la Russie, suivant l'exemple de la France, de l'Angleterre et de TAllemagne, a répondu à la note américaine qu'elle était résolue à respecter la neutralité de la Chine à condition toutefois qu'il fût bien entendu que la Mandchourie devenue, malgré notre volonté, le théâtre des opérations de guerre, restât en dehors de cette neutralité. C'est là une interprétation de sens commun. Et les États-Unis s'y sont ralliés. Ils ne s'étonneront donc pas que, par voie de conséquence, nous appliquions en Mandchourie les lois et les usages de la guerre. Ils veulent y envoyer des consuls. Notre note du il janvier leur fournit l'assurance que nous n'y voyons pas d'inconvénient. Ils veulent demander à la Chine Vexequatur : fort bien. Mais ils n'ignorent pas que, l'état de guerre existant, les autorités militaires russes seront seules juges de la possibilité d'accueillir ces consuls, même munis de Vexequatur chinois. Quelle sera la décision du lieutenant
général AlexeïefiF ou du général Kouropatkine ? Je rignore. Mais il suffit d'ouvrir un volume de droit international pour constater qu'ils seront libres de prendre telle décision qu'il leur conviendra, ce sans qu'on puisse leur opposer des engagements que nous sommes prêts à tenir, mais que la guerre suspend nécessairement. »
Peu de jours après, le gouvernement américain se rendait à ces arguments et, le 4 avril, une dépêche de Washington annonçait que M. Ilay avait décidé de ne pas faire partir avant la fin de la guerre les nouveaux consuls des États-Unis. M. F.-J. Gheshire, nommé consul à Moukden, était attaché à la légation de Pékin et M. Davidson, nommé consul à Antoung, était adjoint à M. Miller, consul à Niou-tchouang ; cependant un second incident, qui Relata à la fin de mars dans cette dernière ville, vint bientôt remettre en question le débat de principe, qui semblait tranché.
L'amiral AlexeiefiF ayant proclamé l'état de guerre à Niou-tchouang et supprimé de ce fait tant la juridiction consulaire, que le droit de protection normalement assuré aux étrangers qui arboraient sur leurs maisons le pavillon d'une puissance européenne, les consuls anglais et américain formulèrent une énergique protestation. Le gouvernement russe refusa de l'accueillir, s'autorisant des nécessités militaires. L'ambassadeur de Russie, le 29 mars 1904, résumait ainsi l'argumentation de son gouvernement.
— L' « incident » dont parlent les deux dépèches de l'agence Havas ne supporte pas l'examen. Et je ne crois point que les consuls, dont il s'agit, moins encore leurs gouvernements, aient pu avoir les intentions qu'on leur prête.
» L'état de guerre est malheureusement un état connu. On sait quels droits il confère aux autorités
280 LA r.UKRRE RUSSO-JAPOXAISE
militaires, de quels droits il prive les autorités civiles. On sait aussi, puisqu'on a pris soin de le préciser par un échange de notes, quelle est, dans les conjonctures actuelles, Textension géographique du théâtre de la guerre. Comment voulez-vous qu'un conflit diplomatique puisse sortir de là ?
» Cette affaire me rappelle, à s'y méprendre, un incident de la guerre turco-russe. L'armée du grandduc venait d'entrer à Andrinople. Vous savez quelles sont en Turquie les prérogatives des consuls et l'étendue de leur mission. Dès le lendemain de son arrivée. Son Altesse Impériale, auprès de qui je remplissais les fonctions de chef de la chancellerie diplomatique, reçut le corps consulaire, et, après cette réception de protocole, je retins les consuls étrangers :
— Messieurs, leur dis-je, je suis, comme vous, diplomate et soucieux de sauvegarder les droits des agents diplomatiques et consulaires. Mais, comme moi, vous savez quelles sont les nécessités de la guerre. S'il en est qui soient de nature à limiter quelqu'une de vos attributions, vous voudrez, je n'en doute pas, vous y soumettre de bonne grâce. »
» Ce petit speech fut bien accueilli, sauf par le consul d'Angleterre, M. Blount, qui esquissa une sorte de protestation hypothétique à laquelle on n'attacha pas grande importance. Mais, le lendemain matin, une surprise attendait notre armée. Pendant la nuit, une floraison de pavillons anglais s'était épanouie sur Andrinople. Ce n'était plus une ville turque, c'était une ville anglaise, — et pavoisée, — que nous occupions. M. Blount avait précisé ses déclarations.
