‹ Questions diplomatiques de l'année 1904Chapitre 9 sur 73 · LES UELATIONS FRANCO-ITALIENNES · texte numérisé non relu

LES UELATIONS FRANCO-ITALIENNES

La papauté vaincue n'acceptait pas sa défaite. Elle l'acceptait si peu que, sur sa consigne, Taristocratie romaine tenait en une rigoureuse quarantaine tout ce qui, de près ou de loin, touchait au Quirinal. C'est ainsi, notamment, que notre légation près le roi n'entretenait avec notre ambassade près le Saint-Siège qu'un minimum de relations.

A ce moment, un incident, pénible et ridicule à la fois, accusa les difficultés. L'attaché militaire de la légation de France — côté Quirinal — étant mort, le ministre, son chef, voulut qu'un service fût célébré pourlui à Saint-Louis-des-Français, notre église nationale. C'était tout à fait naturel. Néanmoins, l'ambassade de France — côté Saint-Siège — refusa net. Elle ignorait la légation et invitait le ministre à faire enterrer son collaborateur <c dans sa paroisse ». Nouvelle démarche, négociations fiévreuses, au bout desquelles, sans nulle bonne grâce, on accorda, à Saint-Louis-des- Français, un petit service bien modeste au malheureux officier, sur le cadavre de qui les deux pouvoirs venaient une fois de plus de livrer bataille... Peu de jours après, le marquis de Noailles, minisire à Washington, était nommé ministre à Rome.

Quand on sut, dans la noblesse romaine, qu'il avait accepté de représenter près l'odieux Quirinal le gouvernement français, un mot d'ordre passa dans les salons. Le nouveau ministre allait arriver à Rome et chercher à s'installer : c'est là qu'on l'attendait. Une conspiration de fumoirs décida qu'on ne lui louerait rien, pas un seul coin d'un seul palais. Ne serait-ce pas une délicieuse vengeance d'assister à la recherche vaine d'un introuvable appartement ; de voir le ministre de France frapper à des portes aussitôt fermées; de réduire sa légation à vivre à l'hôtel, en meublé, ou

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dans l'inélégance d'un médiocre logement? Les salons s'en pâmaient d'avance.

Le marquis de Noailles* arriva, comprit le jeu, mais n'en fit rien paraître, se réservant, pour rire mieux, de rire le dernier. Tandis que les Romains guettaient sa déconvenue, il se promenait" dans Rome, en flâneur. Et comme, un beau jour, il se trouvait devant le palais Farnèse, propriété du roides Deux-Siciles, il y entra

11 était tout naturel qu'il y entrât : car des souvenirs de famille l'y attiraient. Déjà un ambassadeur de France avait habité le palais Farnèse, et cet ambassadeur était un Noailles, François de Noailles, ancien gouverneur d'Auvergne, nommé en 1633 à Rome, où il fut le protecteur et l'ami de Galilée. François de Noailles, à la fin de son ambassade, s'était installé au palais Farnèse : son descendant allait faire comme lui.

Le duc de San-Martino, le comte délia Regina, et un intendant habitaient la demeure royale, en l'absence du roi déchu. Le hasard fit que ni l'un ni l'autre ne s'y trouvaient. Un petit secrétaire représentait, ce jour-là, à lui tout seul, le propriétaire absent.

— Voulez-vous, mon ami, lui dit notre ministre, me rendre un service ? Ecrivez au roi, votre maître, et demandez-lui s'il consentirait à me louer le premier étage du palais.. Gardez-moi le secret et que nul ne sache la mission dont je vous parle.

Le secrétaire promit, écrivit, et, quelques jours après, la réponse arrivait. Le roi qui n'était pas dans le complot des salons romains et pour qui la perspective de louer son palais n'avait rien de désagréable, acceptait et se déclarait prêt à signer « pour une durée de trois ans ». Sans observations, M. de Noailles signa. Et le lendemain, les ouvriers, en pénétrant dans le palais, apprenaient aux « noirs », désappointés, que la léga-

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lion de France près le Quirinal cessait d'être vagabonde et trouvait un cadre digne d'elle.

Un mois passa, M. de Noailles s'installa et, l'installation achevée, alla voir le duc de San Marti no, qui logeait à l'entresol du palais dont il occupait le premier.

— Mon cher duc, lui dit-il, j'ai accepté un bail do trois ans. Mais vous con)prenez que la légation a besoin d'une plus longue assurance. Faites donc savoir au roi que je sollicite une prolongation de douze ans.

Le ministre suivait son idée. Le roi des Deux-Siciles lui répondit sans retard. Il se montrait la seconde fois^ aussi accommodant que la première. Seulement il demandait un délai avant de signer le nouveau bail. Pourquoi ce délai ? On le devine. Louer pour trois ans seulement, c'était sous-entendre que la maison de Savoie n'en avait pas pour longtemps, tandis que, par un bail de douze ans, on reconnaissait le fait accompli de façon plus sensible pour l'amour-propre du Saint-Père.

Le marquis de Noailles s'inclina devant celte politesse du roi exilé au pape prisonnier. La prolongation ne fut signée que plus tard, et on en parla le moins possible. Nous étions au palais Farnèse. Le reste importait peu.

La même année, l'École d'archéologie était installée au second étage du palais, qui devenait ainsi la maison de la France. Il Test aujourd'hui de façon totale et définitive.

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