‹ Questions du jour: l'infaillibilité devant la raison, la foi et l'histoireChapitre 6 sur 44 · V. l'unité · texte numérisé non relu

V. l'unité

On voudrait, je le sais, enlever au Pape toute cette puissance dont nous faisons si volontiers une si large part aux Conciles.

Notre sang frémit, notre cœur bat à la pensée de cet état inférieur où Ton prétend réduire le successeur de Celui auquel Jésus a dit : Tu es Petrus. On en ferait une sorte de petit souverain parlementaire, surveillé par des conciles qui se tiendraient tous les dix ans, et cassé aux gages, s'il n'était pas de l'avis des Evéques assemblés. « On réduirait, comme l'a dit un évêque, l'action du Pontife suprême au rôle d'un président de congrès dont l'infaillibilité serait réduite à proclamer la décision d'une certaine majorité après avoir constaté le nombre des voix. » La vérité ne serait plus,

d'après ce système nouveau, promulguée ex cathedra^ maïs , comme le dit Dom Guéranger, ex cathedrîs. Le Suppléant du Christ, Celui à qui il est donné de paître les agneaux et les brebis, Celui auquel on a confié les Clefs, en viendrait de la sorte à ne plus avoir qu'une autorité dogmatique à peu près nulle, un fantôme, une ombre d'autorité. L'Unité serait violée. Au lieu d'un seul oracle vivant, on aurait mille oracles éparpillés et pouvant tous les dix ans, dans une assemblée périodiquement légitime, annuler et même, au besoin, changer le chef de l'Église. En dix-huit siècles, on ne trouve pas, il est vrai, un seul exemple de ces réunions décennales; mais on s'en promet à l'avenir des résultais immenses.

Jésus -Christ a dit : « L'Eglise sera fondée sur UN Koc, » et l'on dit aujourd'hui : « Elle sera fondée sur cent, sur mille pierres agglomérées. » Si donc je crois à l'infaillibilité, c'est que l'opinion contraire ne laisse pas même au Pape le pouvoir d'assembler les Conciles quand il le veut ; c'est qu'elle met en définitive leur autorité au-dessus de

la sienne dont ils pourraient désormais se passer; c'est que nos adversaires disent Plusieurs^ quand nous disons Un; cest qu ils renversent enfin la notion de TUnité , cette notion que nous constaterons tout à l'heure dans tous les textes de l'Ecriture et de la Tradition.

vi. des conditions tres-rationnelles ou .

s'exerce l'infaillibilité.

Malgré tout, on a voulu ameuter l'opi-^ nion contre une croyance si conforme aux plus généreuses aspirations de l'àme humaine. On s'est servi, pour qualifier Tlnfaillibilité romaine, de mots qui pouvaient le plus vivement blesser Fesprit français :

personnelle^ absolue^ séparée^ etc. Or, les Catholiques n'ont cessé d'expliquer là-dessus leur pensée. Tous ont admis, avec Grégoire XVI, dans son traité du Triomphe du Saint-Siège (qui d'ailleurs fut écrit avant son élévation au Souverain Pontificat), qu'il y a pour l'exercice de l'Infaillibilité un certain nombre de conditions nécessaires :

« 1» Le Souverain-Pontife, d'après Mauro Capellari, doit manifester sa décision à

TEglise par un acte direct ; 2^ Il doit annoncer Fintention de prononcer sur la question et de commander la soumission de foi ; 3° Il qualifie d'hérétique l'opinion contraire ; 4* Il fulmine l'anathème contre ceux qui la soutiendraient à l'avenir. » Et, enfin, « 6® il est nécessaire que sa décision soit promulguée. » Peut-on imaginer des conditions plus profondément raisonnables, plus logiques, plus élevées, plus larges? Quelques théologiens veulent encore y ajouter « le Conseil; » ils remarquent avec raison que, dans les dix ou douze premiers siècles de TEglise, les Papes ont promulgué leurs décisions doctrinales, soit dans un concile, soit dans un synode. C'est là, en effet, le caractère des antiques Constitutions, et ce sont ces actes seulement que les Papes souscrivaient en ces termes : « Constituto a nobis facto subscrîpsi, » Un des arguments les plus sûrs, les plus scientifiques, je dirai même les plus irrécusables en faveur d'Honorius, c'est que ses lettres à Sergius

n'ont pas ce caractère, c'est qu elles n^ont pas été rendues dans un synode ou dans un concile de Rome. Et les Papes modernes ont cru également devoir consulter, avant une décision universelle, les Cardinaux et les Théologiens. Nous admettons donc, et nous admettons très-volontiers « le Conseil, » non pas, il est vrai, comme une CTAUSE PRODUCTIVE, mais comme une note^ comme un caractère extérieur des décisions infaillibles du Souverain Pontife. Ce ne sont certes pas, pour parler de Tantiquîté, les quelques évéques ou les quelques clercs dont s'entourait le Pape qui lui pouvaient CONFÉRER rinfaillibilité ; mais c'est au contraire le Pape qui conférait toute leur importance à ces réunions auxquelles on n'aurait pas sans lui attaché une importance si profondément œcuménique. Si donc je crois à l'Infaillibilité, c'est que les conditions où elle s'exerce ont été réglées, au sein de l'Église, de la façon la plus nette, la plus libérale, la plus sage....

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