» Sous prétexte, en effet, d'intérêts anglais à protéger, un grand nombre de Turcs avaient sollicité du consul d'Angleterre, qui s'y était prêté volontiers, Tau-
torisation d'arborer le drapeau britannique : façon commode d'échapper aux ennuis de Toccupation militaire. Le lendemain, nouvel épanouissement. Tous les Turcs, les uns après les autres, se découvraient des liens avec l'Angleterre. Et les officiers russes se voyaient arrêtés à chaque instant dans l'accomplissement de leur tâche par cette qualité de protégé anglais qui se multipliait à l'infini.
» La gêne pour eux devint telle que, d'ordre du grand-duc, je dus inviter le consul d'Angleterre à modérer les progrès de l'influence britannique et à faire rentrer tous ces pavillons de circonstance. Faute de quoi, on serait forcé de n'en pas tenir compte. Le consul comprit et, le plus aimablement du monde, il s'inclina.
» Je ne sais pas, conclut l'ambassadeur, ce qui s'est passé à Niou-tchouang ; mais en voyant dans les dépèches que des soldats russes ont enlevé les drapeaux anglais et américains arborés sur des propriétés privées, je me suis souvenu de l'incident d'Andrinople. »
La situation fut eff'ectivement réglée dans le sens indiqué par M. Nélidow. Par un échange de bons procédés, les drapeaux anglais et américains arborés sur les maisons qui, après contrôle, avaient été reconnues fondées à s'en couvrir, furent rétablis par les soins de la police russe de Niou-tchouang. Ce fut la fin, au moins pour 1904, des incidents relatifs à la Mandchourie et à la définition du théâtre de la guerre par rapport à la zone neutralisée.
IIL — Les griefs russes
Le règlement théorique de la question de neutralité ne pouvait faire disparaître les difficultés pratiques
282 LA fllTERHE RUSSO-JAPONAISE
inhérentes à la nature même du gouvernement chinois, à sa faiblesse, à ses divisions, divisions et faiblesses aggravées par les sympathies des hauts fonctionnaires pour la cause du Japon. Depuis le début de la guerre, ces difficultés se sont manifestées.
Dès le 22 février, on annonçait que des bandes de brigands Khoungouses organisées en six divisions se préparaient à détruire le chemin de fer mandchourien, à s'emparer des traînards et des approvisionnements. Le 23 mars on signalait les mouvements, — vers quelle destination? — de quatre croiseurs chinois partis de Shanghaï. L'armée du Petchili, sous les ordres de Yuan-Chi-Kaï et du général Ma, se livrait à d'énigmatiques rassemblements. Les fonctionnaires de Penyang et de Nanyang achetaient en grandes quantités, — au Japon, — des armes et des munitions. Le 25 mars, le Standard écrivait : « L'amiral Alexeieff a demandé le rappel de tous les fonctionnaires et soldats chinois de Mandchourie et le paiement des taxes et revenus aux autorités russes. » Lé 21 avril, on mandait de Presbourg, que les fabriques de cette ville travaillaient à d'importantes commandes pour le compte du gouvernement chinois. A la même date, M. Lessar, ministre de Russie à Pékin, protestait auprès du waïw^ou-pou contre la présence d'instructeurs japonais dans les rangs de l'armée chinoise. Quinze jours plus tard, l'amiral Alexeieff sommait le général tartare commandant à Feing-Ping de retirer ses troupes, qu'il jugeait menaçantes, et signalait l'organisation des Khoungouzes par des officiers japonais travestis en brigands.
Simultanément des bruits, circulant avec persistance à Saint-Pétersbourg, présentaient comme d'ores et déjà résolue la coopération sino-japonaise. Le plan.
