Polvbe, VI
POLYBE 01 LA GRÈCE CONQUISE l'AK LES ROMAINS. 189
le vieux palriciat n'ayant rien de commun avec l'aristocralie de la Grèce, l'alliance n'aurait pas réussi davantage à s'étahlir. C'est ainsi que celle admirable constitution, (pii ne devait durer i|u'iiii moment, s'est prtVisémenl rcnconlrf'e dans le temps (ju'ii i'allait pour conquérir le monde.
l'olvbe a très bien vu ([uc llcmie devait sa force el jus(pi'àses vertus à ses institutions. Grâce à l'absence «ui au calme des partis, elle était à peu près la seule ville oiî la polili(|ue pût avoir de l'unilé et de la suite, et où l'on pût concev(»i[ et jioursuivre un plan sans qu'une révolution intérieure vînt le bouleverser; la seule où le danger jiuhlic n uiiîl toutes les volontés et tous les intérêts; la seule surtout où personne, pour faire triompher son parti, ne cherchât l'appui des étrangers.
H y a des faits qui sont frappants : la présence d'Annibal fit cesser toutes les divisions qu'il pouvait y avoir à Rome; celle de Scipion les aigrit à Carlhage.
Les Romains ne valaient peut-être pas mieux que les Grecs; mais du moins la vie publique ne les corrompait pas. Comme toute l'existence ne se perdait pas dans les luttes des partis, on pouvait aimer encore la cité el avoir du patriotisme. L'esprit municipal était à Rome dans toute sa force; il n'était affaibli ni parres|)rit de faction ni par l'alliance étrangère. L'Ktat avait une grande autorité sur les particuliers el était l'objet d'un grand respect. L'obéissance à la loi était ordinaire, et nul n'avait l'idée de se révolter contre elle. La vraie qualité du peuple romain, c'était la discipline. Kn paix et en guerre, au Forum et dans les camps, les volontés [larticulières s'ell'a(,aienl devant la volonté générale.
Le citoyen se regardait comme appartenant à rKtal: nul ne croyait avoir le droit d'aller combattre à l'étranger el de ver-^er son sang pour un autre intérêt que celui de la patrie. Les Grecs répandaient le leur indinVremment pour les rois de Syrie, pour le- riiis d'Egypte, pour Carlhage.
Le Romain était attaché à la religion, aux superstitions, aux coutumes, dès qu'elles étaient celles de la patrie. Ce que l'on a dit de la tolérance ou plutôt de l'indifférence des Romains n'est pas vrai. La Loi des Douze Tables défendait formellement
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(l'adorer d'autres dieux que ceux de la cité, separatim nemo liabeat deos, neve advenax, nisi publiée (uhcitm. Les Romains délestaient les relipinns étrauijères laul que le sénat ne les avait pas reconnues. Mais aussi tous les cult(!s étaient vénérés dès qu'ils avaient reçu la sanction du sénat. Ainsi la cité fixait à chacun sa croyance'.
La fidélité aux coutumes nationales est un des traits du caractère romain; or il est bon qu'un peiqile ait quelques coutumes, même insignifiantes, même mauvaises. Elles fortifient le sentiment national, elles lient les descendants aux ancêtres, et perpétuent la patrie à travers les générations.
Polybe ne s'amuse pas, comme Tite-Live, à vanter la frugalité, la pauvreté et le désintéressement des ancêtres du peuple romain. Il sait bien que la pauvreté n'a pas été plus en honneur à Rome que chez les autres hommes, et que les richesses n'ont jamais été méprisées des peuples qui les ont connues. Dans une monarchie, les richesses ont déjà un grand [)rix par le bienêtre qu'elles procurent; mais dans une aristocratie elles sont doublement précieuses, parce qu'elles donnent l'influence et le pouvoir. Polybe voit dans le caractère romain l'amour de l'argent et l'habitude de l'usure; « on ne donne pas volontiers à Rome quelque chose du sien* », et si la loi romaine autorise à ne payer une dette qu'après trois ans, « il n'y a pas un homme, excepté un Scipion, ([ui songea devancer d'un jour le moment de s'acquitter, de peur de perdre un jour du bénéfice de l'usure ». Mais ce qui est beau pour un {leuple naturellement avare, c'est le respect de ces hommes, si âpres au gain, pour les fonds de l'Etat. Tous les moyens de s'enrichir sont bons pour un Romain, un seul excepté, qui est de s'enrichir aux dépens de la Ré[)ul)li(|ue. Le Romain est plus usurier et plus avide que le Grec ; mais le Grec dérobe le trésor public ou accepte l'or des étrangers; le Romain regarde l'argent de l'État comme sacré. « Confie/ à un Grec, dit Polybe. la garde du trésor;
1. Le sénat ri'gio, admet ou rejette souverainement les cultes. Tite-Live, fW ."lO ; XXV, 1; XXXIX, li; Tacite. Annales, m, 71: Tertiillicn. Apologétique, (i ; idem, Atl nationes, I, lU; Dion, XL, 47.