Histoire ecclésiastique, lib. XXXIII, n
gile a le plus de ménagement. Rassemblée de Chalcédolne, dit le Pape, « avait déclaré cet écrit orthodoxe, » mais sans y accepter les choses injurieuses que renfermait cette lettre contre Cyrille de bienheureuse mémoire. Ibas s'était d'ailleurs rétracte devant les Pères. Fallait-il être moins miséricordieux et vouloir être plbs sage que le Concile? Vigile ne le pensait pas. Tel est tout le Constitiitum^ et j y cherche en vain une hérésie. C'était là, comme on Ta dit cent fois, une question de fait, une question de personnes, et non pas une question de foi.
tt Convenait-il de compromettre le concile de Chalcédoine en jetant Tanathème sur des morts dont il avait jadis reçu les rétractations et auxquels il avait pardonné? » Tout le problème était là.
Vigile, lorsqu'il rendit cet acte, était à Constantinople et il y était en proie aux brutalités de Justinien qui le voulait forcer à condamner purement et simplement les Trois Chapitres. Vigile, dans un autre sens, n'était pas plus libre que Libère.
D'ailleurs, dans sa lettre du 8 décem-
bre 553, il répara noblement son excès de miséricorde et de modération. Il y condamne purement et simplement les Trois Chapitres; illes condamne après le Concile ; mais en Souverain, mais en Pape, avec une indépendance et une majesté absolues. Et ce Concile même de Constantinople qui avait été peut être trop complaisant pour César, ce Concile qui avait malmené ou laissé malmener le Souverain Pontife, ne devint œcuménique que grâce à la confirmation de Vigile.
La cause d'Honorius est plus compliquée.
Nous savions, tous les catholiques savaient que ce Pape avait été successivement condamné par trois Conciles œcuméniques; qu'on lui avait jeté Tanathème en même temps et dans les mêmes termes qu'à des bérétiques notoires ; que ses successeurs eux-mêmes avaient ratifié cette condamnation en des termes moins durs, mais cependant décisifs. Nous connaissions tout cela, nous avions lu le Liber diurnus.
Et cependant, nous persistons à dire, £n
TOUTE SINCÉRITÉ ET ETf TOUT HONNEUR, qn'Ho-
norius n^a pas porté atteinte à Finfaillibilité du Suppléant de Jésus-Christ. Il n*a pas enseigné Terreur; et, surtout, il ne Ta pas enseignée ex cathedra.
Tout le problème peut se réduire à ces trois questions, auxquelles nous allons répondre :
1° Honorius a-t-il été moralement coupable ?
2** A-t-il été doctrinalement coupable ?
3** L'a-t-il été de manière à léser F infaillibilité pontificale ?
A-t-il été coupable moralement? Oui, certes. Devant les erreurs, les subtilités, les hypocrisies de Sergius, devant cet entêtement d'un Grec dans son hérésie, le Pape devait énergiquement parler, énergiquement agir. U s'est trop placé au point de vue dn JUS remissum : c'est summo Jure €pCîi fallait se conduire. Il a tergiversé, attendu. Il s'est dit : « Ce n'est pas le moment, ce « n'est pas opportun. » Il a été opportun niste, lui aussi. Nous ne saurions Tapproa* ver; et ce blâme, qui coûte cruellement à
un fils, nous ne craignons pas de Tinfliger à un père saint, bon, pieux et juste, et que nous aimons très-tendrement. Mais, avant tout, passe et doit passer Téternelle et implacable Justice.
A-t-il été doctrinalement coupable ? Après avoir lu et relu les lettres du Pape incriminé, et cent travaux dont elles ont été l'objet, nous avons cette intime conviction que leur tort principal est d'être obscures, vagues et subtiles, mais qu' elles ne sont pas nettement HETERODOXES. Honorfus a mal compris le terrain sur lequel était posée la question ; il a mal compris la question ellemême. S'agissait-il des deux volontés humaine et divine? N'était-il pas plutôt question des deux volontés que chaque homme porte au dedans de son cœur, dont la première le pousse au mal et Taulre au bien ?
L'évêque de Rome inclina vers ce dernier sens, et il est prouvé, avec une évidence inathéma tique, que les passages les plus critiqués de ses lettres se rapportent uniquement à cette iaterprétation. Mais, que le Pape fût monothélite, mais qu'il ait dans sa
lettre enseigné le monothélisme^ c^e&t une erreur complète et dont il faut préserver les âmes chrétiennes. Il ne cesse de dire qu'il
NE VEUT RIEN DÉFINIR : (( NoN HOS Oportct
unam vel duos operationes definientes jora?dicare; » et qu'il « faut seulement éviter les mots nouveaux d'une ou de deux opérations. » Mais, d ailleurs, dans sa première lettre, il écrit : « N'imaginons pas qu'il faille confesser une seule opération en Jésus; »
et, dans la seconde, il va jusqu'à énoncer le dogme de TÉglise dans toute sa pureté :
« Quant au dogme, dit-il, voici ce qu'il nous semble qu'on doit tenir dans la prédication à cause de la simplicité humaine et pour couper court à toutes les questions. Qu'on ne prononce pas sur une ou deux opérations ; que l'on se contente de confesser qu'en Jésus-Christ LES DEUX NATURES, uuics en uue unité physique, opèrent et agissent en société l'une avec l'autre. La nature divins
OPERE LES OEUVRES DIVINES; LA NATURE HUMAINE OPERE LES OEUVRES HUMAINES, SaUS
division, sans confusion. » C'est le cas de s'écrier avec Mgr Deschamps : « Si de tels
termes ne sont pas évidents, qu'y a-t-il d'évident? » Le Concile même qui a condamné Honorius napu trouver des expressions plus claires pour défiair le dogme ^« Il faut donc conclure, avec le P. Colombier, que « les lettres d'Honorius renferment une malencontreuse décision pratique, mais qu'elles sont cependant pleinement catholiques. Et y voir une erreur en matière de foi serait l'efiTet d'un préjugé sans excuse . *»
Ceux qui nous ont contristé si douloureusement en jetant de nouveau l'anathème au correspondant dp Sergius, me permettront de leur dire, du fond du cœur, qu'ils
1. Il est TTai que le Pape dit ailleurs : « Uitabi yo- •LWSTkTESH fatemur Jesu Christî; » mais il ne faudrait pas suivre ici cette dangereuse méthode qui consiste à séparer un texte de tout ce qui Tentoure. Honorius ajoute, en effet, tout aussitôt : c Quia prof ecto à Dm* nitate assumpta est nostra natura, iroir cui^a. i Donc, il ne s'agit ici que de ces deux volontés coirmAiBESy celle de Tesprit et celle de la chair, telles que Thomme déchu les rencontre en lui-même. Comme Ta dit en deux mots Noël Alexandre : Non duos voluntates ne^ gwit Honorius y sed voLUirrATESPUGirAifTES. Cette proposition résume le déhat,