LES RKLATIOXS FRANCO-ITALIENNES
France. Elle ne saurait en aucun cas con^porter une menace pour nous, pas plus dans une forme diplomatique que par les protocoles et stipulations militaires internationales. En aucun cas et sous aucune forme, ritalie ne pourrait devenir ni l'instrument ni l'auxiliaire d'une agression contre notre pays. » Chacune de ces trois phrases répondait à nos craintes. Toutes ensemble consacraient officiellement, sinon un changement de rédaction dans les engagements écrits, — changement qu'on a affirmé parfois, jamais prouvé, — du moins révolution des idées politiques au delà des Alpes, Après le conflit commercial, après le problème méditerranéen, elles tranchaient la question de politique générale. Un à un, par une méthode analytique, les éléments de défiance étaient éliminés. Le champ restait libre à l'amitié.
Ce qui s'est passé depuis lors est l'histoire d'hier et d'aujourd'hui. Après la visite à Rome de M. Chaumié, ministre de l'instruction publique, le voyage à P2\ris du roi et de la reine et la visite à Rome de M. Loubet ont été pour les deux peuples l'occasion de ces manifestations enthousiastes, où les combinaisons diplomatiques se vivifient au souffle populaire. Les toasts officiels, les conversations privées n'ont rien appris de neuf aux diplomates, mais ont précisé pour l'opinion les résultats acquis. Bornons-nous, pour conclure, à les grouper.
Pas plus en Italie qu'en France, le gouvernement, pour une œuvre de cette nature, ne peut se passer du concours de l'opinion. Quand Crispi eût lassé la conscience publique, le roi Humbert, si obstiné pourtant, dut s'incliner. C'est le premier résultat des manifesla-
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tions récentes d'avoir définitivement réveillé entre les deux pays les sympathies populaires. Tandis que le roi et le président évoquaient le souvenir de l'ancienne fraternité d'armes, le peuple de Rome allait au palais Farnèse porter à notre chargé d'affaires le témoignage solennel de son attachement à ce souvenir. Le courant qui, il y a vingt ans, entraînait loin de nous les Italiens, les pousse aujourd'hui vers nous. Le consentement national, qui approuvait alors les provocations à notre égard, les condamnerait désormais. Si par aventure un gouvernement prétendait les ressusciter, il aurait à lutter contre l'instinct des masses. Le chauvinisme italien vit toujours ; mais il a repris son ancienne direction . Ce n'est plus à la France, c'est à l'Autriche qu'il s'attaque. Et certes, c'est beaucoup que l'absolue correction des milieux officiels dans la question de l'irrédentisme. Mais c'est quelque chose aussi que l'audace des manifestants criant sous les fenêtres du représentant de François-Joseph : « Vive Trente î. Vive Trieste ! Mort à l'Autriche ! » Les provinces irrendues ne sont pas d'ailleurs, la seule pomme de discorde entre les deux alliées. L'Albanie et l'Adriatique exaspèrent leur rivalité. Nouveau motif pour le peuple italien de se tenir avec force à l'amitié.retrouvée.
Voilà pour le sentiment; venons à l'intérêt. Et, tant de Rome que de Paris, comparons l'apport au gain. Le but de l'Italie était double : livrée pendant vingt années à la Triple Alliance par son hostilité contre nous, il s'agissait pour elle de reconquérir cette liberté d'action, dont la maison de Savoie, avant même qu'elle ne songeât à la couronne d'Italie, avait fait entre la France d'une part, les puissances de l'Europe centrale d'autre part, un si subtil et profitable usage. Elle aspirait ensuite à trouver dans la Méditerranée, laissée toujours en