LES RELATIONS FRANCO-ITALIENNES IT
dont la suite des événements devait accuser la portée, ils s'accordaient l'un et Tautre à reconnaître Tutililé d'un rapprochement économique, méditerranéen, continental entre la France et Tltalie. Le 21 novembre 1898, le traité de commerce était signé ; et cet arrangement, né modestement en de familiers déjeuners, qui réunissaient," aux environs de la Madeleine, M. Delcass('', ministre depuis le printemps et M. Luzzatli, constituait le premier acte public de pacification. Ses conséquences économiques^ inférieures à ce qu'on en attendait, furent dépassées par ses conséquences politiques. Bismarck professait que la guerre de tarifs n'empêche ni l'amitié ni l'alliance. La paix commerciale entre la France et ritaHe hâta, entre l'une et l'autre, le réveil d'une amitié qui ne tarda pas à s'affirmer. Quand le roi Humbert mourut, l'émotion à Paris fut sincère ; et cette sincérité fut, comme il convenait, appréciée de nos voisins. Sept mois après, le cabinet Zanardelli se constituait. Les sentiments francophiles du ministre des affaires étrangères, M. Prinetti, étaient connus. Il nous fut bientôt donné de les éprouver. Au début d'avril, la flotte italienne, sous le commandement du duc de Gênes, vint saluer à Toulon le président de la République. Et, pour la première fois, le roi d'Italie, qui, quelques semaines plus lot, avait reçu le grand cordon de la légion d'honneur, parla, dans un télégramme officiel, de « la France, amie de l'Italie. »
Ces manifestations consacraient la seconde phase du rapprochement. Depuis plusieurs mois déjà, des pourparlers étaient engagés. Le 14 mai 1902, M. Delcassé en traduisit, sous une forme abstraite, le résultat en disant à la tribune de la Chambre que « les aspirations légitimes des deux nations ne sauraient se heurter nulle part ». Pratiquement, c'est à la Méditerranée
occidentale que s'appliquait cette constatation. Le conflit tunisien étant définitivement apaisé, on avait voulu, pour l'avenir, éviter les malentendus du passé. Une franche explication avait tracé à chacun ce que le barbarisme du langage politique appelle une sphère d'influence. L'Italie serait libre à Tripoli, et la France au Maroc.
L'année 1902, quatrième échéance de la Triplice, allait être marquée par un fait nouveau. Comme il était naturel, le retour vers nous de l'Italie avait stimulé la verve des politiques de brasserie, qui, allègrement, décidaient que nos voisins, — tels, dans un quadrille, les danseurs, — allaient « balancer » leurs alliances et sans plus attendre, « traverser ». La diplomatie n'en demandait pas tant : et habituée à faire le départ entre la lettre des traités et l'esprit qui les anime, elle préférait l'existence de la Triplice avec une Italie amie de la France, à Thostilité de l'Italie, la Triplice fût-elle abrogée. Elle estimait, en d'autres termes, qu'autorisés à nous assurer, à la veille d'un nouveau bail, que l'union des trois puissances n'était pas, par ses clauses, en contradiction avec l'amitié restaurée que nous témoignait l'une d'entre elles, nous n'avions point, par contre, à nous opposer au renouvellement de cette union non plus qu'à nous en inquiéter.
Tel fut, au printemps de 1902, le sens des instructions données à M. Barrère par M. Delcassé. M. Prinetti répondit de fort bonne grâce à la communication de notre ambassadeur. Et le 3 juillet, le ministre des affaires étrangères fit connaître à la Chambre les termes de cette réponse. «Ni directement, ni indirectement, nous avait-il été affirmé, la politique de l'Italie n'était, par suite de ses alliances, diHgée contre la