LA CHLNR ET LA tirERHE 283
disait-on^ était le suivant. Les Japonais refouleraient Kouropatkine en Mongolie. Les Russes, devenant ainsi bon gré mal gré les envahisseurs du territoire neutre, seraient alors attaqués par Farmée du général Ma, maintenue à cet effet dans la région. Les Japonais, en Tespèce, ne violeraient pas la neutralité chinoise. Et les Chinois, de leur côlé, se borneraient à défendre la Mongolie. Un soulèvement populaire adroitement préparé ferait le reste. Dans Tattente de cette opération la Russie multipliait à Pékin les protestations diplomatiques tout en se tenant prête à agir sur les provinces de la Chine occidentale et en surveillant particulièrement Kachgar et Kouldja. Elle craignait à tout instant que, même en admettant la bonne foi du gouvernement chinois et du général Ma, les soldats excités par les meneurs japonais, n'échappassent à leurs chefs et ne se portassent dans la vallée du Liao.
A mesure que se dessinaient les succès japonais, les appréhensions semblaient plus vives et plus justifiées. Le 25 juillet, on télégraphiait de Moukden : « Il a été établi que beaucoup de Japonais se déguisent en Chinois, pour observer, du haut des collines, les mouvements des troupes russes et font des signaux à leurs patrouilles; aussi ordre a-t-il été. donné aux soldats russes de tirer sur les espions de ce genre qu'ils verraient sur les hauteurs. » Huit jours après une dépêche de Tien-tsin au Standard disait : « Une bande de trois mille Khoungouses a attaqué le camp russe de Tuling> le 2 août. A la suite de plusieurs réclamations des Russes et de contre-réclamations de la part des Japonais, le général tartare Feng-Chen et le vice-roi du Tchi-Li ont reçu Tordre de donner les instructions les plus rigoureuses pour l'observation, par tous, des règles de la neutralité, sous peine de châtiments
284 LA fiURRRE RUSSO-JAPONAISE
sévères ». Enfin au lendemain de Liao-Yang, Tactivité (les Khoungouses avait redoublé, etragitation populaire avait gagné toute la Mongolie sous Tœil bienveillant des fonctionnaires qui laissaient les Japonais enrôler des Chinois pour leurs transports militaires et leurs approvisionnements .
Bientôt après, on annonçait que, d'accord avec le Japon, l'empereur de Chine avait désigné un vice-roi pour la Mandchourie. On signalait les menées des Boxers et le développement rapide des sociétés secrètes. La Chine, si tolérante vis-à-vis des Japonais, avait saisi à Peng-Taï des munitions destinées à la légation russe de Rékin et refusait de les rendre. Ce dernier incident motiva de la part de la Russie une protestation gêné raie adressée aux puissances. Ce document^ portait que,
i . Voici le texte de cette circulaire :
Dès le commencement de la guerre, le gouvernement impérial, dans un but humanitaire, a adhéré à la proposition du cabinet de Washington, concernant la localisation des hostilités et la neutralisation du territoire de la Chine, et a fait connaître cette adhésion par son télégramme circulaire en date du 5 février dernier.
La Russie avait posé comme condition essentielle de cette neutralisation l'observation par la Chine elle-même de toutes les règles de neutralité et une attitude correcte de la part du Japon à l'égard des obligations assumées par la Chine du fait de cette neutralité.
Une expérience de onze mois de guerre a démontré l'incapacité et l'absence de bonne volonté de la part de la Chine de se conformer aux engagements contractés .
Sans parler du cas du torpilleur Riechitelny, on pourrait citer une série de violations de la neutralité chinoise au profit du Japon. La présence d'officiers japonais à la tête de bandes de khoungouses qui opéraient sur territoire neutre a été fréquemment constatée, ainsi que l'existence de détachements organisés de ces guerriers dans l'armée japonaise à la solde du Japon. Des instructeurs japonais sont librement admis dans les troupes cantonnées le long de la frontière nord du Tchili. Enûn il a été constaté que, depuis le commencement de la guerre, les
si Chinois et Japonais continuaient à remplir aussi mal leurs obligations respectives, la Russie « ne prendrait plus soin que de ses propres intérêts ». Bien qu'aucun conQit ne se soit produit depuis lors, le péril reste latent. Et la menace en restera suspendue jusqu'à la conclusion de la paix.