IV. l'infaillibilité du pape nb porte pas
ATTEINTE A CELLE DES CONCILES OECUMÉ- NIQUES NI A l'autorité des ÉvÊQUES.
" « Quelle place cependant laissez-vous <i à l'infaillibilité des Conciles, si vous en « accordez tellement à celle du Pape? »
Nous n'avons jamais eu, quant à noi^, la pensée téméraire d'opposer entre elles ces deuxinfaillibilités qui soutiennent le monde. Jusqu'à ce jour, les Catholiques ont compris qu'il y a harmonie entre elles, ou, plutôt, qu'elles n'en font qu'une. Le Pape,
comme le dit si bien Tarchevéque de -Malines « conserve le dépôt de la révélation :
Il constate au besoin la tradition de tous
LES SIECLES ET DE TOUTES LES ÉGLISES. » Et
c'est dans cette constatation nécessaire qu^il est infaillible. D'un autre côté, les Églises viennent quelquefois se grouper autour du Pape pour lui apporter les éléments de cette constatation, et c'est lorsqu'elles le proclament conciliairement et d'accord avec le Pape que leur assemblée est infaillible. Où voyez-vous ici de la contradiction? La même vérité, la même tradition est constatée quelquefois par le Pape seul, qui ne peut ipso facto se trouver en contradiction avec les Eglises, et quelquefois par le Concile œcuménique, qui ne peut, sans cesser d'exister, se trouver en désaccord avec le Pape. . • •
« Mais pourquoi les Conciles, alors que « le Pape suffirait? » C'est que Dieu aime le mouvement de Tintelligence humaine au sein de son Eglise ; c'est qu'il veut mettre en activité le plus d'entendements possible pour la conservation et la défense de la
Vérité; c'est qu'à côté de rinfaillibilité centrale, il a créé une infaillibilité de décentralisation, si je puis parler de la sorte ; c'est qu'il veut associer le plus d'âmes qu'il se peut au progrès et à Tépanouissement des dogmes catholiques à ^travers tous les siècles ; c'est qu'il veut aussi montrer, par d'admirables et de nombreux exemples, cette harmonie parfaite qui existe entre la tête et les membres; c'est que les Evêques sont les témoins de la tradition sous tous les cieux; c'est qu'ils sont eux-mêmes, sous le grand Juge qui parle à Rome et dans une mesure légitime, les juges de la foi.
Si l'infaillibilité du Pape altérait en quelque chose la majesté des Evêques et diminuait leur grandeur, je ne voudrais pas être ttinfaillibiliste. «Mais je voisles Evêques qu'on décore de ce dernier nom être en même temps les plus fiers et les plus jaloux de leur autorité. Chacun d'eux se dit: « Je suis roi des âmes en mon diocèse, j'y suis juge des intelligences et des volontés; j'exerce dans ces limites les Jura ministeriiy les jura magisteriiy les jura j'urisdictionis. Je
répands le chrême sur le front de ceux auxquels le Saint-Esprit communique sa force ; je fais des prêtres (auguste privilège!); je fais des âmes sacerdotales qui forcent Dieu à descendre sur l'autel; je sacre les rois ; je consacre les églises ; je porte des lois disciplinaires auquelles il faut obéir ; j'administre les biens de mon Eglise; je juge les causes ecclésiastiques en les soumettant volontiers au contrôle de Home, s'il y a appel; je me réunis à mes frères en des conciles provinciaux où je constate la tradition de mon Église, et, enfin, quand le Pape m'appelle à une réunion œcuménique, j'accours librement, je parle librement, je discute librement, je donne ou refuse ma voix au libre scrutin.
Puis, le Saint-Esprit descend sur le Pape, sur mes frères et sur moi ; nous édictons dans cette lumière les dogmes que tous les fidèles vont accepter avec soumission et croire avec amour. » Ainsi peut parler un Evêque, et même le plus « infaillibiliste »
de tous les Evêques. Un tel langage atteste-t-il une diminution de puissance, un
amoindrissement de splendeur? Non, mille fois non. Si donc je crois à rinfaillibilité du Pape, c'est qu'elle laisse aux Conciles toute leur autorité , aux Evéques toute leur liberté, toute leur juridiction, toute leur grandeur.